Lettre de solidarité avec la discordia.

 Posted by on 17 juin 2016 at 10 h 14 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Lettre de solidarité avec la discordia.
Juin 172016
 
Lang 002

L e 26 janvier dernier, alors qu’ils et elles s’apprêtaient à ouvrir la bibliothèque anarchiste la Discordia, les compagnons et compagnonnes anarchistes qui organisaient un débat intitulé « Islamophobie : du racket conceptuel au racket politique » ont eu le « plaisir » de découvrir que la façade de l’immeuble qu’ils et elles louent dans le 19ème arrondissement de Paris avait été recouverte de tags. « Cependant, en arrivant mardi après-midi, on a vu que la devanture de la Discordia avait été taguée, probablement dans la nuit. Des A cerclés (merci !) et des invectives (« fafs » et « racistes ») particulièrement mal écrites et pensées à la bombe de peinture noire. Le tout accompagné d’un feuillet de « revendication », affirmant que nous véhiculerions « des théories racistes et islamophobes » et que nous serions « la courroie de transmission des idéologies du pouvoir », etc. »

Quelques jours plus tard, rebelote—et malheureusement pas dix de der. Cette fois des jets de peinture sont venus s’ajouter aux premières « dégradations ». Il y a quelques jours enfin, les compagnons et compagnonnes ont eu cette fois l’occasion de découvrir la vitrine de leur bibliothèque brisée.
A la suite quelques mots de solidarité face à ces « attaques » répétitives et ces tentatives d’intimidation.

(…)

Lire la suite dans le document joint :

Letttre de solidarité à la discordia

 

Imposer l’ordre moral à coup de marteau – Communiqué de La Discordia

 Posted by on 30 avril 2016 at 9 h 37 min  Anarchisme, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur Imposer l’ordre moral à coup de marteau – Communiqué de La Discordia
Avr 302016
 
tai chi 1
« Non nous ne voulons rattraper personne. Mais nous voulons marcher tout le temps, la nuit et le jour, en compagnie de l’homme, de tous les hommes. Il s’agit de ne pas étirer la caravane, car alors, chaque rang perçoit à peine celui qui le précède, et les hommes qui ne se reconnaissent plus, se rencontrent de moins en moins, se parlent de moins en moins ».
Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

Dans la nuit du 21 avril 2016, toutes les vitres de La Discordia ont été détruites à coup de marteau. Un tag a été posé à côté : « raciste ».

C’est la troisième fois que nos locaux reçoivent ce genre de visites nocturnes :
Communiqué de La Discordia suite à quelques dégradations
Gribouillis gribouillas : Bis repetita placent

Cette fois ci encore, il s’agit de s’en prendre à La Discordia pour avoir vocalisé publiquement un refus révolutionnaire non-négociable des rackets politiques religieux comme racialistes sur l’extrême gauche depuis les attentats de 2015 à Paris. Il s’agit d’interdire une parole, de s’arroger le pouvoir de décider qui peut parler et ce qui doit être dit. Globalement, il s’agit de jeux de pouvoirs mafieux pour imposer une hégémonie politique sur une mouvance déliquescente avec les armes toujours morales de la culpabilité et du ressentiment. Et si jusque-là, tout le monde avait déjà plus ou moins exprimé son soutien suite aux deux « attaques » précédentes, mais de façon plus ou moins informelle, c’est à la solidarité que nous appelons aujourd’hui. Une solidarité publique et visible, dans laquelle chacun pourra mettre de ce qu’il est, plutôt que de se ranger derrière un même son de cloche, comme nos ennemis du jour. Nous n’appelons donc personne à se ranger derrière La Discordia ou ses perspectives anarchistes particulières, mais plutôt à élargir la question, à signifier que ce refus n’appartient pas qu’à quelques uns, mais à tous les révolutionnaires, qu’il est constitutif de toute pensée émancipatrice.

Pourquoi ces attaques ? Parce que La Discordia est un des seuls endroits publics du milieu où sont exprimées et débattues publiquement des positions anti-religieuses et d’un antiracisme conséquent (c’est-à-dire contre toute idée de « race », même issue de la gauche), et sans complaisance avec ceux qui justement, font de la complaisance un rapport total à la politique, les nouveaux démagogues. La grosse participation aux débats traitant de ces thèmes, ainsi que de nombreuses discussions avec des camarades plus ou moins proches, nous disent qu’il y a une perception diffuse que quelque chose de pernicieux est en train de trouver sa place dans le milieu « radical » français. On y croise des défenses de la religion et de la foi, on y voit des formes de séparations sur des critères biologiques et génétiques que personne n’a choisi… Ce que les dictionnaires nomment sans timidité ségrégation. Mais on voit aussi que de plus en plus de camarades s’aperçoivent de ces dangers et prennent position. Malheureusement, trop peu nombreuses sont les prises de position publiques. Cela permet à quelques illuminés de la dernière averse, qui se croient avant-garde de quelque courant identitaire pseudo-subversif, de penser que La Discordia est seule à critiquer l’idée de « race » et à porter le refus de la religion, drôle d’idée. Pour le dire franchement : on s’en prend aussi à nous à cause du silence de trop d’autres sur ces sujets.

Pourquoi cela arrive-t-il en ce moment, alors que nous sommes tous concentrés ailleurs, sur ce qui se passe dans la rue (et pas que) ? Parce que, visiblement, pour ceux qui portent les idées de race et la théophilie, celles-ci sont plus importantes que le conflit contre l’État et le Capital. Encore une fois, aucun autre signe d’attaque n’a été relevé dans le quartier cette nuit là, ni banques ni églises ni permanences politiques, juste une bibliothèque anarchiste.

Comme nous l’avions déjà souligné, c’est par la faiblesse du rapport de force que les révolutionnaires se retrouvent à attaquer l’ennemi avec des moyens comme ceux employés contre La Discordia. Parce qu’au corps à corps avec l’État, personne ne peut gagner (à moins de devenir soi-même un État ou un État en puissance). Employer des pratiques « asymétriques » contre une bibliothèque anarchiste au fonctionnement autonome est bien la plus imbécile et lâche des pratiques. Rappelons également que les révolutionnaires, lorsqu’ils ne sont pas d’accord, prennent des chemins différents, ou bien ils s’expliquent et/ou se critiquent, ils ne se mettent pas anonymement du caca dans la boite au lettre. Mais dans la décomposition actuelle des mouvances « radicales », plus rien n’étonne. Les gens qui font vivre La Discordia sont présents dans les luttes sociales, les assemblées, les moments collectifs, et n’ont jamais masqué leurs idées, au contraire. Aucune opposition ne leur a été offerte. Aucun texte, aucune accusation, pas même une insulte avec un visage et un corps pour les assumer. Cette accusation grave de racisme, qui pour la troisième fois s’exprime sur des murs et depuis un moment dans des commentaires anonymes dans le monde virtuel n’a jamais été assumée par aucun individu, groupe ou collectif dans la vraie vie, ni par la parole ni par l’écrit. La brutalité exercée contre nos locaux n’est donc que le signe d’une faiblesse et d’une lâcheté patente, et d’une absence totale de capacité à argumenter.

Pourtant, l’honnêteté est la distance la plus courte entre deux individus.

Mais comment défendre l’idée de race ou de dieu auprès d’anti-autoritaires, d’autonomes, de communistes, d’anarchistes qui, depuis des siècles, travaillent à se libérer eux-mêmes et le monde de leur joug ? Ou auprès de tout autre courant de pensée fondé sur la critique de dieu, de l’État, et des identités imaginaires. De Marx et Bakounine à Malatesta ou Fanon.
Il s’agit pour ces quelques pathologies politiques sur patte, d’éradiquer cet héritage révolutionnaire qu’ils méconnaissent, qui les dérange profondément, et qu’ils associent fallacieusement à la pseudo « race blanche » (dont ils feraient partie pour l’immense majorité, si toutefois elle existait vraiment). Alors pour contrer cet héritage, il faudrait mobiliser l’islamisme politique, les milieux associatifs communautaires et identitaires sous perfusion étatique, les filières du carriérisme universitaire et autres formes de la réaction bourgeoise et/ou conservatrice. Il s’agit pour eux de rejeter en bloc tout ce qui ressemble de prés ou de loin à une hypothèse universaliste qui remettrait en cause les petites identités en kit préfabriqués, et derrière lesquelles il faudrait que nous abolissions toute singularité et toute altérité. Quitte à s’organiser avec des partisans de feu la « manif pour tous ». La responsabilité collective est l’arme favorite de l’extrême droite et des racistes, mais encore faudrait-il s’intéresser à ses propres « idées » pour s’en rendre compte. Parce que c’est seulement à la séparation des exploités que mènent les logiques identitaires et particularistes.

Nous ne doutons pas de la sincérité de ces énergumènes sous pavillon « anti-raciste », comme nous ne doutons pas de la sincérité de leurs faux-ennemis, qui avec les mêmes mots, les mêmes méthodes, les mêmes concepts et les mêmes aspirations cherchent à atteindre les mêmes buts : la division, l’éclatement des solidarités entre des exploités qu’ils s’acharnent à délimiter, démarquer, diviser et compartimenter dans des frontières étroites, qu’elles soient physiques ou mentales, pour que jamais leurs révoltes ne se rencontrent, ou bien le cas échéant, pour qu’elles se séparent. Au profit, toujours, du pouvoir.
En changeant quelques mots-clés on s’aperçoit aisément que les discours et les valeurs de cette extrême gauche du Capital qui ne cherche qu’à gratter des miettes sont les mêmes que ceux de l’extrême droite, ils sont façonnés par la même absence d’imaginaire émancipateur, ils visent tous, par le biais notamment de la religion, de l’ethno-differentialisme, de l’homophobie ou du virilisme, à l’encasernement normatif et prescriptif de l’identité et de la communauté. C’est le Zarathoustra de Nietzsche qui conseillait : « Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui ».

Casser les vitres d’une bibliothèque anarchiste comme un enfant casse un Rubik’s Cube qu’il ne parvient pas à résoudre, par inconséquence, par défaut d’intelligence et de maturité, et dans ce cas précis, on pourra parler de débilité légère, est bien l’attaque la plus glorieuse de l’année, même pas foutue d’être revendiquée, et donc expliquée, argumentée, assumée politiquement. On préfère racler les fonds de poubelles. Aujourd’hui, les idiots du village alternatif ont encore « frappés ». Leur lâcheté n’égale que leur impuissance chronique à développer la moindre analyse sérieuse pour contrer les perspectives de révolution internationaliste qu’ils craignent en gigotant bruyamment. La lâcheté de ne pas savoir défendre ses idées face à des visages qui peuvent répondre, plutôt que des vitres, qui ne feront que coûter des centaines d’euros à quelques galériens pour qui la lutte est toujours passée avant la subsistance. Était-ce le but ? Attaquer un projet anarchiste au portefeuille ? Pomper des centaines d’euros à des chômeurs et RSAstes déjà en plein dans le viseur de la répression ? Nos ennemis communs raffolent de vos envolées, et vous confirmez que, parfois, les ennemis de nos ennemis sont aussi nos ennemis (en effet, qu’est ce que des révolutionnaires auraient encore en commun avec des philo-religieux qui pensent que l’humanité se divise en « races » ? ).

En tant que révolutionnaires, nous ne pensons pas que la violence soit une arme qui se substitue à la critique et à la parole, mais qui les accompagne habilement, avec une idée claire de qui sont les ennemis, et de quels rapports sociaux ils sont les défenseurs. Des individus qui identifient leurs ennemis de la sorte, et considèrent, en plein mouvement social qui n’arrête pas de commencer, alors que de nombreux camarades et compagnons défilent devant la justice, que l’urgence est à s’acharner sur les vitres de La Discordia, sont a minima, des ennemis absolus de l’intelligence.
L’attaque ne doit pas être employée pour combler la vacuité théorique de quelques hooligans qui ne connaissent que les fonctions reptiliennes de leurs cerveaux.
Maintenant que le roitelet est nu, tout le monde peut apprécier le spectacle racialiste et philo-religieux dans toute sa superbe, la politique du marteau pour masquer la faiblesse et l’entrain déjà mort de cette mode identitaire, passagère et déjà sur le déclin. Il serait temps de réfléchir à cette montée de l’identitarisme dans nos milieux, qu’est-ce qui a permis cela, qui et comment ? A celles et ceux qui, déconstruits parmi les déconstruits, s’échinent à répéter « check your privileges », nous leur répondons, « check your responsabilities ». De même, pour celles et ceux qui sur les « réseaux sociaux » ont parlé de nous casser la gueule, d’attaquer La Discordia au Molotov, et autres bravades virtuelles, un travail est en cours pour régler des additions salées et donner toutes leurs conséquences aux mots qui planent jusque-là sur des écrans sécurisants.

La sécurité des personnes qui, toujours plus, viennent aux débats et aux permanences de La Discordia sera bien sûr assurée de façon adaptée. Tout soutien matériel et physique est le bienvenu, et nous tenons à remercier tous les compagnons et camarades qui nous ont déjà apporté leur soutien, de différentes manières (toujours appréciées), de Paris aux quatre coins du globe, en passant par nos voisins.
Mais c’est surtout à la solidarité dans l’élaboration théorique, le fond de l’affaire, que nous appelons aujourd’hui. Le projet révolutionnaire que nous portons aux cotés de nombreux autres nécessite des prises de position claires et fortes, parfois inconfortables, parfois clivantes, et souvent minoritaires.
Que chacun et chacune, donc, de la manière qui lui semblera la plus appropriée, s’attaque aux idées de races et de Dieu partout où elles se trouvent, pour paraphraser Joseph Déjacque, « par le bras et le cœur, par la parole et la plume, par le poignard et le fusil, par l’ironie et l’imprécation, par le pillage et l’adultère, par l’empoisonnement et l’incendie ». Souvenons-nous qu’une attaque contre des révolutionnaires parce qu’ils sont révolutionnaires, est une attaque contre tous les révolutionnaires.

Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se rendent.
Ni dieu ni maître, ni race ni prophète.

On ne fait pas la contre-révolution en cassant des vitrines. Les discordistes .

http://ladiscordia.noblogs.org/
ladiscordia(at)riseup.net

 

Attaques en soutien à Monica Caballero et Francisco Solar.

 Posted by on 16 mars 2016 at 15 h 28 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Attaques en soutien à Monica Caballero et Francisco Solar.
Mar 162016
 
Sabotage05

[Montreuil] Attaque d’un architecte de la domination.

 

Dans la nuit du 8 au 9 mars 2016, à l’aide de bennes à ordure et de produits inflammables, nous avons foutu le feu à la devanture du cabinet d’architectes Archi 5 rue Voltaire dans le centre de la ville de Montreuil-sous-Bois.

Archi 5 se vante sur son site d’avoir réalisé, ou d’être en train de réaliser, à côté de constructions anodines, la liste des projets macabres suivants :

Centres pénitentiaires de Bourg en Bresse, de Draguignan, de Mont de Marsan, de Rennes, les taules de Condé-sur-Sarthe et de Vendin le Veil, le Pôle de la Police judiciaire de Cergy-Pontoise, le commissariat de Clichy-sous-Bois, le Tribunal de Grande Instance de Chartres, le centre de détention de la Polynésie française à Tahiti.

Nous dédions cette action à toutes les personnes qui se battent pour la liberté et contre toute autorité, en particulier aux compagnons anarchistes Monica Caballero et Francisco Solar entre les griffes de l’Etat espagnol et qui bien qu’encourant de très lourdes peines de prison, ne renient pas un mot de ce qu’ils pensent ni de ce qu’ils sont.

Feu aux prisons.

Feu à ceux qui les construisent.

Source : Indymédia Nantes.

**************************

Doubs Besançon, solidarité avec Monica Caballero et Francisco Solar.

 

Durant le week-end des 5 et 6 mars 2016, l’église de la Madeleine à Besançon, située dans le quartier Battant, a été taguée en solidarité avec les anarchistes Monica et Francisco, qui se trouvent entre les mains de l’Etat espagnol et qui ont déjà passé de trop longues années derrière les barreaux.

Force et courage aux compagnon.ne.s !

[Contrainfo, March 12th, 2016]

 

 

Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar.

 Posted by on 16 mars 2016 at 13 h 25 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar.
Mar 162016
 
the kid

samedi 12 mars 2016

Le jeudi 10 mars a eu lieu la troisième session du procès de nos compagnons Mónica et Francisco. Ce sont principalement les plaidoyers finaux des avocats de la défense et l’accusation et du parquet qui ont été présentés.

 

Cela a débuté par les témoignages d’experts, appelés par la défense, qui ont fait un rapport sur l’étude comparative d’ADN de Francisco et Mónica extraits d’objets qu’ils ont utilisés dans leurs cellules. Dans leur rapport ils ont confirmé ce qui suit : il n’y a aucune correspondance.

