Lettre de solidarité avec la discordia.

 Posted by on 17 juin 2016 at 10 h 14 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Lettre de solidarité avec la discordia.
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L e 26 janvier dernier, alors qu’ils et elles s’apprêtaient à ouvrir la bibliothèque anarchiste la Discordia, les compagnons et compagnonnes anarchistes qui organisaient un débat intitulé « Islamophobie : du racket conceptuel au racket politique » ont eu le « plaisir » de découvrir que la façade de l’immeuble qu’ils et elles louent dans le 19ème arrondissement de Paris avait été recouverte de tags. « Cependant, en arrivant mardi après-midi, on a vu que la devanture de la Discordia avait été taguée, probablement dans la nuit. Des A cerclés (merci !) et des invectives (« fafs » et « racistes ») particulièrement mal écrites et pensées à la bombe de peinture noire. Le tout accompagné d’un feuillet de « revendication », affirmant que nous véhiculerions « des théories racistes et islamophobes » et que nous serions « la courroie de transmission des idéologies du pouvoir », etc. »

Quelques jours plus tard, rebelote—et malheureusement pas dix de der. Cette fois des jets de peinture sont venus s’ajouter aux premières « dégradations ». Il y a quelques jours enfin, les compagnons et compagnonnes ont eu cette fois l’occasion de découvrir la vitrine de leur bibliothèque brisée.
A la suite quelques mots de solidarité face à ces « attaques » répétitives et ces tentatives d’intimidation.

(…)

Lire la suite dans le document joint :

Letttre de solidarité à la discordia

 

Qu’est-ce que le Front National ?

 Posted by on 7 décembre 2015 at 19 h 16 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Qu’est-ce que le Front National ?
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Sans partager les positions de ce site (Fragments du temps présent), nous reproduisons deux textes sur le Front National :

Qu’est ce que le Front National ?

Posted on 13 octobre 2012 by nicolaslebourg in Alterophobie, Bilan et perspectives, Entretien(s), Extrême droite, Histoire, Sociologie et sciences politiques // 1 Comment

Propos de Nicolas Lebourg recueillis par David Doucet et Serge Kaganski, parution : « Le Front National synthétise les crispations de notre société », Les Inrockuptibles, 3-9 octobre 2012, pp. 34-38.

Le Front national a été créé il y a quarante ans. Quelles sont les principales inflexions idéologiques qu’a connues le parti au cours de son histoire ?

Nicolas Lebourg – À son origine, en 1972, le premier positionnement du FN, c’est être contre le Front populaire. Jean-Marie Le Pen se veut le champion de la droite anticommuniste. Mais sur ce créneau, il existe le RPR fondé par Jacques Chirac. Pour sortir du stade groupusculaire, le Front national se lance donc dans la dénonciation du coût social de l’immigration à partir de 1978. Dans les années 80, le parti se radicalise considérablement dans une conception ethnique de la nation. Une décennie plus tard, le poids pris par les classes populaires dans sa sociologie électorale amène le FN à se placer sur une ligne “ni droite ni gauche”. Le Front national se rêve alors en “parti de la grande alternance”. Avec le 11 septembre 2001 et les manifestations consécutives au 21 avril 2002, une partie des cadres du FN a compris la nécessité de réorienter idéologiquement le parti. Sur le modèle des partis néopopulistes scandinaves, le logiciel frontiste est aujourd’hui composé d’une proclamation de foi dans les valeurs libérales, la défense d’un État souple mais protecteur, et une dénonciation de l’islamisme.

Quelles ont été les principales lignes de rupture dans l’histoire de ce mouvement d’extrême droite ?

L’extrême droite française est depuis toujours indisciplinée et instable, ses tournants ne sont pas dus à des congrès ou des maturations, mais aux événements extérieurs et aux actions d’individus. En 1978 par exemple, l’assassinat du numéro deux François Duprat et son remplacement par Jean-Pierre Stirbois permettent à celui-ci de purger le parti de l’essentiel des néofascistes et des néonazis, et de construire une offre populiste plus compatible avec l’électorat et les partis de droite. Plus tard, les déclarations de Jean-Marie Le Pen qualifiant de “point de détail” les chambres à gaz liquident la possibilité d’un accès aux responsabilités pour les frontistes.

Sans le “point de détail” et la longue liste des provocations lepénistes à partir de 1987, ce parti aurait-il pu avoir une autre évolution ?

Deux choses plongent le FN au purgatoire : le “point de détail”, mais également le rétablissement du scrutin majoritaire à deux tours décidé par Jacques Chirac. La conjonction des deux empêche toute transformation de militants radicaux en bons parlementaires soucieux d’attirer le vote de modérés pour assurer leur réélection. Or la manière classique d’apaiser des antiparlementaristes, c’est de leur faire goûter aux joies personnelles du parlementarisme. La gauche a bien réussi à transformer des maoïstes et des trotskistes en parfaits adeptes de la routine législative.

