
Nous relayons cette lettre ouverte d’un irradié non consentant à la rédaction de sciences et vie. Cette lettre répond sans, s’illusionner sur ses destinataires, au dossier « Accident nucléaire comment la France s’y prépare » du science et vie de septembre 2014. Bien évidemment, docilement soumis à son idéologie technophile, les auteurs du dossier relaie les prétentions nucléocratiques entrevues en Biélorussie et plus encore aujourd’hui au Japon à nous faire vivre une fois l’accident advenu un dosimètre autour du coup en zone contaminée. La tragédie de Fukushima a finit de faire basculer la stratégie communicationnelle des nucléaristes. Si la possibilité de l’accident n’est définitivement plus niée et qu’il est même devenu probable, il faut dorénavant nous apprendre à accepter de vivre au milieu des résidus radioactifs qui ne manqueront pas de peupler nos vies, et qui d’ailleurs dans une moindre « mesure » la peuplent déjà. Puisque de Biélorussie au Japon l’urgence est à sauver l’économie plus que les vies, « Science et vie morbide » nous prépare à vivre cette routine du désastre. Comme le souhaite la lettre ouverte aux auteurs du dossier : « je vous souhaite à tous de beaux cancers » que ne manqueront pas de soigner Areva médical qui vise à s’installer à Caen. L’économie a parfois des ressources qui semblent sans doute à tord inépuisables.
A
la
rédaction
de
Science
et
vie
Aux
sieurs
Vincent Nouyrigat
et
Frédéric
Pajak
Messieurs,
C’est
avec
un
dégoût
mêlé
de
pitié
que
j’ai
aperçu
la
une
de
votre
magazine.
Afin
de
connaître
plus
en
détail
l’étendue
de
ce
désastre
culturel
et
politique
–
en
attendant
la
catastrophe
radiologique
annoncée
–
je
me
suis
forcé
à
lire
cette
chose.
Je
sais
depuis
longtemps
que
le
monde
radioactif
dans
lequel
les
experts
de
la
question
entendent
nous
faire
vivre
se
déploie
inlassablement
depuis
Los
Alamos,
en
dépit
de
tout.
Je
sais
aussi
que
l’Etat,
en
France,
est
actionnaire
majoritaire
de
l’industrie
nucléaire,
y
compris
et
surtout
de
l’armement,
dont
les
réacteurs
fabriquent,
entre
autres,
le
plutonium
et
autres
saletés
qui
lui
sont
nécessaires.
Je
sais
aussi
que
les
Français,
en
dépit
de
la
terreur
qu’une
industrie
de
la
radioactivité
suscite
chez
tout
humain
un
peu
conscient
de
la
vie
et
des
enjeux,
sont
fiers
comme
des
coqs
de
leur
«
savoir
faire
»
nucléaire
et
de
leur
armement.
Ils
pourront
toujours
venir
pleurnicher,
le
moment
venu,
sur
leurs
cancers
et
leurs
beaux
terroirs
détruits
avec
le
même
savoir‐ faire.
Quelques
mois
avant
Fukushima,
Science
et
vie
(juillet
2010)
nous
expliquait
que
«
la
vie
reprend
le
dessus
»
à
Tchernobyl.
On
y
causait
bio diversité
et
génomique
de
bazar,
on
traitait
sur
le
même
plan
incendies
de
forêts
et
irradiation
des
territoires,
la
vie
humaine
et
sociale
était
a
peu
près
absente
des
doctes
réflexions
des
pacificateurs
mis
a
contribution.
Aujourd’hui
dans
un
prétendu
«
après
Fukushima
»
—
comme
si
l’affaire
était
réglée
—
les
industriels
de
la
radioactivité
ont
décidé
de
changer
leur
missile
d’épaule.
Depuis
le
temps
que
les
Verts
et
autres
citoyens
avides
de
transparence
et
de
consommation
dans
le
confort
hurlent
à
la
désinformation,
à
l’omerta,
les
radieux
experts
font
amende
honorable
:
la
catastrophe
est
non
seulement
fort
probable,
imminente
mais,
surtout ,
elle
est
dans
l’ordre
des
choses.
Ils
ont
fini
par
admettre
qu’on
ne
pouvait
plus
le
cacher.
Et, bien
sûr,
les
«
acteurs
» du
nucléaire
et de
la
protection
dite
civile
nous
garantissent
qu’ils
sont
prêts
à
gérer
au
mieux un
Fukushima
français.
Autre
nouveauté,
non
des
moindres,
les
grands
manitous
de
l’atome
ne
garantissent
plus
rien
du
tout,
simplement
qu’ils
feront,
au
fond,
ce
qu’ils
pourront.
C’est
à
dire
pas
grand‐chose
si non
nous
confiner
et
organiser
notre
consentement
à
la
vie
en
milieu
irradié.
Ce
que
tout
observateur,
même
négligent,
sait
de
longue
date.