La juge a ensuite demandé si les différentes parties maintenaient leurs conclusions initiales, et l’avocat de la femme blessée dans la basilique lors de l’explosion a déclaré qu’il maintenait les accusation de « dommages » et « blessures » mais qu’il retirait l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste et de conspiration, rabaissant la demande de condamnation à 12 ans et un jour chacun et demandant une indemnisation de 102 000 euros.

Les derniers plaidoyers ont alors commencé, avec la procureur qui a maintenu les 4 charges de l’accusation écrite : appartenance à une organisation terroriste, destruction, blessures et conspiration. Elle a aussi maintenu la demande de 44 ans de prison chacun. Dans son plaidoyer elle a insisté sur le fait que dans la procédure orale et dans les rapports des renseignements la participation des compagnons dans une organisation à caractère terroriste est prouvée. Face au discrédit des experts par la défense dans les sessions précédentes, évoquant le manque de formation de ces derniers sur les thèmes qu’ils traitent dans leurs rapports, la procureur a voulu valider leurs rôles à partir de leurs connaissances techniques et pratiques. Selon cette même ligne, la procureur a continué sa plaidoirie en considérant avérée la participation de Francisco et Mónica à l’action del Pilar et à l’intention de s’attaquer au sanctuaire de Montserrat. En ce qui concerne les accusations de blessures, elle s’est appuyée sur les rapports médicaux qui décrivent les lésions auditives et les séquelles psychologiques sur la femme concernée.

L’accusation a continué en expliquant la raison du changement de ses conclusions suite à la procédure orale, signalant que si elle est d’accord avec la procureur sur le fait que les compagnons appartiennent à la FAI-FRI et aux GAC, il n’y a pas d’arguments suffisants pour considérer ces derniers comme des organisations terroristes. Un argument similaire qui a été utilisé pour justifier le retrait des accusations de destruction : elle considère que leur visite à Montserrat était dans l’intention d’attaquer cet endroit mais il n’y a pas de preuves suffisantes pour le prouver. Concernant les accusations soutenues, il est important de souligner qu’elle a modifié la figure juridique de « destructions » en « dégâts » à but terroriste.

Les derniers plaidoyers étaient ceux de la défense, qui était catégorique sur la remise en question des thèses de l’accusation. La défense a fait un long exposé que nous résumerons par les points centraux :

  • Le manque d’impartialité de la section de première instance en ayant exercé des procédures qui correspondent au juge instructeur. Sur ce point la défense considère comme un signe d’impartialité le fait que c’est cette même instance qui décrétera l’élargissement de la préventive en indiquant qu’il y avait des « preuves » suffisantes pour prendre cette mesure. Ici aussi la défense remet en question le fait que des rapports policiers aient été inclus comme preuves d’expertise.
  • L’absence de vérité lorsqu’il a été signalé dans l’enquête que Francisco et Mónica avaient été condamnés au Chili pour le Caso Bombas et avaient été libérés par un « vice de procédure » alors qu’ils ont été acquittés par manque de preuves.
  • Le fait que l’acte d’accusation et l’écrit de l’accusation sont un « copier coller » des rapports des services de renseignement prouve qu’il y a un manque d’impartialité dans l’enquête du parquet et dans la procédure d’instruction de l’affaire.
  • Par une solide documentation technique elle remet en question la rigueur du système utilisé afin d’obtenir les résultats de l’analyse anthropométrique, signalant par exemple, qu’à aucun moment les spécificités techniques du programme appliqué n’ont été clarifiées ; ni la raison de l’utilisation de ce système là et non pas d’un autre, et le fait que les résultats sont loin d’être fiables puisqu’ils ne remplissent pas le minimum des conditions techniques requises (distance de la caméra, angle, luminosité, pixels, qualité de l’image).
  • La défense remet en question l’utilisation de sources « ouvertes », c’est à dire, obtenues d’internet et non vérifiées avec des sources originales.
  • Elle met en avant qu’aucun témoin n’ait fait de description qui corresponde aux traits de Mónica et Francisco.
  • Le concept et la pratique de la « solidarité et le soutien mutuel » sont inhérents à tout anarchiste.
  • Étant donné qu’il faut au moins trois personnes pour former une organisation terroriste, l’enquête policière a eu besoin de les relier à d’autres personnes et groupes et c’est là qu’apparaissent les GAC.
  • Il n’y a pas d’indices suffisants pour les relier aux GAC et en aucun cas on ne peut considérer ces derniers comme une organisation terroriste, signalant qu’il n’y a aucune action revendiquée sous ce sigle. De plus, après lecture des communiqués et du livre des GAC « Contre la démocratie», elle conclut qu’il n’y a rien dans son contenu qui puisse indiquer que c’est une organisation à finalité terroriste.
  • La défense argumente que la FAI-RI ne répond à aucune structure ni organisation et que c’est une « signature » sous laquelle il y a des appels à l’action des anarchistes au niveau international. Elle insiste à nouveau sur le fait que depuis 2009 elle n’est plus considérée comme organisation terroriste par la communauté européenne.
  • Sur le rapport qui traite du danger de l’engin explosif, en partant de la conviction que ce ne sont pas eux les responsables, elle signale que ceux qui ont fait cette action à la basilique n’avaient pas pour intention de blesser des personnes, vues les caractéristiques de l’engin, l’heure de l’explosion et l’alerte à la bombe faite par téléphone.

Le jugement s’est terminé par l’utilisation d’un droit à une dernière parole pour Mónica et Francisco, dont ils ont profité pour réaffirmer leurs idées anarchistes. À la suite de cela la juge a ordonné l’évacuation de la salle au milieu des cris de soutien des compagnons présents.

Nous terminons cette synthèse en citant les derniers mots des compagnons, qui reflètent la force et la cohérence de leurs convictions :

MORT À L’ÉTAT ET VIVE L’ANARCHIE !

[Traduit de l’espagnol de Publicacion Refractario.]

Résumé de la première session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar Résumé de la seconde session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar

Solidarité avec les anarchistes Mónica Caballero et Francisco Solar.

Source : Non Fides.

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

 Posted by on 4 février 2016 at 11 h 53 min  Contre les religions  Commentaires fermés sur « Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)
Fév 042016
 
wach1

Base de données anarchistes:

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

jeudi 4 février 2016

En février 2013 mourrait une deuxième fois, quelques 956 ans plus tard et dans sa ville natale et mortelle de Maarat al-Nou’man, le grand poète syrien « islamophobe », « judéophobe », « christianophobe » et « autoritarophobe », Abu-l-Ala al-Maari, décapité par les cannibales sociaux de Jabhat al-Nosra (Al-Qaeda -le Grand Frère du terrorisme djihadiste- en Syrie). Mais ce n’est rien comparé à tous les corps faits de chairs et de sang passés sous la lame, les bombes, les balles, le viol, la torture et la faim. De Paris à Alep, de Daesh à Al-Qaeda, de Riyad à Téhéran. En l’an mil comme en 2016, on ne s’agenouillera pas, ni nous ne nous prosternerons devant les prescriptions nommées Dieu.
Solidarité avec les incroyants du monde entier - la religion des pauvres, c’est le sabotage.
Voici donc quelques vers d’un subversif d’autrefoi, Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

Religion

« Les hommes sont poèmes récités par leur destin
Parmi eux le vers libre et le vers enchaîné, »

Réveillez-vous, réveillez-vous, ô égarés !
Vos religions sont subterfuges des Anciens.
Ils disent que le Temps mourra bientôt,
Que les jours sont à bout de souffle.
Ils ont menti – ils ignorent son échéance.
N’écoutez pas ces champions de fourberie.

Les gens voudraient qu’un imam se lève
Et prenne la parole devant une foule muette.
Illusion trompeuse – il n’est d’imam que la raison,
Notre guide de jour comme de nuit.

Peut-être dans les temples se trouvent-ils des gens
qui procurent la terreur à l’aide de versets,
Comme d’autres dans les tavernes
Procurent le plaisir.

Les lois divines ont semé parmi nous la rancune
Et nous ont apporté toutes sortes de malheurs,

Les corps vont à la poussière.
Aucun savant ne sait où va l’âme.

Malgré moi, je suis sorti en ce bas monde,
Et mon voyage est pour un monde ailleurs.
Cela malgré moi aussi, et Dieu m’en est témoin !
Suis-je prédestiné, entre ces deux mondes,
A accomplir une tâche,
Ou suis-je libre de mes choix ?

Raison - demeures laissées à l’abandon
Ignorance - solides demeures habitées.

La religion - commerce de morts.
Pour cette raison, c’est un objet invendable
parmi les vivants.

L’ égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
Malheur à lui ! Quel homme n’a pas connu l’impiété ?

Le Livre est devenu trompettes des égarés,
Et les versets, mélodies.
Ils en ont joué, puis, dans leur infamie,
Les ont agitées comme des épées
Sur l’homme paisible qui veille
Au clair de lune.

Je ne blâme pas l’athée ?
Mais plutôt celui qui, craignant l’enfer,
Persiste dans sa furie.

La raison ne peut que s’étonner des lois,
Qu’elles soient païennes, musulmanes,
juives ou chrétiennes.

Vos temples et vos bordels se valent.
Loin de moi, Ô genre humain !
Puissé-je rester sous terre et ne pas me lever
Quand Dieu vous appellera à la résurrection !

Quant à la certitude, elle n’existe pas.
L’apogée de mes efforts se trouve
Dans l’intuition et les pressentiments.

J’ai poussé loin mes recherches
Et mes investigations.
J’affirme, malgré cela,
Que je suis perdu et ignorant.

Le mensonge a détruit
Les habitants de la terre.
Leurs descendants se sont groupés en sectes
Qui ne peuvent fraterniser.
Si l’inimitié n’avait été dans leur nature,
Dès l’origine,
Mosquée, église et synagogue
N’auraient fait qu’une.

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois …
A toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elles est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?

Autres pensées

Les hommes sont paroles du temps,
Il est inévitable qu’elles subissent
modification et changement

Les destins m’ont dépassé sur la route et s’en sont allés.
Me voici éternel, à en lasser l’éternité.

Dans l’exil et l’éloignement,
L’homme est à l’image d’une étincelle
Se séparant de son feu.
Si elle tombe sur une terre lisse,
Elle te montrera son extinction.
Si elle rencontre des brindilles,
Tu verras son embrasement.

O homme, tu es pareil à la fourmi
Levée de bon matin pour chercher
Un grain de blé à traîner.

Le temps est un oiseau qui prend l’espace -
Attrape-le ! Toute la sagesse tiendra dans ta main.

c’est au milieu de la foule
Que je m’ensauvage -
Ma solitude n’est autre
Que livre de mon humanité.

Ces nuits nous emportent
Comme vaisseaux au large
Naviguant sans amarres.

Comme si la tristesse n’était que cendres
Répandues sur ton front,
Mais c’est ton cœur qui brûle.

La pensée est une corde.
Si on en saisit un bout,
Ce même bout sera relié
Aux pléiades.

La pensée voit que la lumière
Est créée dans l’éternité
Et que l’essence du temps n’est autre
Que son obscurité.

Des gens prétendent diriger leurs semblables,
Cette direction, pour moi, est tyrannie.

Pareils vos mosquées et bordels
Gens infréquentables !
Ni bonne plante, ni palmier
Ni gommier vous êtes
Mais épine que nul ne cueille
Nuisible, délétère.

Ho ! imbéciles, réveillez-vous ! Les sites que tu crois sacrés
ne sont qu’impostures inventées par les anciens
Avides de pouvoir, qui vécurent dans la luxure
Et moururent dans la bassesse et leur loi n’est que poussière.

Les gens viennent des contrées les plus lointaines
pour jeter des cailloux (à Satan) et pour baiser la Pière Noire.
Combien étranges sont les choses qu’ils disent !
Est-ce que l’humanité tout entière devient aveugle à la vérité ?

Parmi les ruines croulantes de la religion
L’éclaireur sur son chameau joua de la flûte
Et appela les siens : « Restons ici !
La pâture regorge de mauvaises herbes. »

Les musulmans trébuchent, les chrétiens sont égarés
Les juifs sont dévoyés, les mages sont dans l’erreur.
Nous les mortels nous répartissons en deux catégories
Les crapules initiées et les dévots stupides.

Le mensonge à tant corrompu le monde
Que jamais nulle dispute n’aura divisé de vrais amis
Comme les sectes l’ont fait
Mais la haine étant dans la nature humaine
Les églises et les mosquées se sont élevées côte à côte.

Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

JPEG - 21.9 ko
Maarat al-Nou’man, dans la province d’Idlib en Syrie, début février 2013.

 

Dieu et l’Etat, Bakounine

 Posted by on 15 janvier 2016 at 12 h 43 min  Anarchisme, Contre les religions  Commentaires fermés sur Dieu et l’Etat, Bakounine
Jan 152016
 
tai chi 1

Dans cette ambiance où la religion réémerge avec force (pas seulement l’Islam), que l’Etat (qu’il soit islamiste ou démocratique) persiste à se faire passer pour la seule organisation sociale possible, quelques classiques. Bakounine rappelle le lien entre théologie et Etat,dont il faut se débarrasser.

atheisme.org :

résumé de Dieu et l’Etat de Bakounine:

Dieu et l’Etat, deux cibles à abattre pour Michel Bakounine. Indissociables, la religion et l’Etat ne subsistent que parce que la hiérarchie est la colonne vertébrale sans laquelle ces édifices s’écrouleraient, une bâtisse à laquelle le peuple n’a pas sa part. Dans un style mordant qui ne laisse aucun répit à l’adversaire et en examine tous les ressorts, Bakounine exécute la religion et n’en laisse que des ruines fumantes. Dieu, inventé par la religion, c’est la soumission absolue et sans condition, l’abdication de la raison, la haine de la révolte. Car la raison qui caractérise l’individu doit aussi le mener sur le chemin de la révolte. Contre l’injustice et l’oppression, la rébellion, pas la prière ! En outre, si Bakounine affiche sa très haute estime pour la science en tant que rejet des ténèbres de la religion, il n’entend pas pour autant accepter un gouvernement de savants. Le révolutionnaire anarchiste célèbre la science aussi fort qu’il met en garde contre le scientisme, cette intrusion de la science dans la morale, la politique, la direction des individus. Or l’individu ne saurait être libre si une direction lui est imprimée. La liberté contre l’autorité.

Dieu et l’Etat sur : http://kropot.free.fr/Bakounine-Dieu-Etat.htm

Le principe de l’Etat sur : http://infokiosques.net/spip.php?article263

La loi de Dieu est éternelle et inaltérable

 Posted by on 10 janvier 2016 at 16 h 26 min  Contre les religions  Commentaires fermés sur La loi de Dieu est éternelle et inaltérable
Jan 102016
 
bell_020325_Church2

non-fides:

Lors d’une de ses émissions, une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l’homosexualité est une perversion. « C’est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination ». La Bible le dit. Un point c’est tout », affirma-t-elle. Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui disait :

« Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu. J’apprends beaucoup à l’écoute de votre programme et j’essaie d’en faire profiter tout le monde. Mais j’aurais besoin de conseils quant à d’autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c’est indiqué dans le livre de l’Exode, chapitre 21, verset 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ?

Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu’ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas aux canadiens. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ?

J’ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L’Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu’il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d’une quelconque manière ?

Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu’on ne peut pas s’approcher de l’autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J’ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Un de mes amis pense que même si c’est abominable de manger des fruits de mer (Lévitique 11:10), l’homosexualité est encore plus abominable. Je ne suis pas d’accord. Pouvez-vous régler notre différend ?

La plupart de mes amis de sexe masculin se font couper les cheveux, y compris autour des tempes, alors que c’est expressément interdit par Le Lévitique (19:27). Comment doivent-ils mourir ?

Je sais que l’on ne me permet aucun contact avec une femme tant qu’elle est dans sa période de règles (Levitique. 15:19-24). Le problème est : comment le dire ? J’ai essayé de demander, mais la plupart des femmes s’en offusquent…

Quand je brûle un taureau sur l’autel du sacrifice, je sais que l’odeur qui se dégage est apaisante pour le Seigneur (Levitique. 1:9). Le problème, c’est mes voisins : ils trouvent que cette odeur n’est pas apaisante pour eux. Dois-je les châtier en les frappant ?

Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d’aller jusqu’au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d’une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu’il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ?

Je sais que vous avez étudié à fond tous ces cas, aussi ai-je confiance en votre aide.

Merci encore de nous rappeler que la loi de Dieu est éternelle et inaltérable.

Votre disciple dévoué et fan admiratif.

 

Califat et barbarie.