Quelles sont les ruptures idéologiques que le FN ne pourra pas accomplir sous peine de perdre son électorat ?

En voulant se crédibiliser et se notabiliser, Marine Le Pen s’est manifestement appuyée sur l’apport d’anciens cadres de Jean-Pierre Chevènement. Ça s’est beaucoup vu au début de sa campagne présidentielle, entre janvier et mars 2012, où elle a fait une campagne technocratique qui ne parlait plus du peuple, mais de l’euro. Dans les meetings, on constatait pourtant que c’était bien quand elle parlait d’immigration et d’insécurité que la salle était réceptive. Elle s’est mise à rattraper la dynamique populiste dans la dernière ligne droite. Moralité : le FN ne peut pas pousser trop loin son processus de normalisation. Si Marine Le Pen transformait son mouvement en parti souverainiste, il ferait les scores que font les souverainistes en France, c’est-à-dire moins de 5 %.

Marine Le Pen est-elle en mesure d’impulser une recomposition des droites, telle que la rêve son père depuis trente ans ?

La politique est une affaire de rapports de force. Pour l’instant, elle ne peut pas. Mais idéologiquement, les lignes ont bougé. La “ligne Buisson” a fait perdre toutes les élections à la droite depuis 2007, légitimant le transfert d’une part de ses voix vers le FN et surmobilisant l’électorat de gauche en face. Si l’UMP est reprise en main par des gens qui ne comprennent toujours pas cette sociologie électorale, ils scieront leur branche et chercheront à s’accrocher à celle de Marine Le Pen lors de leur chute. Comme d’habitude, quant au potentiel frontiste, c’est moins l’action des Le Pen qui compte que les erreurs de tactique des autres politiques.

Quelle a été l’influence idéologique du FN sur la droite française et plus largement sur le débat politique français ?

C’est ce qu’il y a de plus intéressant peut-être dans le FN : c’est un lobby culturel plus qu’un parti politique. Il n’a aujourd’hui qu’une seule députée encartée. Mais depuis qu’il a émergé à Dreux en 1983, le Front national organise amplement le débat politique français. Pas une alternance ne se fait sans que l’on change nos lois sur l’immigration ou la sécurité. Pas un débat de société n’a lieu sans que quelqu’un dise à un moment : “Vous faites le jeu du Front national.” C’est devenu le point Godwin de la politique française. Le FN pèse encore et encore, tant il parvient à synthétiser et à incarner les contradictions et crispations de notre société.

Le “recentrage” opéré par Marine Le Pen vous semble-t-il réel ou de façade ?

En politique, l’un n’interdit pas l’autre. Il est certain que Marine Le Pen ne nourrit aucune lubie sur la Seconde Guerre mondiale. Elle ne croit ni en l’inégalité des races, ni en l’existence d’un complot juif. Sa vision du monde correspond à la structure profonde du national-populisme, le courant structurant de l’extrême droite française, et qui n’est en rien redevable aux idéologies du XXe siècle. Pour ce courant, il faut privilégier le rapport direct entre le sauveur et le peuple, par-delà la trahison d’élites fatalement corrompues. Il est l’apologiste d’un nationalisme fermé recherchant une unité nationale mythique et altérophobe. Il joint des valeurs sociales de gauche et des valeurs politiques de droite (ordre, autorité, etc.). Il n’y a pas de double discours de Marine Le Pen : elle représente parfaitement un segment structurel de notre vie politique.

Les éléments racistes ou antisémites (personnes, idéologie, rhétorique) qui étaient extrêmement présents au sein du FN ou dans son proche entourage ont-ils vraiment été expurgés ?

De 2005 à 2011, la direction du FN a organisé une purge qui avait un double intérêt : se débarrasser des radicaux obsédés par la Seconde Guerre mondiale, Israël, etc., et se débarrasser de ceux qui étaient hostiles à Marine Le Pen. L’avantage, c’est que ça coïncidait un certain nombre de fois ! Le FN de Marine Le Pen n’est plus un “compromis nationaliste” devant rassembler toutes les chapelles de l’extrême droite, mais un “marinisme”. Le paradoxe est que pour le construire, Marine Le Pen s’est en partie servie des éléments très radicaux de son entourage, mais ceux-ci ne sont pas dans l’organigramme, ni même membres du parti.

Dans son discours, que l’on croirait parfois emprunté au PC, le FN défend aujourd’hui les intérêts du peuple, des plus défavorisés. Ce virage est-il crédible, ou un simple positionnement électoraliste surfant sur la crise ?

En France, le libéralisme a mauvaise presse. Jacques Chirac n’a pas gagné quand il se présentait comme reaganien mais quand il parlait de la “fracture sociale”. Nicolas Sarkozy n’a cessé de citer Jean Jaurès en 2007. C’est un pays où l’on prend le pouvoir par la gauche. Le rejet du traité constitutionnel européen en 2005, la crise et l’austérité depuis 2008, on ne voit pas un seul élément qui pourrait pousser Marine Le Pen à défendre un autre segment.

