Fraudeurs 2.0
La gratuité des transports en commun, on en parle souvent sur Carfree France. Certains vont plus loin et mettent en place des systèmes pour la rendre dès à présent effective.
On connaissait ainsi les mutuelles de fraudeurs, des groupes de personnes qui s’unissent et qui, par le biais d’une modique cotisation mensuelle, payent les amendes que les membres reçoivent en utilisant les transports en commun sans ticket.
Mais, avec la technologie, on peut aller encore plus loin et certains ont sauté le pas (ou le tourniquet…). A vrai dire, sur Carfree France, on n’est pas vraiment fanas de technologie en général, mais puisque les nouvelles technologies existent, autant les utiliser quand cela peut parfois être utile…
Ainsi, certains fraudeurs ont eu l’idée de créer des applications pour téléphones mobiles qui informent en temps réel les usagers des contrôles sur les réseaux de transport. Et bien sûr, ce sont les usagers eux-mêmes qui informent le système dès qu’ils constatent un contrôle, ce qui permet aux autres d’éviter une ligne de bus ou de métro ou même une station à un moment donné…
Pour une fois, des technologies comme la géolocalisation, souvent accusées de participer au flicage de la société, peuvent se retourner ainsi contre ceux qui sont chargés du flicage, ou du moins dans le cas présent les contrôleurs des transports en commun.
En France, il existe ainsi au moins cinq applications de ce type pour iphone sur les villes de Paris, Marseille, Toulouse, Lille et Lyon. On ne les a pas testées, mais on suppose que le succès de telles applications repose sur le nombre d’utilisateurs qui les utilisent: plus il y a de monde qui renseigne l’appli et plus les informations qu’elles contiennent sont pertinentes.
Du côté des applis Androïd, il existe CheckMyMetro qui rassemble un maximum d’infos sur les réseaux de transports en commun… dont les contrôles en cours! Apparemment, il existe pour l’instant quatre versions de l’appli, disponibles pour Paris, Lyon, Lille et Toulouse. A noter, il existe une autre application intitulée « Rentre avec ton pognon » (tout un programme) qui propose le même concept pour Paris, Bruxelles, Lyon, Marseille ou Bordeaux.
Aux dernières nouvelles, CheckMyMetro est aussi disponible sur l’Appstore, dans les mêmes versions que pour Androïd.
A Bruxelles, il y a même un site internet avec comptes twitter et facebook associés qui informe en temps réel des contrôles en cours sur le réseau: controlestib.be.
Voyons maintenant les arguments des pour et des contre. Les contre sont principalement du côté des sociétés de transports en commun comme la RATP par exemple. Pour eux, cela revient à diminuer les recettes et donc à répercuter les coûts sur les autres usagers, ceux qui payent. Selon eux, cela provoquera à terme une augmentation des prix… Sauf que les prix n’ont pas attendu les applis pour mobile pour augmenter régulièrement, en général une fois par an… L’argument sent donc le réchauffé. En outre, dire que cela va augmenter les prix, c’est pousser en quelque sorte les gens à frauder encore plus.
Du côté des fraudeurs qui mettent au point ce genre d’applis, ce n’est pas l’appli qui pousse à la fraude, car elle fournit seulement des informations, libre aux usagers de les utiliser ou pas, à leurs risques et dépends.
A vrai dire, l’argument n’est pas faux, et on pourrait faire un parallèle avec les détecteurs de radars ou autres outils sensés informer les automobilistes de la présence de radars sur les routes. Une polémique avait eu lieu sur ce sujet en 2011 et les « informateurs de radars » comme Coyotte par exemple avaient fini par être rendus légaux par une nouvelle réglementation en novembre 2011.
Aussi, s’il est légal pour un automobiliste d’utiliser une application lui permettant d’être informé de la présence d’un radar sur la route, pourquoi un usager des transports en commun ne pourrait-il pas utiliser une application lui permettant d’être informé de la présence de contrôleurs sur les réseaux de transports publics?
Enfin, on peut voir dans ces applications un argument qui au bout du compte milite pour la généralisation de la gratuité des transports en commun. Car si un maximum de gens les utilisent et se mettent à frauder, les réseaux de transports en commun se mettront à financer en pure perte un système de contrôle qui ne sert plus à rien. C’est un peu le jeu du chat et de la souris, sauf que maintenant, les souris ont des téléphones portables…
Par Marcel Robert • 30 jan, 2013 - Via Carfree.free.fr