 Posted by on 14 décembre 2015 at 23 h 34 min  Actualité Internationale, Contre les religions, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés sur Califat et barbarie.
Déc 142015
 
gargouille.jpg

A la suite la première partie du texte Califat et barbarie de Tristan Léoni sur l’Etat islamique. Ce texte est extrait du site Douter de Tout (DDT21), titre d’un site qui reprend de nombreux textes de Gilles Dauvet (co-auteur de Léoni sur le Rojava entre autres), dont on sait jusqu’où sa capacité de douter de tout l’a mené. Pour mémoire : https://sous-la-cendre.info/3211/rojava-quelques-notes-critiques-sur-la-revolution-et-le-role-du-pkkpyd

C’est pour son ‘intérêt descriptif que ce texte est ici « publié ».

Un de sous la cendre.

Califat et barbarie (première partie).

Les Arabes, comme mercenaires ou auxiliaires, étaient le soutien indispensable des grands empires. On achetait leur concours, on craignait leurs révoltes, on se servait de leurs tribus les unes contre les autres. Pourquoi n’utiliseraient-ils pas leur valeur à leur propre profit ? Pour cela il faudrait un État puissant qui unifierait l’Arabie. Il pourrait ainsi assurer la protection des richesses acquises et du commerce, détourner vers l’extérieur l’avidité des Bédouins les moins pourvus au lieu qu’elle soit une entrave pour l’activité commerciale des Arabes eux-mêmes. Les États de l’Arabie du Sud, trop colonisateurs à l’égard des nomades, trop détachés des Bédouins malgré leur parenté lointaine, avaient failli à cette mission.
Un État arabe guidé par une idéologie arabe, adapté aux nouvelles conditions et cependant encore proche du milieu bédouin qu’il devait encadrer, constituant une puissance respectée à égalité avec les grands empires, tel était le grand besoin de l’époque. Les voies étaient ouvertes à l’homme de génie qui saurait mieux qu’un autre y répondre. Cet homme allait naître.

Maxime Rodinson, Mahomet, 1961, p. 58-59.

La naissance d’un État n’est ni fréquente, ni attendrissante. Et le prématuré, le proto-État, bien que très fragile, est déjà nuisible.
Avec l’actuelle restructuration du Proche-Orient, nous assistons à la constitution de nouvelles entités, les plus connues étant l’État islamique (EI) et le Rojava (Kurdistan occidental). Celui-ci, parangon de démocratie et de féminisme, serait un rempart contre la barbarie du premier. Car l’État islamique est un monstre, les images le prouvent. Tout le prouve. Il faudrait d’ailleurs le nommer Daech1 car il ne mériterait pas le « noble » qualificatif d’État et n’aurait « rien à voir » avec l’islam. L’explication devrait suffire. Elle n’est pourtant pas suffisante pour comprendre pourquoi et comment, depuis des mois, huit à dix millions de personnes vivent dans un territoire en guerre contre le reste de la planète. Les jours du Califat sont sans doute comptés, mais la question, elle, demeurera : Pourquoi ça marche ?

L’EI attire tous les regards, mais son image est brouillée. Le reflet qui nous parvient via les médias est celui d’une foire aux atrocités soigneusement mise en scène, ou d’épisodes guerriers choisis en fonction d’obscurs intérêts politico-militaires, par exemple la Bataille de Kobané. Mais parmi les groupes « rebelles » ayant émergé durant le conflit irako-syrien, l’EI est aussi le seul qui tente de mettre en place une structure de type étatique et qui s’appuie sur un projet politique structuré et ambitieux2 : le rétablissement du Califat disparu en 1258 qui implique une critique du monde, de sa marche, de l’Occident, de la démocratie, du nationalisme, etc. Est-ce à dire une critique du capitalisme ? Certainement pas, mais plutôt celle de certains de ses maux et excès, ceux qui entraveraient le fonctionnement libre et harmonieux d’une société califale rêvée… et surtout de son économie.

première partie : de l’État

 

« Ce qui serait le mieux, en ce moment, ce serait un pouvoir
autoritaire mais qui serait très bon, aimable et juste
».
Lilo Pempeit à son fils Rainer Werner, 1977.

Nous ne reviendrons pas sur les origines et l’artificialité centenaire des États et frontières de la région, ni sur les soulèvements de 2011 qui, en Syrie et en Irak, ont laissé place à une guerre civile puis, rapidement, à une confrontation militaire à plusieurs bandes opposant une multitude d’acteurs locaux et internationaux aux stratégies et alliances fluctuantes.

La généalogie de l’EI, à l’origine la branche irakienne d’al-Qaïda devenue autonome, est elle-même des plus complexe3 mais préoccupait peu de monde avant que ses troupes ne remportent une série de surprenantes victoires durant l’été 2014.

La question militaire

L’EI n’était à l’origine qu’un des groupes de résistance armée à l’occupation américaine en Irak (donc un groupe terroriste) ; mais, à partir de 2009, il bénéficie du ralliement de milliers de miliciens sunnites et de centaines d’ex-officiers de l’armée irakienne4.

Militairement très efficace, l’EI a été considéré par une bonne partie de la population irakienne sunnite comme une « armée de libération » et donc fêté comme telle5, et beaucoup de chefs de tribus ont choisi de lui faire allégeance. Cela explique que de nombreuses localités soient tombées entre ses mains aussi facilement (par exemple Mossoul) et que les troupes de Bagdad (chiites) n’aient que peu résisté dans ses régions.

L’EI s’est ainsi emparé d’un important arsenal qui lui servira pour progresser en Syrie à partir de 2013 ; dans ce pays les localités sont prises à la suite de violents combats contre d’autres groupes islamistes ou grâce au ralliement de ceux-ci. Dans le chaos ambiant, ses capacités logistiques et régaliennes lui valent une certaine popularité dans la population. C’est dans un second temps qu’il lancera des offensives contre le Rojava et le régime de Damas.

A noter que l’EI semble très attentif à la survie de ses combattants, n’hésitant pas à abandonner des positions si nécessaire (la question des attaques suicides est d’un autre ordre). Cette armée rassemblerait selon les estimations entre 30 et 100 000 hommes : beaucoup d’anciens miliciens irakiens, des arabes et des kurdes et au moins 20 000 volontaires étrangers. Leur solde étant versée avec régularité, cela limite pillages, vols et rackets dont sont coutumiers de nombreux autres groupes rebelles.

La réputation sanguinaire et impitoyable de ses troupes est sciemment entretenue ; n’étant pas signataire des Conventions de Genève, l’EI ne respecte aucune « règle » de la guerre, surtout contre ceux qu’il juge infidèles ou apostats. Ses adversaires, quels que soient leurs agissements, s’en trouvent parés d’un verni de respectabilité.

Administrer un territoire

Le rétablissement du Califat, sous le nom d’État islamique, a été proclamé le 29 juin 2014 dans la Grande mosquée d’al-Nuri à Mossoul. Le débat sur le terme « État » n’a pas cessé depuis6.

Si le mot désigne un territoire délimité à l’intérieur duquel une autorité souveraine fait régner ses lois sur une population fixe, dispose d’une armée, d’une monnaie et d’une économie, l’EI ressemble bien plus à un État que certaines entités aujourd’hui (plus ou moins) reconnues internationalement (Libéria, Somalie, Yémen, Vatican, Luxembourg, Libye, Soudan du Sud, etc.) et bien peu à un groupe terroriste.

Seule l’instabilité de ses frontières contredit le modèle étatique occidental, mais la guerre n’est pas seule en cause :

« Est-ce que le mot de « Dawla », généralement employé en arabe pour dire « État », et qui sert à l’acronyme « Daech », peut être exactement traduit par « État » ? Dans l’histoire du monde arabe et du monde musulman, ce mot distingue en effet des formes de gouvernement qui n’ont pas grand rapport avec l’histoire occidentale du mot État. Celui-ci renvoie à l’idée de « statique », de territorialité, de frontière, de souveraineté, de différenciation entre le politique et le social, en bref à bien d’autres choses que ce qui a pavé l’histoire du monde musulman » (Bernard Badie)7

Sur la question de la forme, l’EI a déjà répondu :

« Quant à ceux qui veulent des passeports, des frontières, des ambassades et de la diplomatie ils n’ont pas compris que les partisans de la religion d’Ibrâhîm [al-Baghdadi] mécroient et prennent en inimitié ces idoles païennes. […] Nous voulons rétablir l’État Prophétique et celui des quatre Califes bien-guidés ; pas l’État-Nation de Robespierre, de Napoléon, ou d’Ernest Renan. » (Dar al-Islam)8

L’EI gère un territoire de 300 000 km2 peuplé de 8 à 10 millions d’habitants. Il n’a pas tardé à installer (ou à transformer) les institutions du territoire qu’il contrôle. Elles se structurent autour d’une administration centrale réduite (sept ministres autour du Calife), d’un Conseil de guerre et de sept gouverneurs de provinces chacun assisté d’une choura.

Les deux grandes zones (Syrie et Irak) disposent d’une assemblée consultative composée d’imams, de prédicateurs, de notables des villes et de chefs de tribus, où toutes les voix n’ont pas le même poids mais où l’on recherche le consensus. La démocratie, invention occidentale et « idolâtre », est rejetée et le pouvoir législatif inutile : la charia suffit.

Raqqa (200 000 habitants) est de fait la capitale administrative, Mossoul (2,5 millions d’habitants) la capitale religieuse.

Lorsqu’il s’empare d’un territoire, l’EI restitue le pouvoir à des acteurs locaux (ou les maintient en place s’il leur fait confiance) : chefs tribaux, de clans, leaders de quartier, à condition qu’ils fassent allégeance exclusive à l’EI, qu’ils ne déploient d’autre emblème que celui de l’EI, et respectent ses injonctions en matière de mœurs.

Quant au fait que l’administration du Califat s’impose froidement par la violence et l’arbitraire, ce n’est certainement pas une raison pour la priver du nom d’État, au contraire.

Une répression extraordinaire… et ordinaire

L’EI est un des régimes les plus répressifs d’une région assez bien dotée en la matière9 mais c’est surtout le seul qui fasse un tel étalage d’« atrocités ». Pour des sociétés occidentales ayant connu une dé-brutalisation 10 ce ne peut être l’œuvre que de « barbares », c’est-à-dire qu’ils ne parlent pas « notre » langue.

Pourtant, dans les zones qu’il contrôle, l’EI, rétablit une forme d’État de droit, et ainsi « répond aux aspirations d’acteurs locaux »11. En Irak il a chassé les troupes chiites considérées par la population comme une abominable armée d’occupation, une « check point army » dont la présence n’apportait qu’exactions, violences, viols, racket, corruption généralisée et insécurité 12. Dans une ville comme Mossoul où régnaient bakchich et clientélisme, et où une misère massive jouxte d’inexplicables poches de prospérité, les premières mesures du nouveau régime, hautement symboliques, peu onéreuses et très médiatisées, sont l’éviction et l’exécution publique des corrompus. Les habitants le constatent, « c’est incontestablement un mieux par rapport à la situation précédente, devenue invivable »13.

Si l’ordre règne à Mossoul, c’est aussi que la répression est impitoyable. Mais loin d’être dictée par une folie mortifère incontrôlée, elle répond à de froides logiques étatique et administrative et trouve une légitimité dans une interprétation littérale du Coran et très rigoriste des Hadith (actes et paroles du Prophète). Cette abominable répression, ultra-médiatisée, relève en fait de trois registres différents :

1 / Politico-médiatique

Il s’agit d’exécutions d’otages mises en scène par les médias du Califat afin de choquer les Occidentaux. Elles sont massivement relayées par les médias occidentaux14.

2 / « Crimes de guerre »

Il s’agit des massacres, là aussi très médiatisés, commis par l’EI dans les heures et jours qui suivent la prise d’une ville ou de nouveaux territoires. Outre des exécutions de partisans ou sbires d’autres régimes, voire de militants démocrates ayant échappé à tous les groupes précédents, la nouvelle administration califale ne peut ignorer les minorités religieuses encore présentes15 :

Les gens du Livre (les chrétiens) se voient proposer trois possibilités : conversion, statut de dhimmitude (citoyens de seconde zone, mais protégés) ou exil. Beaucoup ont choisi cette dernière solution avant même l’arrivée de l’EI16.

Les « païens » (les Yézidis par exemple ) ne sont même pas considérés comme humains et n’ont donc aucun droit. Ils doivent être tués ou réduits en esclavage.

Les apostats (athées ou convertis) méritent simplement la mort. L’EI fait un usage fréquent du takfir, procédé permettant d’ôter la qualité de musulman à un adversaire et d’en faire un apostat (c’est le cas des chiites mais aussi de quasiment tous les sunnites opposés à l’EI).

Bien que l’EI se donne pour but d’appliquer strictement ce qui relève selon lui de prescriptions coraniques, il ne s’agit là que de la théorie. Dans la pratique, lors des combats, l’encadrement et la discipline n’étant pas encore du plus haut niveau, « bavures » et « exactions » sont fréquentes.

Quant au rétablissement de l’esclavage, c’est une conséquence des victoires militaires. Femmes et enfants capturés (« mécréants ») sont considérés comme une partie du butin qui se doit d’être partagée équitablement (ou du moins le produit de leur vente). Les victimes sont ainsi transformées en domestiques et/ou « concubines »17 (certaines auraient été achetées par des proxénètes turcs). Ici encore, l’EI se flatte d’appliquer à la lettre les indications du Coran qui encadrent cette pratique18.

3 / Justice ordinaire

Pour beaucoup de commentateurs, la justice quotidienne et correctionnelle est le service qui fonctionne le plus efficacement dans le Califat. Des juges religieux, les qadis, ont été nommés sur tout le territoire et pris place dans les Palais de justice.

Les peines encourues varient : amende, confiscation, flagellation publique ou non (par exemple pour avoir fumé une cigarette19), emprisonnement, amputation (pour un voleur), exécution selon diverses techniques (pour adultère, homosexualité, viol, corruption, etc.). L’effet recherché étant dissuasif et exemplaire, les exécutions sont publiques et les cadavres exposés. La baisse de la délinquance et de la criminalité serait considérable.
On retrouve des aspects de ces pratiques dans certains pays musulmans, en particulier l’Arabie Saoudite.

La justice jouirait auprès de la population d’une « réputation d’impartialité »20. Les médias de l’EI mettent évidemment en avant des exemples montrant que les djihadistes ne bénéficient pas de passe-droit : ici un responsable crucifié pour corruption, là un combattant exécuté pour viol.

Les qadis disposent d’une police chargée d’appliquer leurs décisions. Une autre unité, les muhtasibîn, fait respecter la hisbah (ce qui convenable ou pas, selon le Coran). Cette police des mœurs, rendue célèbre par la présence en son sein de femmes djihadistes européennes, surveille également les marchés.

Sans oublier une police secrète politique, l’Anni, et l’interdiction des manifestations. Le contrôle et la surveillance de la population semble particulièrement redoutable et des experts y voient même la « patte » d’officiers irakiens formés aux techniques du Bloc de l’Est21. Les opposants débusqués sont exécutés de manière exemplaire et, on l’aura compris, « si vous respectez leurs règles sans broncher, personne ne s’en prendra à vous »22. Pourtant, aussi efficace soit-elle, une politique répressive ne suffit pas à assurer la pérennité d’un régime.

La vie quotidienne

Les informations disponibles sont parcellaires, souvent anecdotiques et concernent le plus souvent Raqqa ou Mossoul. La réalité est sans doute bien différente dans les campagnes ou d’une ville à l’autre, en fonction de l’ancienneté de l’arrivée de l’EI, du degré de soutien ou de résistance des tribus et de la population, de l’éloignement ou de la proximité du front. Les réglementations peuvent par exemple s’appliquer de manière progressive23.

Dans les rues ce qui frappe c’est assurément le noir des femmes. Les nouvelles réglementations liées aux mœurs, à la religion (interdiction du tabac, de l’alcool et de la drogue24) mais surtout celles concernant la condition féminine sont les plus connues.

En fait, la situation des femmes s’est progressivement dégradée en Irak depuis le premier embargo de 1990 et surtout après 2003. Il en est sans doute de même en Syrie depuis 2011, où la plupart des zones « libérées » de Assad sont aux mains de groupes armés islamistes.

Outre un code vestimentaire très strict imposé dès le plus jeune âge (voile obligatoire pour les fillettes à partir de la troisième année d’école), les femmes ne peuvent circuler dans les villes du Califat sans la présence d’un tuteur masculin. Les seuls emplois féminins autorisant un déplacement hors du domicile semblent liés au secteur médical ou éducatif. A noter que, contrairement à l’Arabie saoudite, les femmes sont autorisées à conduire des voitures.

Il est également demandé aux hommes un effort vestimentaire, notamment d’éviter les tenues jugées trop occidentales ou certains vêtements de marques.