Au vu de la crise et des nombreuses analyses qui en détaillent les causes (dérégulation financière, politiques d’austérité, etc.), comment le FN parvient-il à rendre encore crédible le message “chômage = immigration” ?

Parce que ce que vous évoquez, ce sont les causes du chômage, et que ce qu’aimeraient les gens, ce sont des solutions au chômage. Et ils se disent que la préférence nationale pourrait trouver sa place dans le cadre d’un néoprotectionnisme. Par ailleurs, cette question n’est plus solitaire mais s’intègre à un cadre global. L’atomisation et la précarisation du travail, la guerre de tous contre tous entretenue par le chômage de masse, la fragmentation de l’histoire nationale au bénéfice de mémoires communautarisées, etc. : notre société laisse les individus telles des particules flottant les unes à côté des autres. Une part de nos citoyens a pour représentation sociale une fiction dans laquelle les populations d’origine arabomusulmane représenteraient quant à elles un corps unifié socialement, culturellement et religieusement. Cette cristallisation entre la représentation d’un “nous” composé d’individus épars en concurrence et un “eux” imaginé comme solidaire entraîne dans l’imaginaire des populations une coagulation des insécurités (physique, économique, culturelle), déplaçant ainsi sur une critique des populations d’origine arabomusulmane le rapport entre les transformations de l’économie et des technologies et nos modes de vie.

Comment et pourquoi une partie des classes populaires et des jeunes font-ils confiance à un parti qui fonctionne sans démocratie, géré comme un bien privé qui se transmet de père en fille ?

Il ne faut pas se leurrer : le Front national, pour beaucoup, c’est la marque Le Pen, le reste n’est qu’accessoire. C’est toute la force et la faiblesse du Front national. On ne peut pas arriver aux responsabilités gouvernementales si on n’est pas doté d’une petite classe d’élus locaux, de notables, qui donnent de vous une image apaisée et crédible. Mais pour produire cette petite classe, il faut délepeniser le parti. C’est la raison pour laquelle Marine Le Pen espère faire imploser la droite. Ça la doterait d’un seul coup de notables qui lui permettraient d’accéder au pouvoir.

Comment interprétez-vous le virage laïciste pris par Marine Le Pen et son jusqu’au-boutisme sur cette question (interdiction du voile et de la kippa) ?

La laïcité sert d’abord de marqueur républicain et donc de normalisation du FN. Ensuite, en la radicalisant, en demandant que voiles et kippas soient exclus de tout espace public, elle sert de marqueur de différenciation. La normalisation ne doit pas devenir une banalisation si le FN ne veut pas perdre son électorat. Marine Le Pen place une idée qui ne peut pas être acceptée dans l’espace politique. Non intimidée par le “politiquement correct”, elle serait seule apte à prendre des mesures tranchantes. Enfin, le duo laïcité-islam sert à produire une image unifiée des problèmes de déconstruction sociale du pays. Le lien social qui se défait, la délinquance, les haines intercommunautaires, etc. : il y a une causalité maléfique unique à tout cela qui serait la communauté arabo-musulmane. Parce qu’il prône la préférence nationale, ce laïcisme radical, le FN serait seul à pouvoir restaurer une nation unitaire et solidaire.

Le Front national demeure-t-il hors du champ républicain comme le défend le journal Le Monde dans son éditorial du 22 septembre ?

Si “hors du champ républicain” signifie “relevant du fascisme”, cela relève d’une triple erreur. D’abord, le FN ne cherche pas à produire un homme nouveau dans un État totalitaire dont la guerre impérialiste serait le moteur des transformations sociétales intérieures. Ensuite, la particularité des fascistes français par rapport aux Italiens et aux Allemands, c’est qu’ils se revendiquent les héritiers de 1792… Enfin, il y a une erreur sur la place du curseur. Marine Le Pen et ses amis n’ont pas connu de guerre, ils entrent en politique quand le communisme est mort, et dans une démocratie apaisée où l’alternance est une réalité. Il y a là des individus qui ne sont pas dans le faire-semblant, mais qui relèvent d’une droite populiste et autoritaire intégrée à une hégémonie culturelle de la République.

Lorsque Louis Aliot définit le FN comme “un parti républicain au sens de l’article 4 de la constitution”, son propos est à la fois discutable et justifié. Justifié car cet article stipule que les partis doivent respecter “les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie”. Discutable, car ramener la République à son seul système institutionnel revient à la réduire à l’ordre. En la privant de ses valeurs, de sa vision du monde, de ses concepts, il est certain que le légalisme vaut brevet de républicanisme. Mais il n’y a donc ni contradiction ni double discours dans le fait qu’un parti d’extrême droite puisse se revendiquer de la République. Il revient à la responsabilité de chaque citoyen de déterminer si les valeurs de la Révolution et de la République se limitent au respect de l’ordre, et si son vote éventuel pour un parti d’extrême droite s’intègre à celles-ci.