Mais
cet
aveu
seul
suffirait
à
l’enterrement
du
nucléaire.
Ce
changement
d’attitude
dont
vous
faites
état
dans
votre
dossier
marque
un
achèvement
dans
l’habituation
à
l’horreur.
Plutôt
sexy
pour
une
époque
placée,
paraît‐il,
sous
le
signe
de
la
rationalité
et
de
la
«
science
»
:
vie
assistée
par
ordinateur,
OGM,
surveillance
tous
azimuts,
guerre
spatiale,
climatique,
pillages
hystériques
des
ressources
etc.
Après
tout
il
est
logique
d’accepter
enfin
officiellement
que
l’industrie
atomique
est
contre
la
vie
puis que
la
majorité
semble
impuissante
face
aux
armes
à
déchets
«
appauvris
»,
au
calvaire
des
mineurs
d’uranium
au
Niger
et
ailleurs
ou
au
spectacle
d’enfants‐balises
japonais
élevés
avec
des
dosimètres.
Vous
me
rétorquerez
que
vous
ne
faites
là
que
votre
travail
de
journalistes
et,
assurément,
votre
dossier
est
exhaustif.
Vous
jouez
même
avec
quelques
petites
transgressions
nécessaires,
comme
cette
remise
en
question
du
modèle
prédictif
probabiliste
officiel
qui
voulait
nous
faire
croire,
à
l’aide
d’une
équation
à
deux
sous,
que
l’éventualité
d’une
catastrophe
était
presque
nulle.
Ou
les
questions
sinistres
et
évidemment
sans
réponse
que
vous
posez
ici
et
l à,
afin
de
montrer
qu’on
ne
vous
la
fait
pas.
Vous
donnez
la
parole
à
une
horde
d’experts
et
contre‐experts,
illustres
ou
non
;
personne
ne
pourra
vous
accuser
de
ne
pas
être
objectifs.
Vous
roulez
même
un
peu
les
mécaniques
en
évoquant
des
«
questions
que
jusqu’ici
personne
n’avait
osé
poser
».
Comme
si
avant
vous
personne
ne
s’était
jamais
inquiété
de
rien,
mais
la
mémoire
historique
n’est
pas
ce
qui
vous
étouffe.
Des
décennies
de
mouvements
antiguerre,
antibombe,
antinucléaire,
une
longue
série
de
désastres
civils
avec
leur
cortège
de
médecins
et
de
chercheurs,
sans
parler
de
la
Guerre
froide
et
de
ses
centaines
de
tirs
nucléaires
qu’il
était
convenu
d’appeler
«
essais
»,
tout
cela
n’est
rien
en
regard
de
votre
sotte
prétention
journalistique
à
révéler…
ce
que
vos
donneurs
d’ordre
consentent
à
révéler.
Ce
qui,
au
passage,
rejette
dans
les
ténèbres
toute
révélation
antérieure,
éclipsée
par
votre
génie
d’enquêteurs.
Mais
la
réalité
est
bien
plus
sordide
:
vous
êtes
salariés,
aux
ordres,
vous
n’avez
de
liberté
de
parole
que
celle
consentie
par
vos
donneurs
d’ordre
via
votre
rédaction.
N’ayant
pas
cette
limitation,
j’ai
ici
le
mauvais
goût
de
ne
parler
qu’en
mon
propre
nom
et
celui
de
tout
humain
qui
n’en
peut
plus
de
ce
monde
où
seule
la
marchandise
conditionne
la
vie
et
la
mort,
où
la
soumission
à
tous
les
diktats
morbides
de
l’économie,
aux
impératifs
de
la
guerre
pour
l’énergie,
l’organisation
de
la
peur
et
de
la
haine
sont
de
règle.
Votre
dossier
est
donc
destiné
à
nous
faire
accepter
l’inacceptable,
puisque
Jacques
Repussart
de
l’IRSN
l’a
dit
:
«
il
faut
imaginer
l’inimaginable
».
Ceux
qui
posaient
encore
récemment
aux
maîtres
de
l’atome
ont
enfin
compris
qu’il
leur
fallait
avouer
une
bonne
fois
pour
toutes
:
qu’ils
nous
tiennent
tous
en
otages,
pro
comme
anti,
au
nom
du
«
progrès
»
technique
dont
on
nous
rebat
les
oreilles
et
qui
est
désormais
le
seul
horizon
qui
fasse
sens
pour
une
société qui
n’en
a
plus.
Que
nous
avons
intérêt
à
filer
doux
et
à
accepter
avec
reconnaissance
notre
rôle
de
victimes
consentantes,
puisque
la
majorité
à
déjà
tout
accepté
au
nom
de
la
mythique
indépendance
énergétique.
Je
vous
souhaite
à
tous
de
beaux
cancers.
Un
irradié
non
consentant.
Saclay
le
14
septembre
2014
.
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https://sous-la-cendre.info/?dl_id=325