Ces rues des grandes villes dans lesquelles la police scrute les vêtements semblent pourtant grouillantes et bruyantes, les étals et boutiques achalandés, l’activité commerciale battant son plein25 . Ce n’est pas le business que souhaite bouleverser l’EI, plutôt l’apparence et la surface pour les remettre en adéquation avec la volonté divine. Les journées sont ainsi rythmées (perturbées selon certains commerçants) par les cinq prières quotidiennes, il y a enfin des agents qui régulent la circulation aux carrefours, de nouvelles plaques minéralogiques, un calendrier lunaire, etc.

L’EI accorde aussi une attention toute particulière à la sécurisation et à l’amélioration de l’approvisionnement, ainsi qu’à une baisse des prix des denrées alimentaires ; d’où le contrôle des moulins et boulangeries, autrefois publiques en Syrie. Pendant qu’une jeune « Autorité de protection des consommateurs » veille sur l’hygiène et la qualité des produits, les muhtasibîn sont attentifs aux prix dans les rues et sur les marchés : on peut tout de même être exécuté pour « spéculation et accaparement »26 .

Lorsqu’une ville est conquise, comme toute armée d’occupation conséquente, l’EI a parmi ses priorités de rétablir le fonctionnement des services publics. Les employés des entreprises publiques et les fonctionnaires sont incités à rester en place et le versement des salaires est assuré s’il le faut27. (et avec plus de régularité que sous le règne de Nouri al-Maliki). L’état civil se remet à fonctionner, prenant juste en compte les modifications légales (comme l’autorisation du mariage pour les filles dès l’âge de neuf ans).

L’EI s’efforce de reconstruire les infrastructures endommagées par la guerre mais lance aussi de nouveaux projets mis en valeur dans sa presse : réparation de ponts et de circuits électriques, création de lignes des transport public à prix réduit, restauration d’un service postal, etc. Lors de la prise de Palmyre, les exécutions à peine terminées, l’EI a dépêché sur place des techniciens pour rétablir l’électricité et les connexions internet. Les fonctionnaires de la ville ont reçu des avances sur salaire et du nouveau matériel médical a été installé dans l’hôpital28. A Raqqa, réalisation emblématique, le palais du gouverneur a été transformé en hôpital29. Dans des zones périphériques parfois délaissées par les régimes précédents, l’EI a pu « bénéficier de significatifs effets de contraste dans son rapport aux populations »30 en finançant des campagnes de vaccination, la construction de dispensaires, de puits ou d’écoles.

L’éducation est une autre des priorités affichées. Le régime insiste sur la nécessité de rouvrir écoles et universités, surtout pour les filières scientifiques et techniques. Il a créé une fac de médecine à Raqqa, où une université scientifique est réservée aux femmes. Quant aux programmes scolaires, ils ont subi une brutale réforme inspirée du modèle saoudien.
Il circule des images d’enfants et jeunes adolescents recevant une formation militaire dont on ignore le contexte : déscolarisation complète ou (plus vraisemblablement) cours hebdomadaire ?

Mais la propagande du régime montre aussi des djihadistes emmenant se baigner des enfants souriants, jouant avec eux, d’autres gamins au volant d’autos-tamponneuses ou sur des jeux gonflables géants dans les parcs. On sait aussi qu’à Mossoul a été organisée une « Journée du divertissement » avec distribution de ballons (sic) et concours de récitation du Coran…31

Un programme social

Les vidéos d’exécutions ne sont qu’une partie de la propagande de l’EI que véhicule internet : s’y ajoute un volet social et caritatif.

Il est classique pour les mouvements islamistes (d’opposition) de mettre en place des programmes d’aide aux plus démunis. Celui de l’EI est de grande ampleur et les mesures annoncées sont diverses : allocations aux familles les plus pauvres (à Raqqa, ville délaissée par Damas, 10 $ par enfant, puis 250 $ au début de l’hiver)32, ouverture de cantines, distribution de nourriture, contrôle ou baisse des prix des produits de première nécessité, plafonnement des loyers, allocations familiales, prime au mariage et pour chaque naissance33, allocations pour les familles de soldats morts au combat, etc.

L’EI achète ainsi la paix sociale et le soutien de la population, mais cela s’inscrit aussi dans son projet politique. Les djihadistes ayant en charge l’administration d’un territoire, s’ils crucifient les opposants, ils se doivent aussi de veiller sur l’immense majorité de la population qui respecte leur interprétation de la charia et qui peut, dans une certaine mesure, bénéficier elle aussi des conquêtes militaires34.

Il y a forcément une différence entre un programme et sa réalité35. D’autant que l’EI, de par même sa légitimisation religieuse ne peut bouleverser l’ordre établi (par Dieu) en s’en prenant aux différences de revenus, classes, hiérarchies (parfois tribales), allégeances, etc. Il ne peut se donner comme objectif que d’en limiter les excès et les abus les plus criants, sans pour autant succomber à son tour à la corruption, ce qui n’est pas simple36.

L’économie califale

Les informations en ce domaine sont en général fragmentaires et invérifiables (on apprend ainsi que l’industrie du ciment représenterait 10 % des recettes de l’EI, sans plus de précision37) ; beaucoup de chiffres sont avancés mais très peu de détails sur le fonctionnement concret des entreprises.

L’EI disposerait d’un patrimoine de 2 260 milliards de dollars, son fameux « trésor de guerre », mais ce chiffre recouvre en fait la valeur des installations pétrolières et gazières, des mines de phosphates, des terres agricoles et des sites culturels situés sur son territoire (dont des centaines de millions de dollars trouvés dans les coffres de la banque centrale de Mossoul)38. Il est en hausse par rapport à 2014. Le budget de l’État en 2015, de l’ordre de 2,5 milliards d’euros, aurait diminué, notamment à cause des recettes liées au pétrole (baisse des cours et hausse des bombardements), quoique celles provenant de taxes et confiscations grimpent.

Nous avons tout d’abord affaire à une économie de guerre, dans des zones parfois ravagées par les combats et vidées d’une large part de sa population. C’est surtout le cas en Syrie où, sur 22 millions d’habitants, 4 millions ont fui à l’étranger et 8 à 10 ont dû quitter leur domicile ; si certaines villes sont « passées » intactes à l’EI, d’autres ont été ravagées par de longs combats. De nombreuses usines ont déménagé dans d’autres régions ou en Turquie39.

C’est différent dans la partie irakienne du Califat où économie et population sont depuis longtemps adaptées à ce type de situation.

C’est via la Turquie (et dans une moindre mesure la Jordanie) que l’économie de l’EI est reliée au reste du monde, mais son entrée en guerre à l’été 2015 ainsi que les offensives kurdes menacent cet accès.

Dans le cadre d’une économie de guerre, l’EI semble faire preuve de pragmatisme afin de relancer au plus vite les unités de production nécessaires à son effort militaire et au ravitaillement des populations dont il a la charge (puis à la perception de taxes), en fonction de l’urgence, du type de propriétaire (compagnies d’État, qui sont nombreuses, ou privées), du type d’entreprise, des particularités locales. Cette capacité d’adaptation est facilitée par la large autonomie dont jouissent les autorités locales.

C’est ce réalisme, et non une volonté de libéralisme économique, qui expliquerait la privatisation de certaines entreprises d’État (sans exclure un bénéfice financier) ou le lancement d’un programme de soutien aux petites entreprises et à l’économie locale40. Des usines abandonnées par les propriétaires ont sans doute été remises en fonctionnement par l’EI. Par exemple, la gestion de certaines exploitations pétrolières a été laissée un temps aux entreprises en place, et pour d’autres confiée à des tribus locales.

En tout cas, l’EI paraît édicter plus de programmes, brochures, décrets, fatwas, etc. sur les questions de mœurs que d’économie.

Impôts et fiscalité

Un nouveau système fiscal reposant sur des prélèvements réguliers et des procédures et barèmes formalisés a été mis en place pour assurer le fonctionnement de l’État. Ces impôts, qualifiés par les médias occidentaux d’« extorsion » et de « racket », représentent au moins un tiers des revenus de l’EI. Ils comprennent la Zakât, aumône légale et troisième pilier de l’islam, aux formes diverses, parfois payée en nature par les paysans ; la Sadaqa, don volontaire aux nécessiteux, et la Djizya, impôt des dhimmis, lourde mais progressive selon les revenus (on parle de 60 à 250 dollars mensuels à Mossoul).

De très nombreuses taxes existent (certaines au titre de la Zakât) par exemple sur : les entreprises, le revenu des entreprises nouvellement créées, les télécoms, la protection des commerces, les retraits d’espèces, les salaires (5 % pour la «protection sociale»), ceux versés par Damas ou Bagdad (50 %), les produits aux frontières, les chameaux, les péages, etc. Cette fiscalité remplace celle des régimes précédents mais aussi les pots-de-vin qui étaient obligatoires.

Les « extorsions » comprennent de nombreux cas de confiscations : d’argent pour non-respect des réglementations (sur l’alcool ou les cigarettes), et de maisons, de terres, de voitures ou de bétail suite à l’abandon par leurs propriétaires.

L’augmentation des recettes en 2015 a deux causes : les difficultés du régime qui doit augmenter les taxes existantes, et une amélioration de l’administration et de la collecte.

Ressources extraordinaires et « criminelles »

Il s’agit de sommes versées par des donateurs privés du Golfe (les liens tribaux jouent ici un rôle important), des rançons d’otages, de la vente/rachat d’esclaves, et du commerce d’antiquités (ou plutôt de l’encadrement de ce trafic). Souvent liés aux conquêtes militaires, ces revenus ont tendance à se tarir.

De multiples rumeurs circulent sur divers trafics (cigarettes, drogue, organes) et d’activités mafieuses contradictoires avec l’idéologie affichée du régime. Ce qui semble plus certain, c’est la taxation de certaines filières préexistantes (par exemple celle du Captagon).

Banques41

L’EI s’est doté d’une banque d’État et d’une monnaie officielle : dinars, dihrams et fulus califaux sous forme de pièces en or, argent et cuivre (la valeur d’une pièce serait celle de la valeur intrinsèque du métal qui la compose). On ne sait rien de son utilisation réelle sinon qu’elle est peu probable.

L’EI contrôle sur son territoire plusieurs dizaines d’établissements bancaires, certains continuant à effectuer des opérations commerciales y compris des transactions internationales. Les banques de Mossoul, succursales d’établissements basés dans le Golfe ou à Bagdad, ont continué (continuent peut-être encore) à fonctionner normalement.

Le régime est néanmoins confronté à des difficultés de change : si ses revenus sont encaissés en dollars, euros, livres turques ou syriennes, il règle ses factures en dollars.

Agriculture

Elle représenterait entre 7 et 20 % des recettes du Califat, qui contrôle les vallées fertiles du Tigre et de l’Euphrate, là où étaient produits 50 % du blé syrien, un tiers de celui d’Irak (8ème producteur mondial) et près de 40 % de l’orge irakienne.

Ici encore la guerre est un facteur important dans des régions très agricoles (dans le gouvernorat de Raqqa, 50 % de la population active travaille dans ce secteur). Beaucoup de paysans ont fui (notamment des chrétiens ou kurdes) abandonnant fermes et terres. L’EI s’en est emparé mais des champs restent en friche42. Le contrôle de cette production est vital car il permet au régime de fixer le prix de la farine et donc du pain, base de l’alimentation.

L’EI contrôle aussi une large partie des champs de coton syriens dont la vente représenterait 1 % de ses recettes. L’exportation de cette fibre est moins aisée que celle du pétrole, mais la principale destination est la même : 6 % des importations turques auraient ainsi pour origine les champs du Califat. De quoi produire un cinquième des tee-shirts made in Turkey (soit 1,2 % de ceux vendus en France)43.

Divers

Quoique l’EI se soit emparé de la majorité des mines syriennes de phosphate (nécessaire à la fabrication d’engrais), il n’a pas les moyens de relancer l’ensemble de la production et il lui est difficile de la vendre. Cela représenterait néanmoins 10 % de ses recettes44. Il contrôle également des sites d’extraction de soufre en Syrie et en Irak, ainsi que de nombreuses cimenteries.

Hydrocarbures

Si en 2003 les compagnies américaines ont raflé tous les contrats irakiens, elles ont dû depuis faire face à la concurrence de BP, Lukoil et surtout de la Chine qui, depuis 2008, a investi des dizaines de milliards dans le pétrole irakien, devenant le premier client et le premier investisseur dans le pays. Aujourd’hui, 50 % de la production sont exportés vers la Chine (chiffre qui devrait atteindre 80 % en 2035), et l’on projette de construire deux pipe-lines reliant les deux pays. Plus de 10 000 travailleurs chinois étaient présents sur place avant l’irruption de l’EI.

Alors que les États-Unis cherchaient à se désengager militairement de la région, l’accentuation du chaos irakien gênait donc surtout les investisseurs chinois (déjà chassés de Syrie par la guerre). Ce n’est qu’en août 2014, lorsque l’EI a menacé les zones pétrolières sous contrat avec des compagnies américaines (Kurdistan et sud de l’Irak) et Bagdad (dont la chute aurait été catastrophique pour toute la région), que l’US Air Force a dû intervenir.

L’EI contrôle 60 % du pétrole syrien et 10 à 15 % de celui d’Irak (ce dernier chiffre a certainement baissé depuis le recul des troupes de l’EI à l’automne 2015). La production est estimée en 2015 entre 20 000 et 50 000 barils de pétrole par jour, contre au moins 70 000 l’année précédente : c’est une goutte d’eau comparée à la production régionale (la Syrie produisait 385 000 barils par jour en 2010)45. Le pétrole, vendu 50 à 60 % de moins que les prix du marché, rapporte entre 1 et 1,5 million de dollars par jour, soit entre 350 et 600 millions de dollars par an. C’est la principale ressource de l’EI (selon les sources entre 25 et 40 %) mais elle diminue du fait de la baisse des prix du marché et des bombardements occidentaux.

Par ailleurs, Daech recrute au prix fort des personnels compétents (techniciens, ingénieurs, traders…), en Syrie et en Irak mais aussi à l’étranger, pour améliorer la productivité de ses sites vieillissants46. L’État Islamique s’est fixé pour objectif de parvenir à des rendements doubles de ceux obtenus dans les champs de pétrole avant qu’il en prenne possession47.

L’EI s’occupe presque uniquement d’extraire du pétrole brut, vendu au pied des puits à des commerçants indépendants, contrebandiers, ou simples propriétaires de camion, qui emportent le pétrole pour le raffinage, la consommation locale (60 à 70 %) ou l’exportation. En octobre et novembre 2015, les bombardements américains auraient détruit des centaines de ces camions. De même, les grosses installations de raffinage comme beaucoup de ses raffineries artisanales (mobiles) ayant été détruites par la coalition, l’EI s’adresse à des raffineries privées dont il taxe la production. En Syrie, moyennant le paiement de taxes, des compagnies pétrolières privées ont pu continuer à travailler dans des zones conquises par l’EI48. L’exportation se fait par contrebande vers la Jordanie, la Turquie ou des zones tenues par des groupes ennemis via une myriade de camion, parfois à dos d’âne ou de cheval, ou acheminées par de mini-oléoducs artisanaux. En Irak, le trafic de pétrole est une pratique remontant aux temps de l’embargo, voire plus ancienne.

En Syrie le contrôle de l’extraction donne lieu à de nombreux conflits entre groupes rebelles pour le partage de cette importante source de revenus. Il en va de même des exploitations gazières qui permettent la fourniture de gaz et d’électricité aux populations.

Cela laisse aussi le champ libre à des trafics stupéfiants. Le pétrole extrait sur le territoire de l’EI peut être vendu à ses ennemis : à d’autres groupes, au régime de Damas ou au Rojava49. La prise d’une centrale électrique à gaz près de Palmyre a obligé Raqqa et Damas à des marchandages, puisque personne ne contrôle l’intégralité de la chaîne de la production à la distribution50. Dans la région de Deïr ez-Zor, l’EI a confié l’extraction de pétrole et de gaz aux tribus locales qui récupèrent une fraction des bénéfices mais vendent une partie de la production au régime d’Assad pour se prémunir de représailles aériennes.51 Attention aux sabotages d’oléoducs par des tribus exclues du jeu !

Rien qu’un État ?

Construire un État tout en faisant la guerre à presque toutes les puissances de la planète est loin d’être aisé. Ce que nous venons de décrire est moins un tableau socio-économique de l’EI à un instant T que l’esquisse d’un processus qui, en gros, s’étend de l’été 2014 à l’été 2015. C’est durant cette période, qui sera peut-être un jour considérée comme celle de « l’apogée » du Califat, celle de son expansion maximale, que l’EI se lance dans la construction d’un État, de son administration, tente de relancer son économie tout en assurant un niveau de vie supportable pour sa population.