«Face au FN, sortons de la paresse intellectuelle»

Posted on 1 décembre 2015 by nicolaslebourg in Alterophobie, Entretien(s), Extrême droite, Questions sociales, Sens commun, Sociologie et sciences politiques // 0 Comments
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Source inconnue

Première parution : propos de Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg recueillis par Dominique Albertini, «Face au FN, sortons de la paresse intellectuelle», Libération, 30 novembre 2015, pp. 24-25, à propos de la parution des Droites extrêmes en Europe.

L’une des conclusions de votre livre est : «L’actuelle demande autoritaire en Europe n’est pas une simple réponse à la crise financière.»

Nicolas Lebourg : La crise économique n’explique rien à elle seule. En Espagne, 53 % des jeunes sont au chômage. Lors des dernières élections européennes, les listes d’extrême droite n’y ont même pas fait 1 % des voix, tandis qu’en France le FN arrivait en tête. Au fond, c’est d’abord une crise culturelle qui explique la montée de l’extrême droite. Depuis le XIXe siècle, cette famille politique répond aux bouleversements géopolitiques en proposant de retrouver une société close et organique, c’est-à-dire qui fonctionnerait de manière harmonieuse, à la manière d’un être vivant. Ce qui suppose toujours le rejet d’un autre que soi.

Jean-Yves Camus : Parallèlement, droite et gauche sont en crise idéologique. La droite conservatrice et libérale ne propose, depuis longtemps, qu’une lecture «économiste» de la mondialisation. Son idéologie n’est pas assez solide pour répondre à la demande d’un nouvel ordre géopolitique, à la peur du déclassement, au chamboulement des repères culturels. Qui sont les intellectuels de droite aujourd’hui ? Au mieux des essayistes, au pire des histrions médiatiques. Le parti Les Républicains qui a détenu le pouvoir et le brigue à nouveau n’a même pas de revue théorique.

Contrairement à ses concurrents, l’extrême droite produirait une offre politique mieux adaptée à son époque ?

N.L. : Quitte à schématiser, disons que la gauche est d’abord une question de programme, la droite de style, et l’extrême droite de vision du monde. Cette famille peut donc faire preuve d’une grande souplesse, car, chez elle, l’économie n’est qu’un outil au service de la politique, qui est elle-même au service de sa vision du monde. C’est pour cela, par exemple, que le FN a pu adapter si largement son programme économique au fil des ans.

En plus d’être plastique, l’extrême droite offre une vision du monde homogène. Elle explique la plupart des problèmes actuels – désindustrialisation, chômage de masse, pauvreté des rapports sociaux… – par la présence de populations arabo-musulmanes non assimilées. Quoi qu’on en pense, la souplesse et la cohérence interne de cette grille de lecture la rendent particulièrement efficace. Surtout face à une droite et une gauche qui en semblent dépourvues.

J.-Y.C. : Le grand échec de l’antifascisme militant est de ne pas avoir su penser la complexité du phénomène auquel il répond. Nous sommes en 2015 et nous savons désormais que répéter «F comme fasciste, N comme nazi» pendant trente ans ne mobilise pas. Parce qu’intuitivement, les citoyens ont le sentiment que cela ne colle pas. Le propre du fascisme, c’est de préparer la transformation intégrale de l’homme, l’avènement d’un homme nouveau. Je n’ai pas l’impression que tel soit le projet du FN.

Quel est le bilan de l’extrême droite associée au pouvoir ?

N.L. : On peut le dresser sur les trente dernières années en Europe. Lorsqu’elles accèdent aux responsabilités, les extrêmes droites renoncent au volet social «subversif» de leur discours et soutiennent une politique libérale, à condition que soient menées des politiques de lutte contre l’immigration et de fierté nationale. On l’a vu avec le parti des Vrais Finlandais, avec le FPÖ autrichien, avec la Ligue du Nord en Italie, entre autres. Plutôt que des attaques contre les libertés fondamentales, on a la mise en place d’un eurolibéralisme ethnicisé. Les alliés de Marine Le Pen ont presque tous participé à des majorités et appliqué ce genre de politique.

Ce n’est pas un créneau que l’on associerait spontanément au FN…

N.L. :Effectivement. Et c’est pour cela que l’on constate, lorsqu’il est contre la gauche au second tour, que le FN enregistre de mauvais reports de voix de la part des électeurs de droite. Sarkozy tape au bon endroit lorsqu’il accuse le Front national d’avoir un programme économique d’extrême gauche : cela touche une partie de l’électorat LR. La ligne «ni droite ni gauche» de Marine Le Pen marche bien au premier tour, pas encore au second, à la grande frustration de ses militants. Si le FN veut participer au pouvoir, il devra lâcher du lest sur cette question. La question n’est donc pas de lutter contre le «fascisme», mais de savoir si l’on souhaite ou non un libéralisme ethnicisé. Dans l’affirmative, l’extrême droite doit participer au pouvoir ; sinon, il faut s’y opposer.

Face à un Front national hégémonique à l’extrême droite, que deviennent les autres familles de cette mouvance ?

J.-Y.C. : D’anciennes tendances idéologiques perdurent, comme l’intégrisme catholique. De même, il existera probablement toujours des fascistes. D’autant que, quand un grand mouvement populiste comme le FN semble se recentrer, certains militants «purs et durs» le quittent. Cela dit, ils ne représentent plus que des idéologies de témoignage, minoritaires dans leur camp. Il faut choisir : entretenir seul contre tous une mémoire politique, ou s’adapter et devenir une machine à conquérir le pouvoir, comme l’a fait Jean-Marie Le Pen avec le FN.

N.L. :Pour réussir, une offre politique doit correspondre à l’état de la société. Maurras critiquait la société industrielle au bénéfice d’un modèle agricole. Le fascisme, lui, était merveilleusement adapté à la société industrielle et au dépassement de l’Etat nation par les empires. Le FN, enfin, abhorre la postmodernité et valorise une France mythifiée des Trente Glorieuses.

J.-Y.C. : Ce qui fera la victoire du FN, c’est une société conforme aux souhaits de Jacques Attali, selon qui «nous serons tous intermittents du spectacle». C’est une phrase terrible, parce qu’il y croit et qu’il n’est pas le seul. Il y a un fossé entre ceux qui aiment être intermittents, ou qui en ont les moyens, et ceux qui subissent ce statut. L’une des seules catégories sociales où les femmes votent plus FN que les hommes, ce sont les employés de commerce. Pour une femme, c’est être vendeuse ou caissière, souvent en famille monoparentale, avec des horaires invraisemblables.

Vous écrivez qu’une «partie de la mouvance islamiste défend une vision du monde à bien des égards proche de celle de l’extrême droite». Pourquoi ?

N.L. : Faisons d’abord un sort au concept d’«islamofascisme» [utilisé par Marine Le Pen comme par Manuel Valls, ndlr]. Ce mot est un non-sens historique et intellectuel, récusé par la totalité des historiens du fascisme. Vouloir assimiler les deux phénomènes ne sert à rien et témoigne d’une incapacité à penser la violence, la radicalité et les sociétés fermées hors des totalitarismes européens du XXe siècle. Ils ne se rapprochent guère que dans leur conception de la société comme un tout organique, autoritaire et hiérarchisé.

J.-Y.C. : Ce qui me frappe chez les essayistes qui utilisent ce terme, c’est leur incapacité à penser un objet qui est le principal totalitarisme contemporain, autrement que par référence à un objet antérieur. Or il faut savoir penser le totalitarisme islamiste pour ce qu’il est et non par rapport au nazisme. Sans quoi on se condamne soit à établir une équivalence fausse, soit à minorer l’islam radical, puisqu’il n’a pas mis en œuvre de processus génocidaire de masse. Je veux souligner deux différences fondamentales entre islam radical et fascisme. D’abord les régimes islamistes s’inscrivent dans la logique du libéralisme économique. Ensuite l’Etat islamique n’a pas pour objectif de forger un «homme nouveau» mais de revenir à l’homme musulman des origines.

Comment disparaissent les extrêmes droites ?

N.L. : D’abord en participant au pouvoir. Tous les partis finissent par le payer, mais c’est encore plus violent pour l’extrême droite, même en cas de soutien sans participation au gouvernement. Certains pays ont aussi payé cher leur normalisation lorsqu’ils l’ont poussé jusqu’au bout : ce fut le cas de l’Alliance nationale en Italie [dissoute en 2009, ndlr]. Enfin, un mouvement d’extrême droite peut péricliter lorsqu’il propose une offre politique dépassée, comme dans le cas du néofascisme.

J.-Y.C. : Quitte à heurter, je ne suis pas persuadé que la mort de l’extrême droite soit un objectif à atteindre. Je laisse à cette famille le fantasme de voir disparaître ses adversaires. Je préférerais que ces derniers sachent argumenter contre elle, au lieu d’être tétanisés. On en est hélas loin aujourd’hui : les uns l’imitent, les autres reprennent la sempiternelle référence aux modèles fascistes et nazis. On l’a dit, celle-ci est inefficace et prouve surtout la paresse intellectuelle de ses utilisateurs.