Cette période est sans doute achevée et ce processus passé en involution. Sauf surprise d’ampleur, l’implication progressive de la Turquie dans le conflit, l’intervention militaire russe (octobre 2015) et la montée en puissance de celle des Occidentaux (été et automne 2015) devraient d’ici quelques mois régler la question de l’existence territoriale de l’EI en Irak et en Syrie. Déjà tous les indicateurs passent au rouge et les tableaux de productions et statistiques cités plus haut seront fin 2016 fort bas.

Nous nous demandions au début « pourquoi ça marche ? » Et nous avons vu que la survie et l’expansion de ce régime ne s’expliquaient pas seulement pas ces capacités militaires et policières. Certains parlent même d’« État providence ».

Mais c’est aussi que le Califat n’est pas seulement, banalement, un État. Non content d’administrer, il prétend transformer le monde, instaurer une nouvelle ère ou en préparer la venue… Une ère où il ne s’agirait évidemment pas pour l’EI d’abolir le salariat ni la société marchande, seulement de les remodeler à sa façon. « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » (ici le « comme avant » est d’importance), la surface, les mœurs, coutumes, etc. Bien sûr, mais aujourd’hui, pour des milliers habitants d’Irak et de Syrie, et bien au-delà, l’espoir s’appelle Califat. Et des dizaines de milliers de jeunes, notamment beaucoup de prolétaires, traversent la planète pour y vivre ou y mourir, et beaucoup d’autres en en rêvent. Cet espoir est désespérant. Non ?

Tristan Leoni, novembre 2015

CET ARTICLE EN PDF


La deuxième partie de cet article, « De l’utopie », paraîtra dans 15 jours.

1Acronyme arabe de l’ancien nom de l’EI, utilisé d’avril 2013 à juin 2014, « l’État islamique en Irak et au Levant » (faisant lui-même suite à « État islamique d’Irak »).

2Le projet du PYD n’a lui pour cadre que le Kurdistan syrien (Rojava). L’EI entend lui, dans un premier temps, s’étendre de l’Inde à l’Espagne. Sur le PYD, voir notre article paru sur DDT21 en janvier 2015, « Kurdistan ? ».

3Sur cette question, voir Myriam Benraad, Irak, la revanche de l’histoire, Paris, Vendemiaire, 2015, 288 p.

4A partir de 2006, au sein de comités al-Sahwa (le Réveil), Bagdad avait salarié des milices sunnites pour lutter contre al-Qaïda. Le Premier ministre Nouri al-Maliki y met un terme en 2009, licenciant ainsi 85 000 miliciens.

5Pierre-Jean Luizard, Le Piège Daech, La Découverte, 2015, p. 17.

6Voir les entretiens avec Philippe-Joseph Salazar, disponibles sur Youtube depuis novembre 2015.

7Interview de Bernard Badie, Afrique Asie, octobre 2015, p. 33.

8Dar al-Islam, n° 3, mars-avril 2015, p. 14 (Dar al-Islam est la revue francophone de l’EI).

9Unique exception, le Rojava. Les chances d’y être enfermé arbitrairement, exécuté, torturé ou « disparu » par la police y sont bien plus faibles que partout ailleurs dans la région. Même Human Rights Watch le reconnaît.

10Au sens de George Mosse, historien qui a forgé le concept de « brutalisation » appliqué aux sociétés sorties de la Première Guerre mondiale, et dans laquelle il voit la « matrice des totalitarismes ».

11Pierre-Jean Luizard, op. cit., p. 15-16.

12L’armée de Bagdad, gangrenée par un absentéisme organisé et une forte corruption était d’une rare inefficacité pour assurer un semblant de sécurité dans la ville.

13Pierre-Jean Luizard, op. cit., p. 29.

14Ces images n’utilisent pas les mêmes canaux que celles, nombreuses et très populaires sur internet, montrant par exemple des djihadistes jouant avec de petits chats.

15Un traitement qui rappelle, par ses pratiques et son cadre religieux, celui des populations occitanes lors de la Croisades des Albigeois au XIIIème siècle.

16La dhimmitude, sévère et contraignante, comprend notamment le paiement d’un impôt spécial, la Djizya. A Raqqa quelques dizaines de chrétiens ont choisi ce statut, alors qu’à Mossoul les évêques ont préféré l’exil.

17Abdel Bari Atwan, Islamic State: The Digital Caliphate, Londres, Saqi Books, 2015 ; Claude Moniquet , Djihad : D’Al-Qaida à l’État Islamique, combattre et comprendre, La Boite à pandore, 2015, p. 182.

18Des agissements qu’il est problématique de qualifier de « barbares » tant ils rappellent les heures les plus glorieuses de l’Antiquité grecque.

19De par sa dangerosité, la cigarette est assimilée au suicide qui est interdit par l’islam.

20« Administration, police, communication… Daech, les rouages d’un quasi-État », http://bibliobs.nouvelobs.com, 18 novembre 2015.

21Alain Rodier, « Irak/Syrie: Daesh, comment ça marche ? », http://www.cercle-k2.fr, 7 juin 2015.

22Selon un membre du groupe d’opposants Raqqa is Being Slaughtered Silently cité par Layal Abou Rahal, « Raqqa, la ville modèle du califat de l’EI », L’Orient le Jour, 21 juin 2015.

23Hala Kodmani, « A Palmyre, l’État islamique a cherché à gagner la confiance », Libération, 1er juin 2015.

24Le célèbre Captagon, sorte d’amphétamine, n’étant ni un psychotrope ni un hallucinogène, n’est pas jugé haram. Les soldats de l’EI l’utilisent car il augmente la vivacité psychique et la résistance à la fatigue. Des djihadistes français ayant succombé à son caractère addictif ont été emprisonnés par l’EI.

25Voir les reportages de Vice News sur Raqqa : http://news.vice.com/video/the-islamic-state-part-1

26Avant, les réseaux clientélistes locaux organisaient la pénurie artificielle de denrées alimentaires de base pour faire monter les prix.

27Bagdad ou Damas continuent parfois à payer leurs fonctionnaires dans les zones qu’ils ne contrôlent plus ; c’est aussi le cas au Rojava.

28Hala Kodmani, « A Palmyre, l’État islamique a cherché à gagner la confiance », Libération, 1er juin 2015.

29www.france24.com, octobre 2014.

30Grégoire Chambaz, « Facteurs tribaux dans les dynamiques du contrôle territorial de l’État islamique », http://courrierdorient.net, 11 octobre 2015.

31Yochii Dreazen, « Daech, administrateur colonial », Foreign Policy, 20 août 2014 (Courrier international, hors-série, octobre-décembre 2015)

32Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, L’État islamique. Anatomie du nouveau Califat, Bernard Giovanangeli Editeur, 2015, p. 98.

331 000 dollars selon Samuel Laurent, L’État islamique, Seuil, 2014, p. 100.

34On pense ici au livre de Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands : Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple, Flammarion, Paris, 2005.

35Les informations décrivant une situation alimentaire et sociale catastrophique avant l’été 2015 sont rares. Voir par exemple sur Raqqa en novembre 2014: Marie Le Douaran, « A Raqqa, Daech vit grand train mais fait mourir la ville à petit feu », http://www.lexpress.fr, 27 février 2015.

36Myriam Benraad, « Défaire Daech : une guerre tant financière que militaire », Politique étrangère, vol. 80, n° 2, été 2015.

37Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, op. cit., p. 118.

38Marine Rabreau, « Pétrole, taxes, trafics d’humains : comment Daech se finance », Le Figaro, 19 novembre 2015.

39Henri Mamarbachi , « Comment fonctionne l’économie de guerre en Syrie », http://orientxxi.info, 8 octobre 2015.

40Yochii Dreazen, « Daech, administrateur colonial », op. cit.

41Jean-Charles Brisard and Damien Martinez, Islamic State : The Economy-Based Terrorist Funding, Thomson Reuters, octobre 2014, 12 p.

42Aline Joubert, « L’État islamique vit-il au-dessus de ses moyens ? », http://www.marianne.net, 07 Mars 2015.

43« Le coton syrien continue d’habiller les Français », Le Monde, 23 septembre 2015. et Caroline Piquet, « Peut-on retrouver du coton «made in Daech» dans nos vêtements ? », Le Figaro, 3 septembre 2015.

44Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, op. cit., p. 118.

45En 2014, l’Italie produit quotidiennement 121 000 barils et le Koweït 2,8 millions.

46Marine Rabreau, « Comment Daech organise son lucratif marché pétrolier », Le Figaro, 26 novembre 2015.

47Elisabeth Studer, « Daesh financé par la manne pétrolière », www.leblogfinance.com, 19 octobre 2015.

48Financial Times, 16 octobre 2015.

49« Les ennemis de Daesh achètent son pétrole », RMC, 26 septembre 2014.

50Jacques Hubert-Rodier, « Les affaires mafieuses d’Assad avec Daech », Les Echos, 19 octobre 2015.

51Frantz Glasman, « Deïr ez-Zor, à l’est de la Syrie. Des islamistes, des tribus et du pétrole… », http://syrie.blog.lemonde.fr, 8 décembre 2013.

Source : DDT 21.

L’écologisme comme religion - ou la soumission comme devoir.

 Posted by on 14 décembre 2015 at 22 h 43 min  Anarchisme, Contre les religions, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés sur L’écologisme comme religion - ou la soumission comme devoir.
Déc 142015
 
zad

La seule église qui illumine est celle qui brûle (Buenaventura Durruti)

Religion et écologie ont tout en commun. Les religions s’appuient sur un récit, un grand mythe fondateur et l’écologie n’échappe pas à la règle. Le mythe de l’Eden antédiluvien trouve son prolongement, pour le prêche écologiste, dans sa conception même de la Terre, assimilée à un pur Paradis perdu. Dans ce messianime de guignol, où la Nature est élevée au rang de divinité suprême, tout respire l’équilibre et le sublime. A l’image de Dieu, le fantasme de la Planète bleue recèle ce que les hommes ne possèdent pas: l’infinie perfection.
Toute religion est une réponse à la division du monde en classes sociales : elle entend recomposer autour d’un Dieu unique une communauté qui ne soit plus divisée par l’exploitation. Mais en demandant à chacun d’accepter la condition sociale que Dieu nous aurait assignée, elle reproduit le monde tel qu’il est avec ses classes, son Etat, son exploitation.
L’écologisme procède du même paradoxe : sa vision idéalisée d’un monde sans pollution répond au vœu d’une Humanité enfin réconciliée avec la Terre, mais concrètement son action s’articule en pleine connivence avec le monde du commerce et de l’argent, avec le capitalisme donc, précisément responsable des catastrophes que nous connaissons. Les grand-messes écologistes dans lesquelles les puissants de ce monde paradent aux côtés de leurs amis verts n’ont absolument pas pour objectif que l’humain puisse à nouveau respirer sans danger sur terre, elles se résument à fixer le prix de l’air via l’achat et la vente de droits de polluer.
« Qui a perverti ce fabuleux Eden? » est la question qui précède immanquablement l’apparition du mythe complémentaire à celui du Paradis perdu : le pêché originel. La fable d’Adam et Eve, avec le serpent et la pomme, est à la source d’une vision commune à l’écologie et à la religion qui situent tous deux dans une désobéissance coupable de l’Homme -ici pêcheur originel, là pollueur impénitent- l’origine des horreurs que nous subissons aujourd’hui.
Dans l’écologie comme dans la religion, c’est donc chez l’Homme et chez lui seul qu’il faut chercher le coupable. Le péché originel, c’est lui. Qui a transformé cette magnifique planète en un immense dépotoir ? Qui détruit jour après jour la formidable biodiversité terrestre ? C’est encore lui. L’homme est mauvais par nature et par instinct. Tout est décidément bon à recycler pour l’écologisme et le voilà qui fait du neuf avec du vieux. L’idéologie fondamentalement capitaliste qui nous répète à longueur de journée que l’homme est un loup pour l’homme, nous est ici resservie avec un emballage plus vert, plus durable et plus éco-responsable.
De tout temps, les classes dominantes ont été friandes de robinsonnades et de fables naturalistes suspendues dans les airs. La réalité sociale et concrète, avec ses hommes faits de chair de sang ne trouve pas facilement place dans les discours des maîtres du monde. A ces agaçants personnages d’esclave ou d’exploiteur, bien trop concrets pour faire partie d’une description écologique du monde, ils préfèreront toujours des abstractions telle l’Homme des droits et des devoirs de 1789.
Cet homme éthéré, abstrait, sans consistance réelle, qui refait régulièrement surface, cet homme aussi perdu que Robinson Crusoé sur son île dévastée, cet homme fait de droits et de devoirs et pompeusement baptisé « Citoyen », est l’idole de la religion écologiste. Qu’il puisse exister deux sortes de citoyens, -celui qui est libre de vendre sa force de travail et celui qui est libre de l’acheter, celui qui est libre de toute propriété et celui qui possède tout, bref celui qui exploite et celui qui est exploité-, n’effleure pas un instant l’esprit de notre Homo ecologicus post-moderne.
Détacher l’homme de la société, le présenter comme un homme irréel, est la seule manière d’éjecter de notre horizon oppresseurs, exploiteurs et expropriateurs mais aussi, et c’est l’essentiel, d’annihiler toute tentative d’envisager la remise en question du rapport social capitaliste qui fait des uns les maîtres du monde et des autres leurs esclaves. Dans ce rêve éveillé où ne demeurent que droits et devoir, libertés d’entreprise et égalités marchandes, il n’y a plus de classes, plus d’affrontements, plus d’exploitation. Seule règne la Sainte Démocratie, ce paradis des citoyens libres et égaux. Tout serait parfait pour la religion écologiste s’il n’y avait l’activité dévastatrice de la production marchande qui, pour réaliser de nouveaux profits, dévore tout ensemble les hommes, le vivant, la Terre et l’Univers dès qu’elle en aura les moyens.
Le problème de l’écologie est là. Elle veut transformer l’homme -enfin, ce fantôme qu’est l’homme abstrait- et non les conditions sociales dont il n’est finalement que le produit. Avant l’Homo ecologicus moderne, le stalinisme aussi nous avait vendu l’arrivée sur Terre d’un homme nouveau : l’Homo Sovieticus. Et là aussi, sans pour autant abolir aucune des caractéristiques du capitalisme -ni le salariat, ni le travail, ni les classes sociales, ni l’Etat, ni l’argent- on nous avait promis le Paradis égalitaire.
Après avoir emprunté à la religion le paradis perdu, le péché originel, puis l’homme abstrait, les moralistes verts nous mènent tout doucement à l’élément essentiel du récit de la soumission des hommes au monde capitaliste : la culpabilisation. Ce sentiment religieux par excellence prend force et devient une réalité contraignante grâce à la peur qu’engendre le discours sur l’Apocalypse. Discours qui se décline sur base d’une constatation que chacun peut faire : il y a de plus en plus de CO² dans l’air. Et de voir le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), les gouvernements, les organisations non gouvernementales et toutes sortes de prophètes à gauche comme à droite, puissamment relayés par les médias, souffler dans les trompettes annonçant la fin du monde.
Ecologistes en tête, tous ces imbéciles plus ou moins inspirés par la science, prétendent nous alerter de ce qui se passera dans 50 ou 100 ans alors qu’ils sont incapables de prévoir correctement le temps qu’il fera dans un mois. La fascination bourgeoise pour les modèles informatico-scientifiques en dit long sur leur conception du monde. Pour eux, tout se résume à un problème de gestion dont il suffit d’ajuster les variables. Réduire le climat à un problème de température et de CO² est, de la part des catastrophistes, un tour de passe-passe cybernétique grossier pour nous faire oublier que toute théorie scientifique répond d’abord à des besoins marchands et résulte de la concurrence capitaliste. Qui paye est maître dans notre monde. Le mythe d’une science désintéressée, indépendante des conditions sociales qui la produisent, est, tout comme l’homme abstrait décrit précédemment, une pure construction de l’esprit.
Le GIEC en est l’exemple par excellence. Création de l’ONU, il rassemble les gouvernements de la planète ainsi que 2500 scientifiques triés sur le volet et qui gagnent leurs grades académiques et obtiennent des subsides pour leurs laboratoires en démontrant ce que les détenteurs du pouvoir veulent entendre. Les scientifiques vivent eux aussi sur cette planète et partagent avec le commun des mortels les idéologies dominantes. A chacun sa théorie, le marché est libre.
L’annonce du réchauffement climatique, comme tant d’autres catastrophes futures claironnées par la bourgeoisie, n’est finalement qu’un cache-sexe idéologique. C’est la manière habituelle du capital de nous faire quitter la réalité pour la sphère éthérée des idées, des abstractions. Les communiqués à effet terrorisant n’ont pour but que de nous paralyser face à l’immensité du désastre et surtout, à nous faire oublier que la dégradation générale de nos conditions d’existence… est déjà advenue ! Le développement normal du capitalisme, c’est, chaque jour, la destruction du vivant.
Pour ne prendre qu’un exemple, l’industrialisation de la production de nourriture dans les années 1930 a bouleversé les conditions de vie d’une façon inimaginable. Toute la planète en a été transfigurée. Depuis, la généralisation des pratiques de l’agrobusiness (monocultures, élevages et pesticides intensifs, bricolages génétiques…) n’a fait que s’accélérer et a fini par appauvrir à tel point la biodiversité du sol, de la faune et de la flore, qu’on ne sait s’il sera possible un jour de récupérer ce qui a été perdu.
Il ne s’agit là que d’un moment particulier du gigantesque bouleversement que le rapport social a subi ces dernières décennies dans tous les domaines. Le pot de yaourt Danone fait aujourd’hui plusieurs fois le tour du monde avant d’atterrir dans nos frigos et cela grâce à la révolution industrielle qu’ont connu les transports, transformant l’ensemble de la planète en une immense usinemonde, accroissant circulation et pollution puisque les marchands ne stockent presque plus mais font produire en flux tendu. Pas question de tout cela dans la théorie du réchauffement climatique. Exit le rapport social et bonjour les théories scientifiques, bonjour la peur, les degrés qui montent, qui montent… et la banquise qui fond, qui fond… inexorablement.
La religion écologique concentre notre attention sur un futur catastrophique pour mieux dissimuler les questions immédiates, concrètes, amplement actuelles d’un capitalisme toujours plus nocif et meurtrier. Limitons-nous à réfléchir sur les moyens d’abaisser la température de la planète ou de produire moins de CO² et de déchets, mais ne touchons surtout pas à la racine marchande du problème. La réponse des experts et autres politiciens peut alors se concentrer sur des solutions qui vont toutes dans le même sens : une marchandisation accrue du monde, un abîme de misère grandissant pour les damnés de la Terre que nous sommes, un accroissement des profits pour ceux qui nous exploitent. Le problème n’est donc plus de comprendre ce qui, dans le rapport entre les hommes, est à ce point retors qu’il produit cette différence abyssale entre les conditions de vie d’une minorité possédant tout et celles d’une majorité complètement démunie. La question n’est même plus « Pourquoi le monde va si mal ? ». Toute l’attention est concentrée sur la façon dont « nous » -les hommes abstraits, les citoyens de la grande famille démocratique- allons séquestrer le CO², économiser de l’énergie, de l’eau, généraliser la voiture électrique, le vélo, l’éolienne et développer le nucléaire de 4ème génération, les OGM… comme nouveaux leviers de croissance économique. Leur solution va de soi : acceptons à notre « petit » niveau, l’idéologie des petits gestes pour la planète que l’Etat nous demande d’accomplir tous les jours. Acceptons de collaborer encore et toujours plus avec le monde de l’argent. Bref, toujours plus de la même chose, mais dans un discours lénifiant qui se résume à : « En obéissant à nos consignes, en obéissant à nos ordres écologiques, en obéissant au monde marchand, en obéissant… tu sauveras la Terre ». Amen!
Petit homme abstrait, si tu te sens maintenant responsable de la situation actuelle, c’est que l’Etat a réussi son coup. La culpabilisation et la peur n’ont d’autre fonction que de nous asservir, hier afin de délivrer notre âme imaginaire, aujourd’hui pour sauver une sainte planète tout autant irréelle.
A ce divin tableau, il ne manque plus que la venue du Sauveur. Voilà que face à nous, nous qui violons quotidiennement la belle Gaïa par nos tris insuffisamment sélectifs, le culte écologique déroule le tapis rouge et introduit l’acteur sacré de notre domestication : l’Etat, lui, le bras séculier de toutes les religions. Appuyé par une cour de scientifiques, l’Etat seul est habilité à résoudre la « crise écologique ». Les vieux conflits historiques comme la lutte de classes n’ont plus de raison d’être. Le sauvetage de l’espèce humaine et de la Terre, impératif suprême, ne peut avoir lieu que si s’accomplit la domestication définitive de ce prolétariat qui donne tant de fil à retordre.
Les éco-évangélistes accompagnent l’Etat dans l’écriture de nouvelles tables de lois. Ces nouveaux Commandements astreignent chacun à adopter des comportements éco-responsables et écocompatibles, sous peine de séances d’exorcisme pour remettre les récalcitrants sur le droit chemin. Composées des meilleurs moines-policiers de l’écologisme, les brigades vertes vous saluent ! Elles se chargent de juger vos comportements au nom de la morale écologique et de sa religion. Elles scrutent à la loupe votre quotidien pour vérifier si chacun d’entre vous observe correctement les nouvelles prescriptions. Mieux que l’Inquisition ! Une véritable culture de la surveillance transformant chacun en flic zélé au service du stalinisme vert. Nos enfants, embrigadés par l’école dans les « Jeunesses vert-pomme », se font déjà une joie de dénoncer leurs parents s’ils ne recyclent pas convenablement leurs misérables déchets. L’Etat 2.0 est là. Vert et informatisé, post-moderne à souhait. On a beaucoup parlé de la tricherie de Volkswagen qui a contourné les tests de pollution de ses voitures. Mais cette « tricherie » est complètement institutionnalisée. Constructeurs d’automobiles,
lobbys politiques, responsables des contrôles, tous savent que les tests d’émission de CO2 mis en place ces dernières années sous prétexte d’écologie, sont bien plus favorables aux capitalistes qu’auparavant. Pire encore, plus la pression écologique est grande, plus la tricherie augmente. Ainsi, la différence entre la « performance polluante » d’une voiture dans un test standardisé et la réalité, qui était de 8% en 2001 est aujourd’hui de… 40% ! (Le Monde – 23/9/ 2015) L’imaginaire écologique annonce volontiers la fin du monde, mais jamais la fin du capitalisme. Pourtant ce que l’homme a fait, il peut le défaire. Ce que les croyants écologistes ne saisissent pas, c’est que l’homme auquel ils n’arrêtent pas de se référer n’est qu’une abstraction, tandis que l’homme réel, lui, a une particularité qu’ils sont incapables de saisir. Sa bipédie ? Non. Sa capacité de penser ? Pas vraiment. Ce qui caractérise fondamentalement cet être, c’est sa capacité à transformer le monde et luimême dans un même mouvement. Il n’y ni fatalité, ni nature humaine définie une fois pour toute. « L’homme est la nature prenant conscience d’ellemême. » rappelait Elisée Reclus. Or, il est évident que le changement du rapport Homme/Nature ne pourra advenir qu’une fois résolus les rapports que les hommes entretiennent entre eux. Se débarrasser du capitalisme comme rapport social bridant nos existences, voilà la seule façon de résoudre la destruction en cours du vivant.

D’éternels Hérétiques. Paris, 1er décembre 2015.

Extrait de la revue Les habitants de la Lune, n°9,

leshabitantsdelalune(a)yahoo.fr

Source : Non Fides.

Contre l’Etat et le capital… L’urgence est à la révolte !

 Posted by on 7 décembre 2015 at 16 h 04 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Contre l’Etat et le capital… L’urgence est à la révolte !
Déc 072015
 
arton211-dc51a

 

mardi 1er décembre 2015

L’horreur a frappé le 13 novembre 2015 en plein Paris. Ce carnage a été le fruit de fanatiques religieux, décidés à se faire sauter au milieu de gens sortis pour faire la fête, que ces fous de Dieu considèrent comme « décadents ». Dans la foulée, les mesures que l’Etat a instaurées à travers l’état d’urgence lui ont permis d’élargir ses possibilités de surveiller, réprimer, juger, enfermer, museler toutes contestations de l’ordre existant. Les flics perquisitionnent désormais en pleine nuit, contrôlent à tout va dans les rues, sur les routes, aux frontières, dans les gares et centres commerciaux… Les chiens de l’Etat ne se sentent plus pisser : cet état d’urgence est une belle occasion pour eux d’exhiber leurs muscles devant les caméras de télévision et d’avoir toujours plus de moyens pour mener à bien leur sale travail, tout en se sentant porté par la ferveur patriotique dont l’Etat a su tirer profit. Tout ceci bien sûr au nom de la « lutte contre le terrorisme islamiste ».

 

En douze jours, 1.233 perquisitions, 165 interpellations, dont 142 gardes-à-vue ont été menées. 266 assignations à résidence ont été prononcées à l’encontre de personnes « dont le comportement paraît constituer une menace pour la sécurité et l’ordre public » (AFP, 24/11/2015). La sécurité dont parle le pouvoir concerne l’Etat et les innombrables rouages qui font fonctionner ce monde d’exploitation et d’oppression. Si des musées et des bibliothèques ont été fermés après les attentats, les temples de la consommation continuaient de faire le plein, avec encore plus de vigiles pour les protéger.

En vue d’empêcher une opposition trop massive et radicale au sommet de l’ONU sur le climat à Paris entre le 29 novembre et le 12 décembre 2015, l’Etat prévoit de déployer 8.000 flics pour contrôler aux frontières. 11.000 uniformes quadrilleront Paris et sa région. Sur tout le territoire, pas moins de 120.000 militaires, gendarmes et policiers sont sur le pied de guerre pour protéger les puissants de ce monde.

Sous la protection de 2.800 casques bleus, cette assemblée réunira sur le site du ’Bourget’ patrons, banquiers, industriels et chefs d’Etat du monde entier afin de discuter des désastres écologiques dont sont responsables ces mêmes crapules en costard-cravate qui décident de nos vies au quotidien.

Dans ce contexte de suspicion et de peur généralisées, il est clair que refuser la dénonciation, renoncer à montrer patte blanche à l’entrée d’un service administratif ou d’un centre commercial, dénoncer et lutter contre le déploiement militaire et policier ou blasphémer « l’union nationale » et tout ce qu’elle comporte de dégueulasse font de chacun d’entre nous de potentiels terroristes pour le pouvoir.

Les dominants nous veulent dociles et résignés…. Organisons-nous pour contrecarrer leurs plans macabres !

[Affiche trouvée sur les murs de Besançon, novembre 2015, reprise d’Indy Nantes.]

Comme tombés du ciel.

 Posted by on 3 décembre 2015 at 17 h 49 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions  Commentaires fermés sur Comme tombés du ciel.
Déc 032015
 
bell_020325_Church2

Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : Contre tous les dieux, contre tous les maîtres

mardi 17 novembre 2015

13 novembre, 2015, quelques fous de dieu descendent de leur ciel sur Paris pour tirer dans des foules et massacrent environ 130 personnes. Quelques jours auparavant, deux d’entre eux se sont fait sauter dans un quartier chiite de Beyrouth, tuant plus de 40 autres. Quelques semaines plus tôt ils explosent dans une manifestation à Ankara, provoquant 102 morts. C’est de la terreur. Même les plus endurcis se sentent poussés à avouer que, en fait, ils ont peur. Peur d’être au mauvais endroit au mauvais moment la prochaine fois que ça arrivera. Peur de perdre un proche pour une mort si fortuite. Même si on a du mal à l’avouer, l’État n’est pas le seul terroriste qu’il y ait. Il y en a d’autres.

 

Après les attentats de Paris, tout l’éventail des déclarations politiques s’est fait jour. C’est la guerre, les représailles seront impitoyables, l’état d’urgence, nouvelles mesures sécuritaires, l’union nationale. Tout cela est déjà devenu banal. Il en va de même pour les indignations, les protestations et les communiqués issus des milieux libertaires et gauchistes qui sont maintenant indissociables d’un tel genre de tragédie. Solidarité, crainte des pogroms anti-musulmans et anti-arabes, montée de l’extrême droite… Il y a une part de vérité dans tout cela, même si la tonalité et le niveau de réflexion ne font que ressembler à ceux du pouvoir.

Chaque petite groupuscule, chaque organisation se pressant en vautours à sortir une déclaration. Comme si ça importait de balancer leurs sigles dans nos gueules, comme si ça importait de dire tout ce qu’on a entendu plusieurs milliers de fois. Comme s’il s’agissait d’autre chose que d’un geste politicien et opportuniste, pour rameuter des adeptes grâce à une tragédie, peu importe si c’est fait consciemment ou non. Les compagnons nous poussent, nous encouragent chaque fois à garder notre sang froid, à prendre le temps de réfléchir, de ne pas se hâter à tirer des conclusions. Bon, donnons nous du temps pour réfléchir, pour nous poser la question d’où viennent ces événements horribles, quelles sont leurs causes, comment est-ce qu’on pourrait les combattre.
Et à quoi bon alors ? Qu’est-ce qu’on a à raconter après ces moments de réflexion ?

La CGA de la région parisienne, par exemple, nous dit que « [l]es massacres de Paris commis par les fascistes religieux de Daesh sont la conséquence des politiques guerrières et impérialistes des grandes puissances politiques du monde au Proche-Orient depuis une bonne dizaine d’années ». La CNT aussi nous explique pourquoi les malheureux ont été tués : parce qu’ils se trouvaient « sur le chemin des assassins de Daesh qui a décidé d’étendre le conflit du Moyen-Orient sur le sol français, cette guerre à laquelle l’Etat français participe activement ». C’est tout pour la réflexion, merci pour votre attention, on peut passer aux pétitions de principes.
Bref, les attentats ont eu lieu pour des raisons géopolitiques. Bref, pour des affaires d’hommes en cravates. Rien à voir avec ces mecs misérables qui sont petit à petit devenus des fous d’Allah prêts à massacrer ceux et celles qui ne les supportent pas. Rien à voir avec les individus qui ont pris la décision de porter des armes, de les utiliser contre n’importe qui et de se faire sauter pour envoyer en enfer autant de gens que possible, assurant leur passage au paradis. Eux, les fous de dieu, ils sont tombés du ciel.

Mais l’histoire n’est elle qu’une affaire de « processus », de conditions objectives ? Mais les individus n’ont-ils aucune place dans tout cela ? Mais les individus, munis d’armes de guerre et de ceintures explosives, qui ont tués tous ceux et toutes celles qu’ils ont pu tuer ces derniers jours, n’ont-ils vraiment rien à voir dans tout ça ?

Si la question vous paraît trop complexe, vous n’avez qu’à relativiser, nous expliquer que Daesh et la république sont de même nature et de même fonction, que c’est la guerre, et qu’« on » l’avait bien cherché, que l’État est le seul terroriste, que l’employé de la CAF qui vous a coupé le RSA provoque la même terreur que quelques Amoks transits par leurs kalachnikovs. Que la religion n’a rien à voir dans tout ça ou presque. Puis nous sortir vos analyses automatiques, déjà « valables » en 1871, probablement toujours valables en 2071. Puis continuez comme ça, de toute manière la vérité est de votre coté, vos idéologies confinent à la science.

Il paraît que Daesh est d’une autre opinion. C’est vrai, les frappes en Syrie étaient invoquées par ses soldats, et dans le communiqué qui est sorti. Tout cela on le sait. Mais cela n’explique pas pourquoi et comment ces individus se sont justifiés, pour eux-mêmes, une telle violence contre des gens qui ne donnent pas d’ordres à des militaires, qui ne pilotent pas des avions de guerre, qui ne savent même pas tirer, mais qui sont tout simplement allés boire un coup avec des amis, voir un concert d’un groupe de rock, un match de foot, ou même qui ne faisaient que passer par hasard. Et bah Daesh nous explique ce que la CGA-RP et la CNT (et tant d’autres) n’expliquent pas : Paris, c’est-à-dire ses simples habitants, étaient pris pour cible parce que c’est « la capitale des abominations et de la perversion ». Voila pour vos analyses géopolitiques, les amis.

Daesh est une organisation dégueulasse dont l’existence, ou au moins l’émergence, dépend largement de la situation géopolitique au Moyen-Orient : le vide de pouvoir provoqué par des guerres civiles en Syrie et en Irak, l’arsenal des armes américaines dont ces forces de dieu pouvaient s’emparer, le régime discriminatoire contre les sunnites après l’occupation de l’Irak en 2003, et autant d’autres raisons qui étaient invoquées par beaucoup d’autres et qu’on peut consulter sans difficulté. Tout cela est valide, on est d’accord que les pays occidentaux ont joué leur part. Mais on ignore encore pourquoi s’attaquer aux gens qui n’ont rien à voir avec tout ça. Ce sont des fous, des « malades », des « barbares » ? Ah oui, peut-être, mais même les prétendus « fous » ont leurs raisons. Des raisons qu’on passe sous silence.