N.L. : Il faut repenser le fameux «cordon sanitaire», censé isoler la droite de l’extrême droite. Car il a dégénéré : il signifie aujourd’hui que le FN ne peut pas accéder au pouvoir, mais que d’autres partis récupèrent ses idées. Cela me semble malsain, car cela crée de la frustration tout en radicalisant l’ensemble de la vie politique. Le «cordon» doit concerner les idées, pas les hommes. Que le FN ait des élus s’il les gagne à la loyale, mais que les autres mouvements n’aspirent pas son corpus

Conférence-débat sur le confusionnisme

 Posted by on 24 novembre 2015 at 21 h 07 min  Actualité locale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Conférence-débat sur le confusionnisme
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A titre d’information, nous relayons cette séance d’un séminaire de l’université de caen, Pratiques et pensées de l’émancipation, qui porte sur le développement des idées réactionnaires…

Le séminaire Pratiques et Pensées de l’Émancipation entame prochainement sa quatrième édition.

La séance inaugurale aura lieu le mercredi 25 novembre à 17h en salle des actes (mrsh, campus 1) et se focalisera sur la recomposition de l’extrême droite et le développement des idées réactionnaires : « le confusionnisme politique : souverainisme et système Soral ». Avec Ornella Guyet, militante antifasciste et animatrice du site confusionisme.info et Mathieu Molard, co-auteur du livre Le système Soral.

A cette occasion, nous annoncerons la programmation des six séances qui ponctueront l’année 2016.

Le collectif d’organisation

Novembre 2015, attention : l’extrême droite est de sortie !

 Posted by on 12 novembre 2015 at 0 h 02 min  A la une, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Novembre 2015, attention : l’extrême droite est de sortie !
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Novembre 2015, attention : l’extrême droite est de sortie !

Ce mois de novembre, beaucoup d’événements d’extrême droite vont avoir lieu sur tout le territoire, avec pour leitmotiv le rejet des migrants. Nous en dressons la liste, qui est appelée à être complétée si nécessaire, ainsi que des initiatives antifascistes qui sont prévues pour les contrer. Nous reviendrons sur les plus importants de ces événements au fil du mois. (Cliquer sur les images pour les agrandir)

dissidence_polémia Après la manifestation de samedi dernier organisée par des partisans de Poutine d’une part, le rassemblement anti-BHL du Renouveau français devant le Café de Flore le même jour d’autre part1, les actions de Génération identitaire contre un futur village d’insertion pour des Rroms (Lyon, 24 octobre) ou un futur centre d’accueil pour migrants (Arry, Moselle, 27 octobre) ou encore l’attaque d’un meeting du NPA à Angers mercredi dernier, il semble que l’extrême droite tente une nouvelle fois d’occuper le terrain. De nombreux événements liés à ses mouvances les plus dures vont avoir lieu ce mois-ci à Paris, mais aussi en province, en dehors même de l’agitation créée par le FN dans le cadre de sa campagne électorale. Il suffit de se rendre sur le site de Synthèse nationale pour s’en rendre compte.

Week-end des 7 et 8 novembre et jours suivants

Commençons par le week-end à venir, tout d’abord : demain à Paris aura lieu un rassemblement en soutien au gouvernement hongrois de Viktor Orbán, organisé par le Siel. Le même jour, un rassemblement anti-migrants se tiendra à Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or), une ville qui accueille des réfugiés, par le Parti de la France, ainsi qu’à Calais le lendemain à l’initiative du collectif « Sauvons Calais ». Le 11 au soir, c’est l’Action française qui organisera un rassemblement en hommage aux « premiers résistants » en haut des Champs-Élysées, à l’occasion de la journée commémorative de la fin de la Première guerre mondiale.

Samedi 14 novembre

Le samedi 14 novembre sera particulièrement chargé en manifestations et rassemblements de toutes sortes, le plus important de tous étant sans doute le 2e Congrès européen du Gud qui se tiendra à Paris, et qui semble être maintenu en dépit des démélés judiciaires récents du principal leader de cette formation.congrès_européen_gud Comme l’année dernière, y sont attendus des groupes néo-fascistes venus de l’Europe entière et même d’Afrique du Sud. Le même jour, l’impayable Sylvain Baron et sa bande prévoient de manifester devant plusieurs médias dans le cadre d’un « Jubilé des Peuples ». Toujours ce samedi-là, la petite ville de Berzy-le-Sec (Aisne) accueillera un concert de boneheads2 tandis que Pontivy (Morbihan) sera le théâtre d’une manifestation des nationalistes bretons d’Adsav ayant pour mot d’ordre « Immigration : fermons nos frontières ! »

Semaine du 16 au 20 novembre

Le lundi 16, c’est Lyon qui verra débarquer l’archevêque grec-melkite de Homs (Syrie) Jean-Abdo Arbach pour une conférence de SOS chrétiens d’Orient. Le même, qui est sans surprise un partisan de Bachar Al-Assad, sera le lendemain à Versailles. Le 20 ce sera au tour de Toulouse de recevoir un meeting de la Manif pour Tous dans le cadre de sa campagne électorale.