Disons-le finalement : les gens dans différents lieux de Paris ce 13 novembre étaient visés parce qu’ils ont mené une vie abominable et perverse ; ceux et celles qui étaient massacrés à Beyrouth quelques jours auparavant étaient pris pour cible parce qu’ils étaient des mécréants, des chiites en l’occurrence ; les jeunes d’Ankara en octobre ont été massacrés parce qu’ils étaient « athées ». Nous, les anarchistes, disons tout le temps que les moyens déterminent les fins, et il faut l’affirmer encore une fois : même si ces gens pathétiques visent la France pour ses guerres au Moyen-Orient, le Hezbollah pour ses positions stratégiques, les forces kurdes à cause de prétentions géopolitiques dans la région, ils justifient les tueries de gens qui ne sont qu’indirectement impliqués, ou pas impliqués du tout, parce que ces gens sont des pêcheurs, des mécréants, des sodomites, des apostats, des profanes, tout simplement. Tout comme tous ceux et toutes celles qui se sont fait décapiter, torturer, fusiller ou arrêter dans les régions sous contrôle des forces islamistes. Comment peut on se perdre dans des analyses géopolitiques d’étudiants en première année de sciences politiques et passer à coté de ces quelques faits têtus ?

Ces mecs, ces chiens de garde du sacré dont la responsabilité est souvent silencieusement diminuée par des analystes froids, ont joué leur part aussi – tout comme leurs imams, leurs mosquées et leur « communauté » des croyants. Avant de crier pour ne pas qu’il y ait d’amalgame entre les « modérés » et les « radicaux », posons nous les questions suivantes : combien d’entre ces « modérés » se sont inclinés lorsqu’on leur disait qu’aller boire un coup dans un bar de Paris est une abomination ? Combien étaient d’accord qu’écouter de la musique dans une salle de concert est une perversion ? Que l’homosexualité est le pire des péchés ? Combien d’entre eux ont osé protester à voix haute pour affirmer que ce n’est pas le cas ? Et que croire ou pas, comme nous l’expliquent tant d’âmes bienveillantes, n’est qu’une affaire personnelle ? Une conviction personnelle parmi d’autres dans le supermarché des convictions personnelles ? À quoi bon répéter sans cesse qu’ils sont terribles, les moyens, si on est d’accord avec les fins, et notamment que les pécheurs doivent finalement être punis, sur terre ou ailleurs ?

Qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, les croyants dits « modérés » et ceux dits « extrémistes » ne divergent que sur un point, certes important : les moyens, les pratiques, les degrés. Entre le chrétien, le juif et le musulman « modéré » qui manifeste en 2013 parce que l’homosexualité est une abominable perversion, et le chrétien « extrémiste » qui, dans les rues américaines chasse l’abomination avec son fusil à pompe. Entre le juif « modéré » qui pense que les femmes n’ont rien à faire aux cotés des hommes pour cause d’impureté, et le juif « extrémiste », qui, dans les rues de Jérusalem, plante sa lame dans le cœur d’une adolescente trop « libérée » à son goût. Y a-t-il une différence fondamentale entre ces « modérés » et ces « extrémistes » ? Si vous pensez que les moyens sont sans importance, alors probablement que non… Mais ce n’est pas notre cas.

Notre problème n’est pas tant les « extrémistes » religieux ou les « modérés », notre problème n’est pas tant l’islam, le judaïsme ou le christianisme, mais bien LA RELIGION. Et quiconque n’analysera les événements en cours qu’en fonction de raisonnements géopolitiques, historiques, sociologiques ou même psychologiques, quiconque refusera d’analyser le caractère religieux de ces événements devra être accusé et questionné sur sa complaisance avec les religions, sa démagogie envers les « croyants » et son rapport populiste et politicien au monde.

Rappelons-nous que la religion, quelle qu’elle soit, est un système moralisateur qui justifie les massacres. Elle n’est pas seulement un archaïsme du passé, une duperie qui cache les véritables conditions de l’existence matérielle ou un manque d’intelligence rationnelle. Non, elle est un système de pensée qui condamne des gens à l’enfer, et il n’y a qu’à attendre que certains représentants du ciel ne prennent la justice en leurs propres mains. Et avant de faire état que la croyance est une affaire personnelle de chacun, il faudrait demander s’il en va de même pour le croyant.

Ceci n’est pas un appel à la violence inter-communautaire. Ceci n’est qu’un petit rappel du fait que la religion, toutes les religions, sont une des causes principales de la misère sur cette terre. Qu’elle n’est pas réductible aux explications économiques ou géopolitiques. Que, s’il y a des attentats qui sont aujourd’hui perpétrés au nom du sacré, c’est parce qu’il y a ceux qui passent à l’acte pour le garder sur terre, quel que soit le contexte politique, économique, climatique, géographique ou diable sait quoi d’autre.

La misère sur cette terre pousse des gens à faire confiance aux cieux des dieux, au mysticisme, au scientisme, au nationalisme et à ses unités nationales. Cieux de tous qui font oublier que lorsqu’on vend son temps en travail, lorsqu’on pourrit dans la rue ou en taule, lorsqu’on périt aux frontières, lorsqu’on tombe d’une balle dont on ne connaît même plus l’origine, tout glisse entre nos mains sans même avoir eu la chance de vivre. Des cieux qui ne font que nous faire accepter d’attendre la mort, ou des fois, de faire mourir les autres.

Pour vivre enfin, crachons donc sur le sacré et sur tous les dieux. Partons à l’assaut des cieux et encourageons les autres à faire pareil. Parce que les fous de dieu ne tombent pas du ciel, mails ils ne tarderont pas à le faire tomber sur nos têtes.

Il n’y a pas de religion des opprimés, seulement des religions qui oppriment.
Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : Contre tous les dieux, contre tous les maîtres.

Le 17 novembre 2015,
Des anarchistes d’ici et d’ailleurs
.

Source : Non Fides.

Déc 012015
 
gargouille.jpg

Une lettre ouverte nous a été adressé. Malgré des désaccords sur une partie de son contenu je la publie. C’est la moindre des choses de publier la critique d’un compagnon révolutionnaire sur un choix éditorial de ce site. Pour rappel la base de ces choix : « Des collectifs et des individu-e-s participent à alimenter ce site qui ne cherche pas à offrir une homogénéité théorique mais à permettre la diffusion de différents points de vue anti-autoritaires (anarchistes, anarcho-communistes, féministes, autonomes, conseillistes, etc.). Cet outil n’est ni l’organe d’un collectif ou d’une organisation, ni l’expression d’un point de vue unique, mais il se refuse à diffuser les textes d’obédiences autoritaires. »

Quelques précisons tout de même, non sur le fond de cette adresse, mais sur le pourquoi nous n’avons pas répondu à la dite lettre. Si Sous la cendre est un site collectif, il est animé par assez peu de monde et nos disponibilités respectives sont assez réduites en ce moment. Nous n’avons donc pas vu passer la lettre en question. Il ne s’agissait donc pas de passer à la trappe les questionnements d’André Dréan, dont nous publions à l’occasion certains textes, même lorsque nous avons des désaccords avec le contenu. Ensuite, il est difficile de faire le reproche à ce site de taire le caractère aliénant du religieux. La publication du texte de Claude guillon sur l’islamophobie en est une expression récente. Par contre cette adresse pose une nouvelle fois la nécessité d’améliorer notre fonctionnement collectif

Selon nos disponibilités et notre envie collective ou individuelle nous ferons une réponse à André plus tard.

Un de sous la cendre.

Lettre ouverte au site libertaire « Sous la cendre »*

mardi 24 novembre 2015

Envoyée au début de la semaine dernière à « Sous la cendre », cette lettre n’a reçu aucune réponse. Sachant qu’elle tente d’aborder des questions qui dérangent, ici celle de l’islam, sur laquelle pas mal de libertaires et assimilés préfèrent faire silence, par peur d’être taxés « d’islamophobie », je suis donc amené à la diffuser largement. Quelques précisions.

 

D’abord, dans la lettre, je souligne que le réductionnisme affiché dans « Ni de leur guerre, ni de leur paix » me rappelle celui qui présida à la rédaction de « Notre royaume est une prison », à l’époque de l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en 1980. Bien entendu, je ne me livre à aucune analogie facile, qui me conduirait à affirmer que l’auteur de « Ni de leur guerre, ni de leur paix » est a priori négationniste, ce qui était déjà le cas de rédacteurs de « Notre royaume ». Par contre, vu le travers, propre à l’idéologie rationaliste à la française, dont il fait preuve, il favorise l’escamotage des questions « maudites » auxquelles beaucoup de « libertaires » autoproclamés ne veulent pas se confronter par pur opportunisme envers les préjugés qu’ils attribuent en bloc aux couches sociales qu’ils aimeraient bien racoler, sans même être à l’écoute des individus auxquels ils sont censés s’adresser. Ils oublient même parfois que des Maghrébins peuvent être athées ! Sans s’en rendre compte, ils reprennent, en quelque sorte à leur compte, l’idéologie d’Etat, comme expression renversée de la réalité, alors que cette dernière est beaucoup plus complexe et plus contradictoire qu’il n’y paraît dans le discours des gestionnaires de la domination.

Enfin, pour montrer que je ne fais aucune fixation obsessionnelle sur l’islam, je rappelle que les mêmes « libertaires », en quête permanente de causes improbables à soutenir et de victimes de « nos » États à défendre, ont souvent des attitudes identiques envers d’autres religions, à commencer par le catholicisme, en Europe même. Sans même remonter à l’époque de l’apparition de « Solidarnosc » en Pologne, je pense ici à l’Irlande où les républicains du « Sinn Féin », non contents d’être nationalistes sont, de plus, cléricaux. Ce qui n’est pas sans conséquence, à commencer par leur hostilité légendaire à la possibilité d’avorter. Il y a à peine six mois, à leur dernier congrès, leur direction a finalement reconnue du bout des lèvres qu’elle était pensable, sans même que cela fasse l’unanimité, « dans certains cas » : ceux où le fœtus est atteint de maladie, déformation ou handicap qui permette au corps médical de « douter de ses chances de survie ». Affirmer que le « Sinn Féin » et les populations irlandaises qui, en particulier en Ulster, le soutiennent partagent sur de telles questions des positions infâmes, est-ce faire preuve de « cathophobie » ? Alors même que l’État britannique, pour gérer au mieux la situation du côté de Belfast, interdit là-bas ce qu’il accepte ailleurs, en Grande-Bretagne ! Poser la question, c’est y répondre.

Lettre ouverte au site libertaire «  Sous la cendre  »

Bonjour,

J’ai été étonné de retrouver affiché sur votre site le texte « Ni de leur guerre, ni de leur paix », sans le moindre commentaire critique. Texte qui me semble particulièrement mal venu et que je ne diffuse pas pour plusieurs raisons dont la première est l’absence d’empathie envers les premiers concernés par le massacre, par exemple au Bataclan, les morts, les blessés, les proches, pour la plupart des « teenagers », y compris de banlieue, comme je peux en connaître, parfois depuis longtemps, ou en croiser là où j’habite dans le 93 (Seine-Saint-Denis). Lesquels « teenagers », à l’occasion d’origine maghrébine, étaient horrifiés par les massacres, ont passé leur nuit au téléphone et, pour certains, à courir les hôpitaux, craignant pour la vie de leurs amours, de leurs amis et de leurs relations, en vadrouille au centre du cyclone. Pourtant, malgré leur intense émotion, ils n’amalgamaient pas les « fous de Dieu » aux Arabes, aux Maghrébins, ni même aux Musulmans en général. Et tous condamnaient le lendemain l’instauration de l’état d’urgence et les appels à chanter « La Marseillaise » sur Facebook. Bref, le texte me rappelle, dans son esprit, ces « analyses » prétendument « objectives » dans les années 1970-1980, où les « subjectivités » étaient refoulées, concernant les massacres des juifs, à l’époque du nazisme. Il est impossible de répondre à l’utilisation des émotions par l’État hexagonal, ce que je suis le premier à faire, par la froideur de pseudo-analyses critiques « géopolitiques » du niveau du premier politologue « révolutionnaire », interviewé par le « Monde diplomatique ».

La deuxième raison, en liaison avec la première, c’est que le texte, vu son caractère intemporel, aurait pu être écrit il y a quarante ans, à l’occasion d’attentats sponsorisés par Carlos et le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), à l’époque du panarabisme, qui refoulait la question de la religion au nom de l’hypothétique construction de quelque État nation laïque, parfois même affublé de l’appellation incontrôlée « socialiste », en Palestine. Or, la question de la religion en général et celle de l’islam en particulier remontent à la surface plus que jamais, au point que ce que nous pensions dépassé avait été plus prosaïquement refoulé, en particulier dans les discours des leaders du panarabisme, du nassérisme et de ses avatars, déjà bien décomposés à la fin de la Guerre froide. Par exemple, la question des particularités de « l’islamisme radical », comme idéologie qui combine le politique et le religieux dans le cadre des rapports mondiaux actuels, fruits pourries de la liquidation des Blocs, est totalement passée sous silence dans le texte et réduite, de façon marxeuse, à la dimension de conflits entre États nations, au sens moderne, de luttes pour les marchés, etc. Or, la question soulevée par « l’islamisme radical », en Syrie et ailleurs, sous la bannière défraîchie de la Guerre sainte, n’est pas plus réductible à « l’implacable logique » du capitalisme et de l’État, en général, que celle du nazisme envers les juifs, les tziganes, etc. Il va falloir empoigner à bras le corps l’histoire de « l’islamisme radical », et le combattre en tant que tel, sans faire évidemment la moindre concession à la démocratie, à l’État républicain, à ses situations « d’urgence », à ses lois de la même veine, etc. Sinon, nous risquons de le banaliser, comme les révisionnistes le firent, et continuent à le faire, à propos de l’antisémitisme.

Car, je le dis tout net, sur la question des derniers massacres à Paris, ce texte est aussi faux, dans sa démarche, que ceux sortis, à l’époque du révisionnisme et de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic, par les néobordiguistes, du genre « Notre royaume est une prison », en 1980. De façon générale, je pense que nous serons en accord là-dessus : la question religieuse n’est pas réductible à celle de « la logique » du capitalisme et de l’État. Pas plus que l’aliénation moderne n’a fait disparaître des aliénations millénaires, même si elle les modifie, les utilise, etc. Ce qui est aussi le cas de « l’islamisme radical », vu ce qu’il charrie de fanatisme religieux, déjà en termes de destructions accompagnées d’autodestructions violentes. Lesquelles ont comme objectif, non pas la réalisation de quelque État nation, mais celle, imaginaire, de la théocratie universelle préconisée dans le Coran, avec, comme récompense des bienheureux sacrifiés sur l’autel du Prophète, l’accès au paradis peuplé de vierges. Je pense que des Européens, pétris de culture chrétienne, puis laïque, ne comprennent pas à quel point les discours et les communiqués des imams, même fondamentalistes, rencontrent des échos dans la tête des musulmans d’ici, même si nombre d’entre eux sont gênés, voire horrifiés, par les actes commis par des « frères » au nom de l’islam.

Bref, en termes de critique, l’islamisme disparaît de l’horizon de pas mal de libertaires et assimilés, pour des raisons bien résumées dans le texte « Croire ou penser, il faut choisir ! », disponible sur le blog de Floréal. La haine légitime contre « notre » État ne doit pas nous conduire à écrire des textes aussi réducteurs que « Ni de leur guerre, ni de leur paix ». C’est une chose que de critiquer l’État républicain, comme je le fais sans concession, entre autres auprès des «  jeunes » que je connais sur « ma » banlieue, y compris depuis cinq jours. C’est autre chose que de défendre des positions réductrices, qui évacuent la critique de l’islamisme et de ses horreurs spécifiques, comme le fond nos citoyennistes à gauche de la gauche, particulièrement dans le 93. Au point d’accepter sans réagir, sous prétexte de ne pas stigmatiser en bloc les « musulmans », des propos vulgairement complotistes et antisémites, que j’entends parfois dans des cafés maghrébins de « ma » banlieue : « Les attentats sont horribles, mais ils ne sont pas le fait de vrais musulmans, mais de fous manipulés par Israël. » En ce qui me concerne, je ne tolère pas plus ce genre de propos, qui visent à dédouaner l’islam, que ceux de chrétiens qui affirmeraient : « L’inquisition n’avait rien à voir avec le christianisme et l’Église romaine, elle était sans doute manipulée par les rabbins d’Amsterdam. » Quitte à me faire traiter « d’islamophobe » par de prétendus libertaires et assimilés, je n’escamoterai pas la critique de la religion. Sans évidemment assimiler a priori des individus, ici musulmans, à des « fous de Dieu ». Par contre, lesdits libertaires de pacotille croient possible, par des tentatives d’approche opportuniste, de racoler des « jeunes » islamisés à des degrés divers. Misère du militantisme !

Ni Dieu, ni maître.

André Dréan,
Paris, le 18 novembre 2015.

Pour correspondre, écrire à nuee93

* L’objectif de ma lettre n’est pas de stigmatiser « Sous la cendre », mais d’aller à la rencontre de personnes avec qui j’ai a priori envie de soulever des questions importantes. Ce qui n’est pas le cas avec de prétendus libertaires comme ceux qui, dans « Alternatives libertaires » et ailleurs, assimilent frauduleusement la critique de l’islam à de « l’islamophobie » et qui, par suite, déroulent le tapis rouge devant des lobbies aussi infréquantables que celui des « Indigènes de la république ».