Du 21 novembre à la fin du mois

terreetpeupleUn « forum de la dissidence » est prévu le 21 à Paris, à l’initiative de la Fondation Polémia d’Yves Le Gallou, ainsi qu’un colloque « Immigration : stop ou encore » organisé par l’Action française avec le soutien de la Coordination du Pays réel (suivi sans doute d’un autre rendez-vous le lendemain). Le 22, une rencontre avec Carl Lang du Parti de la France aura lieu à Limoges tandis que le 27, Bordeaux verra débarquer le Siel, Riposte laïque, Résistance républicaine et Vigilance halal pour un rassemblement anti-migrants. Le 29, Ce sera au tour de Terre et Peuple d’organiser sa 20e table ronde autour du thème du « Grand Remplacement », de nouveau à Paris.2015-11-04_legallou_dissident

Riposte antifasciste

Parallèlement, la riposte antifasciste s’organise. Si le bal a été ouvert à Paris ou à Auch, le mois de novembre devrait être marqué par plusieurs initiatives, que ce soit demain à Paris contre le Siel ou à Pouilly-en-Auxois en soutien aux migrants, ou encore le 14 à Verdun contre la Taverne de Thor et le même jour à Nantes en soutien aux migrants, mais aussi le 20 à Toulouse contre la Manif pour Tous et le FN.

O. G.


A (re)lire sur Confusionnisme.info, des précisions sur certains de ces rassemblements :

Hier, une manifestation anti-migrants a réuni 70 personnes à Calais
A l’appel du Siel, l’extrême droite s’est réunie hier à Paris pour soutenir Viktor Orbán


  1. synthesenationale.hautetfort.com/archive/2015/11/02/le-renouveau-francais-demande-l-expulsion-vers-israel-de-bhl-5709941.html
  2. synthesenationale.hautetfort.com/archive/2015/11/04/lemovice-en-concert-dans-l-aisne-5710862.html

 

Source: http://confusionnisme.info/2015/11/06/novembre-2015-lextreme-droite-est-de-sortie/

Kokopelli ou les illuminés de la petite graine.

 Posted by on 9 novembre 2015 at 12 h 22 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Do It Yourself, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés sur Kokopelli ou les illuminés de la petite graine.
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dimanche 8 novembre 2015

L’association écolo Kokopelli, spécialisée dans la vente de semences anciennes, fait l’objet d’une certaine bienveillance dans les milieux de gauche, écologistes et alternatifs. Toutefois, certains propos tenus par son fondateur et président historique, Dominique Guillet, sont pour le moins préoccupants…

 

En outre, Kokopelli se targue d’être un réservoir génétique accessible à tous. Or la gamme de semences qui figure dans son catalogue ne comporte pas plus de 2300 variétés et pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence. Et dans ces variétés on trouve majoritairement des tomates des piments et des courges, parfaitement courantes pour la plupart provenant des USA .

A partir de mi-juillet, un communiqué de Kokopelli, association créée en 1999 et engagée dans la protection la biodiversité à travers la vente de semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique, a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Il dénonçait une levée de fonds organisée par l’ONG Avaaz pour lutter contre Monsanto qui usurpait, parmi d’autres, le nom de Kokopelli pour légitimer cette campagne. Et en profitait au passage pour appuyer sur le côté plus que douteux de cette organisation entourée de soupçon d’escroquerie. Jusque-là tout va bien. Mais cette mise au point renvoyait à un article plus fouillé intitulé Avaaz : un écran de fumée occultant les bombes libératrices à uranium appauvri, écrit par Dominique Guillet et publié sur le site de l’association le 14 novembre 2012. Si sur le fond certains arguments acerbes envers la très critiquable Avaaz peuvent être recevables et partagés par notre organisation (fatuité de cette forme de «  militantisme  » en ligne et par pétition, motifs discutables des souscriptions, source de financement sujette à caution, salaires mirobolants de ses dirigeants), ce règlement de compte suscite la stupeur en évoquant dès sa première ligne le Graal des complotistes renommé ici «  opération psychologique spéciale dénommé 9/11  » et renvoyant vers le site conspirationniste ReOpen911…

Prose paranoïaque

En poursuivant les yeux écarquillés la lecture de ce salmigondis soi-disant subversif, on tombe sur la prose classique des paranoïaques du complot avec la dénonciation ad nauseam du « Nouvel Ordre Mondial » et l’explication de la guerre en Afghanistan par la volonté de l’Otan de contrôler le marché de l’opium. On n’est pas loin des délires royalo-narcotiques du conspirationniste Lyndon LaRouche et de son préposé français, Jacques Cheminade…

Plus étonnant pour quelqu’un qui se revendique écolo, l’auteur décidément en grande forme s’attaque à «  l’arnaque du réchauffement climatique anthropique  » et nous invite à consulter une série de quatre articles qu’il a rédigés à l’automne 2009 et publiés sur son site liberterre.fr (sic). Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Complotisme et ésotérisme

Circonspect devant tant de divagations, on se penche plus en avant sur le bonhomme  : adepte des théories Gaïa – qui dégénèrent bien souvent en des croyances religieuses New Age débilitantes – Dominique Guillet, qui ne laisse pas de surprendre, se révèle être un fervent disciple et traducteur de John Lamb Lash, gourou américain versant dans l’ésotérisme, inlassable dénonciateur de l’ « intrusion extraterrestre » qui œuvre clandestinement à la destruction de l’humanité et annonciateur d’une menace prophétique qu’il assimile au sionisme en ne ménageant pas ses efforts pour masquer son antisémitisme maladif.