Etat, attentats et administration de nos vies

 Posted by on 18 novembre 2015 at 17 h 05 min  Actualité nationale, Anarchisme, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés sur Etat, attentats et administration de nos vies
Nov 182015
 
arton1705-958f1

Vendredi soir à Paris, plusieurs attaques simultanées ont tué environ 130 personnes, blessé et traumatisé des centaines d’autres. L’organisation islamiste Daesh[1] a immédiatement revendiqué ses attaques, portant la guerre dans les rues parisiennes, souhaitant instiller la peur et attiser les haines. Ce qui était alors visé, ce sont des modes de vie et des formes de sociabilité élémentaires (aller à un concert, boire un coup en terrasse etc.). Daesh se considère comme le chien de garde du sacré, et entend le faire comprendre de la plus classique des manières religieuses : torturer, tuer, massacrer.

Daesh, Etat et capital

Ce qu’ont en commun Daesh, Etats et capital, c’est une même vision autoritaire, celle d’administrer nos vies comme bon leur semble. La légitimité se cherche chez dieu pour l’un, dans la croissance et la « main invisible » du libre marché pour un autre, ou autant dans des élections clairsemées que par la force pour un autre encore. Toutes ces choses qui participent à nous maintenir dans une société inégalitaire, où exploitation rime avec dépossession.

D’ailleurs, les « islamistes » ne sont pas du tout des traditionnalistes qui ont raté le train de la modernité, ils en sont une incarnation différente, mais tout à fait conforme : ils sont marqués par le capitalisme, la mondialisation, les médias et les nouvelles technologies, se satisfont très bien des flux financiers débridés, et cherchent un sujet collectif puissant auquel s’identifier. C’est à la base de la société marchande. L’individu moderne est pris dans la défense forcenée de ses intérêts privés, considérant les autres comme un instrument. Dans le même temps et en réponse, se crée le besoin de se fondre dans une communauté imaginaire qui lisse ces rapports d’instrumentalisation réciproque et donne la sensation de ne pas être complètement isolé. L’identification à un sujet collectif offre les illusions dont l’individu moderne a besoin. Que ce soit la nation, le peuple ou la communauté religieuse, les grandes fictions ont le vent en poupe. A une autre époque ce fût le communisme à la mode soviétique, ou la foi dans le progrès économique et technique, en perte de vitesse aujourd’hui. Dans tous les cas, il n’y est plus question de chercher à construire épaule contre épaule une vie collective plus libre entre égaux, mais à se laisser porter par quelque chose qui se présente comme immuable et insaisissable, avec une hiérarchie bien constituée, et des frontières bien marquées. Bref, se laisser diriger par un grand truc qui nous dépasse. Et à chaque fois, ce sont les possibilités d’émancipation qui s’échappent.

Enfin, les profils des protagonistes d’ici qui vont rejoindre les révoltes islamistes, comme en Syrie et en Irak, ressemblent fort à des laissés-pour-compte, vivant dans les marges périphériques, exclus de nos sociétés dont les rapports d’exploitation se durcissent, sans grande perspective d’avenir. Souvent sans lien familial et culturel avec l’Islam, ou alors en rupture avec leurs proches et en réaction avec l’exclusion sociale et raciste qu’ils subissent, ils et elles viennent grossir les rangs d’une révolte autoritaire. Ils et elles participent alors à détourner les luttes vers la haine d’un ennemi imaginaire et fantasmé. Les groupes identitaires et l’extrême-droite, alimentés par les discours nationalistes de droite comme de gauche, font exactement la même chose. Plutôt que des luttes sociales nous permettant ne nous émanciper des riches et des chefs, des hiérarchies et des contraintes, les exploités et les opprimés se battent entre elles et eux.

« Surveillance » est un euphémisme

La plus belle victoire des islamistes a toujours été de réduire la faible dimension émancipatrice de nos sociétés : état d’urgence (c’est-à-dire la suspension des droits et libertés dont sont si fières nos démocraties libérales)[2], militaires partout, contrôle aux frontières, énièmes lois antiterroristes, interventions armées, surveillance généralisée de nos faits et gestes etc. Cela a été le cas après les attentats de 1995 puis de janvier 2015, cela va encore être le cas. On nous préparait l’extension de la légitime défense pour les flics, qui tuent et mutilent sans arrêt, de préférence d’une balle dans le dos ou des manifestants au mieux armés de quelques cailloux. On imagine très bien jusqu’où va s’étendre cette extension après les attentats, d’autant que cette mesure trouvait sa justification dans les attaques de janvier 2015. Il n’y aura plus qu’à compter les morts assassinés par la police.

De patrouilles de militaires dans les rues aux caméras de vidéosurveillance, de la construction de nouvelles prisons à la surveillance généralisée, en passant par un durcissement juridique face à toute agitation sociale, l’administration de nos vies va encore s’étendre. Déjà, procès, perquisitions, contrôles, interdictions de manif se multiplient, sans lien avec les attaques de vendredi soir. L’Etat profite de l’état d’urgence pour faire son sale boulot. La terreur n’est pas l’apanage de Daesh, mais nous gouverne aussi dans nos démocraties libérales.

Faire la guerre en Syrie, débutée depuis un moment, s’annonce déjà comme une réponse de l’Etat français. Une énième intervention militaire, après le Mali, la Lybie, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, la Somalie, l’Afghanistan. Par ici, pour défendre des mines d’uranium, par là, pour des réserves de pêche et des dépotoirs à déchets chimiques et nucléaires, ou encore là-bas pour préserver sa zone d’influence économique et politique. Il fût un temps où on appelait ça l’impérialisme. Pendant que Daesh protège ses puits de pétrole et que les puissances impérialistes s’accaparent les richesses, c’est toujours les mêmes gens qui trinquent, à Homs comme à Paris. Une intervention militaire justifiée par « la sauvegarde de nos libertés », comme si nous étions libres dans nos sociétés-casernes avant ces attentats. Lorsque l’on fait la guerre partout dans le monde, il ne faut guère s’étonner qu’elle s’invite chez soi de la plus impitoyable des manières.

Tout cela nous annonce une époque formidable. Le nouvel ennemi générique des démocraties libérales, l’islamisme, va encore servir de faire-valoir pour effacer toute critique de ce monde tel qu’il tourne au désastre. Les mesures sécuritaires en cours sont appuyés par les discours de surenchères, où on demande à assigner à résidence voire à interner tous les fichés S. Une fiche S, c’est l’inscription dans un fichier des services de renseignement de toute personne considérée comme une potentielle menace à la sûreté de l’Etat : islamistes, supporters de foot, antinucléaires, opposants et opposantes à un aéroport, syndicalistes trop agités, anarchistes etc. Une notion suffisamment floue pour mettre tout et n’importe quoi.

Dans un contexte où les initiatives des groupes d’extrême-droite se multiplient et les idées racistes pullulent, l’ambiance réactionnaire et raciste se trouve renforcée. Union nationale et front républicain versus front national et groupes identitaires, voilà le choix qu’on nous propose. Pour nous, ce sera ni l’un ni l’autre. Mais davantage que l’extrême-droite, ce sont les idées réactionnaires, martiales, nationalistes, sécuritaires qui s’étalent partout. Toutes ces idées qui, comme celles portées par Daesh, répriment toute possibilité d’émergence d’une vie libre, digne et égalitaire.

Ce ne sont certainement pas les prochains défilés réactionnaires appelant à l’unité nationale dont il faudra grossir les rangs, où exploiteurs et exploités, racistes et racisés, oppresseurs et oppressés, sont appelés à faire cause commune pour un de ces sujets collectifs qui a toujours servi à canaliser les révoltes et faire marcher aux pas : la nation. Ce sont les solidarités avec les sans-papiers, les grèves dans les boîtes, les révoltes dans les quartiers, les luttes féministes et antipatriarcales qu’il va falloir renforcer et multiplier. Ici, en Europe, mais aussi soutenir celles de là-bas, dans les pays du Moyen-Orient, comme partout ailleurs. Sans oublier de résister à toutes les lois liberticides qui pleuvent déjà, et vont encore pleuvoir. Plus que jamais, en finir avec ce qui nous opprime devient urgent.

ALL DAESH ARE BASTARDS (et pas qu’eux) !

Caen. Novembre 2015.

[1] Daesh est une organisation salafiste créée en 2006 en Irak. Elle a proclamé en 2014 l’instauration d’un califat sur les territoires qu’elle contrôle, principalement en Syrie, mais aussi en Irak.

[2] L’état d’urgence a été mis en place la première fois pendant la guerre coloniale d’Algérie. Il a ensuite été utilisé en Kanaky, après la prise d’otages de 1984, puis pour la première fois en métropole, dans quelques départements, après les émeutes de novembre 2005. Il donne des pouvoirs supplémentaires aux préfets pour contrôler la circulation et les gens, permet des assignations à résidence et des perquisitions à tout va, d’interdire la presse, les manifs ou les réunions publiques, et des peines d’enfermement sont prévues pour les réfractaires.

Ni de leur Guerre, Ni de leur Paix !

 Posted by on 15 novembre 2015 at 23 h 24 min  A la une, Actualité locale, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Sans-papiers, Immigrations  Commentaires fermés sur Ni de leur Guerre, Ni de leur Paix !
Nov 152015
 
troudansgrillage
Ni de leur Guerre, Ni de leur Paix !

Mis a jour : le dimanche 15 novembre 2015 à 15:34

 

S’il faut reconnaître une certaine continuité à la République française, c’est bien celle des assassinats de masse. De la Terreur d’Etat de 1793-94 qui a justement donné naissance au mot terrorisme jusqu’à l’écrasement des insurgés de 1848 et de ceux de la Commune de 1871 ; de la colonisation ou la déportation des Juifs permise par des fichiers antérieurs jusqu’aux massacres de manifestants algériens en 1961 en plein coeur de Paris, toutes les Républiques françaises ont massacré sans compter pour que des puissants continuent de dominer et d’exploiter tout le monde.

« Nous devons anéantir les ennemis de la République… et déchoir de la nationalité ceux qui bafouent ce qu’est l’âme française »
Manuels Valls, Premier ministre,
14 novembre 2015

S’il faut reconnaître une certaine continuité à la République française, c’est bien celle des assassinats de masse. De la Terreur d’Etat de 1793-94 qui a justement donné naissance au mot terrorisme jusqu’à l’écrasement des insurgés de 1848 et de ceux de la Commune de 1871 ; de la colonisation ou la déportation des Juifs permise par des fichiers antérieurs jusqu’aux massacres de manifestants algériens en 1961 en plein coeur de Paris, toutes les Républiques françaises ont massacré sans compter pour que des puissants continuent de dominer et d’exploiter tout le monde. La République française est une montagne de cadavres dont l’ordure qui en constitue le sommet n’a pu se maintenir en place qu’en écrasant ses véritables ennemis, les révoltés et les révolutionnaires qui se sont battus pour un monde de justice et de liberté. L’ «âme française», si cette connerie sans nom pouvait jamais exister, serait un placard bourré à craquer de voix criant vengeance contre les bourgeois, les politiciens, les flics, les militaires et les curés qui les ont piétinées pour asseoir leur pouvoir.

Ah, mais tout ça c’est du passé. Non ? Des décennies de participation citoyenne, d’intégration marchande et de dépossession généralisée ont-elles vraiment fait oublier à ceux qui gardent encore un brin de sensibilité, que tirer dans le tas n’est pas l’exclusivité de lointains terroristes ? Que depuis quelques années l’Etat français a fait son grand retour sur la scène internationale du terrorisme étatique, en multipliant ses attaques militaires aux quatre coins de la planète (Libye, Mali, Afghanistan, Côte d’Ivoire, Somalie, Centrafrique, Irak, Syrie) ? Le prétexte change à chaque fois, mais les raisons restent les mêmes : garder le contrôle de ressources stratégiques, gagner de nouveaux marchés et zones d’influence, préserver ses intérêts face à ses concurrents, éviter que des insurrections ne se transforment en expérimentations de liberté. Et s’il en était encore besoin, des avertissements sont même lancés pour prévenir les indolents que cette logique de guerre ne connaîtra pas de limites territoriales : la mort d’un manifestant l’an dernier à Sivens ou les corps criblés d’éclats de ceux de Notre-Dame-des-Landes et de Montabot rappellent que les grenades offensives en kaki n’hésitent pas, ici non plus, à être lancées contre des foules pour semer la terreur.

Car qu’est-ce que le terrorisme, sinon frapper dans le tas de manière indiscrimée pour tenter de préserver ou conquérir le pouvoir ? Un peu comme le font les riches en tuant et mutilant quotidiennement des millions d’êtres humains au travail au nom du fric qu’ils tirent de leur exploitation. Un peu comme le font les industriels et leurs laquais en blouses blanches en empoisonnant durablement toute vie sur terre. Un peu comme tous les Etats qui enferment et torturent à petit feu les exclus de leurs paradis marchands et les rebelles à leurs lois en les enfermant entre quatre murs pendant des années. Un peu comme ces grrrandes démocraties qui ont fait de la Méditerranée un cimetière peuplé de milliers d’indésirables ayant eu le tort de ne pas disposer du petit bout de papier adéquat. Mais la paix de l’Etat et du capitalisme est à ce prix. La paix des puissants, c’est la guerre contre les dominés, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Le 13 novembre à Paris, la règle du jeu a été respectée. Qu’il se baptise islamique ou république, califat ou démocratie, l’Etat reste l’Etat, c’est-à-dire une puissance autoritaire dont la violence de masse s’applique contre tous ceux qui ne se soumettent pas à son ordre souverain. L’un des principes de tout Etat est de ne reconnaître que des sujets. Des sujets qui doivent obéir à des lois dictées d’en haut, c’est-à-dire tout le contraire d’individus libres qui peuvent s’auto-organiser sans dirigés ni dirigeants. Des bombardements de Dresde et Hiroshima jusqu’aux villages du Vietnam passés au napalm ou ceux de Syrie sous des barils de TNT, les Etats n’ont jamais hésité dans leurs sales guerres à sacrifier une partie de leur propre population, ou celles de leurs concurrents. En frappant des passants parisiens au hasard pour punir leur Etat, les petits soldats de Daech n’ont fait que reproduire l’implacable logique de leurs concurrents. Une logique terrible, aussi terrible que peut l’être tout pouvoir étatique

L’état d’urgence décrété en France depuis hier, mesure de guerre intérieure d’un gouvernement qui place le pays en adéquation avec sa politique de terrorisme international, n’est qu’un pas de plus dans la praxis de base de n’importe quel gouvernement, visant à la normalisation forcée de la vie, à sa codification institutionnelle, à sa standardisation technologique. Parce que si l’Etat regarde le futur, que voit-il ? Des cracks économiques, un chômage de masse, un épuisement des ressources, des conflits militaires internationaux, des guerres civiles, des catastrophes écologiques, des exodes de population… Il voit en somme un monde toujours plus instable, où les pauvres sont toujours plus nombreux et concentrés, un monde suintant de désespoir, qui se transforme en énorme poudrière, en proie à des tensions en tous genres (sociales, identitaires, religieuses). Un monde où l’allumage de la moindre étincelle, quelle qu’elle soit, ne doit pas être tolérée par une démocratie toujours plus totalitaire. Alors, tout comme « citoyen » est l’autre mot pour « flic », la « guerre au terrorisme » signifie avant tout la guerre contre tous ceux qui rompent les rangs du pouvoir. A tous les insoumis de la pacification sociale, à tous les déserteurs des guerres entre puissants et autoritaires, sabotons l’Union nationale…
Un mauvais sujet,
ennemi de la République et de tous les Etats

Paris, 14 novembre 2015

 

Pièces jointes

Report Tract Ni de leur guerre, ni de leur paix ! (http://nantes.indymedia.org/system/file_upload/2015/11/15/13405/ni.pdf)

Source :

REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE

 Posted by on 9 septembre 2015 at 19 h 13 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE
Sep 092015
 
wach1

http://www.sonsenluttes.net/?REFLEXIONS-SUR-L-ISLAMOPHOBIE

Suite au meeting organisé à Paris le 6 mars 2015 pour lutter contre l’islamophobie, l’Actualité des Luttes sur FPP a réuni quelques invités pour réfléchir sur la pertinence ou non du concept d’ »islamophobie ». En plateau : Ornella Guyet, animatrice de Confusionnisme.info, militante antifasciste et auteure d’une tribune contre le fait de lier des organisations religieuses réactionnaires au combat antiraciste, Germinal Pinalie, militant marxiste qui prépare un livre sur les identitaires de gauche et Brahim, militant de gauche radicale.

Sitemap