Kokopelli propose également à la vente un ouvrage de Sylvie Simon, écrivaine obscurantiste anti-vaccination décédée en 2013 et de Claire Séverac, auteure antisémite et conspirationniste transitant sur Egalité & Réconciliation d’Alain Soral et que l’on retrouve sans grande surprise également sur le site écolo-confusionniste Mr Mondialisation.

Au début Kokopelli s’appelait Terre de Semences et distribuait des semences issues de l’agriculture biologique à l’intention des jardiniers amateurs. Ces semences n’étant pas inscrites au catalogue officiel cette activité était tolérée, mais illégale. Devant ce fait le législateur a même changé la loi afin de permettre aux jardiniers de se procurer ces semences, en créant « le registre des variétés anciennes pour jardinier amateur ». Mais M.Guillet, le fondateur, ne veut pas de cette loi et créa Kokopelli.

Au passage Kokopelli est soutenue par le professeur Berlan, radicaliste anti-OGM et qui a préfacé le livre de D.Guillet. On trouve comme généreux donateur de cette association « Fondation pour une Terre Humaine » de Jean-Louis Gueydon de Dives, une fondation Suisse qui finance de nombreux projets « écolos » derrière lesquels se cache l’anthroposophie (Demeter, biodynamie, etc,…), à commencer par Terre et Humanisme de Pierre Rabhi. Au passage l’association ne soutient pas plus l’agriculture bio, mais soutient largement l’agriculture biodynamique, suivant la réflexion de l’anthroposophe ésotérique et raciste Rudolf Steiner.

Cette affaire de plus en dit long en tout cas sur le climat politique actuel et la sous-politisation de certains mouvements qui se veulent militants, notamment dans quelques milieux écologistes mystiques, terreau fertile pour le conspirationnisme et porte d’entrée de l’extrême droite.

[Lire la suite sur le site des enragés.]

Source : Non Fides.

Retour sur la marche contre la dignité et contre le racisme.

 Posted by on 3 novembre 2015 at 14 h 51 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Retour sur la marche contre la dignité et contre le racisme.
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Paris : Il est temps de rompre les rangs !

mardi 3 novembre 2015

Bref retour sur la première initiative racialiste à prétention massive et nationale, la marche de la dignité et contre le racisme du 31 octobre 2015 à Paris, et les affiches antiracialistes qui s’y sont invitées.

 

Malgré l’élargissement tardif des signataires de l’appel à plusieurs groupes, partis et syndicats de la gauche la plus classique (PCF, NPA, Solidaires…), pas plus de quelques milliers de personnes ont manifesté hier à l’appel de la MAFED, du PIR et de plusieurs personnalités et groupes infréquentables comme les islamistes du groupe Présence et Spiritualité Musulmanes qui appelait aux « manifs pour tous » de 2013 (voir la « Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-pour-la-dignité-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème » qui nomme les plus évidemment scandaleux).

Le raz-de-marée de prolétaires des quartiers populaires, qui a servi de carotte pour faire venir l’extrême gauche antiraciste ne s’est pas produit : ni les émeutiers de 2005, ni les dizaines de milliers de marcheurs de 83, ni les 15 000 grévistes des loyers Sonacotra ou les centaines de sans papiers grévistes de la faim des années 70, ni leurs potentiels homologues actuels n’ont répondu massivement à l’appel. Ont répondu présent en revanche, outre les alliés actuels du PIR, ceux-là même que leur hipster en chef, Houria Bouteldja, invective comme étant « la gauche blanche ». En effet, en lieu et place du vrai prolétariat qu’on nous a vendu, on a pu voir défiler entre autre pêle-mêle des drapeaux français, le Front de Gauche et son aile gauche, « Ensemble », le PCF, le FUIQP, Voie Prolétarienne, la JC, quelques élus appelés à scander « parlement, ta race ! », Médine et son camion (qui a servi de scène finale), divers vestiges de l’anti-impérialisme comme Europalestine et BDS, les entrepreneurs pacificateurs de banlieue de « Pas sans nous » et la négationniste Ginette Skandrani, le tout encadré par une corde et une boîte privée de sécurité (S.G.E).

Ceci dit, beaucoup des marcheurs du jour, pris dans la confusion entretenue à cet endroit, n’étaient manifestement pas très au clair sur pour qui et pourquoi ils marchaient et chacun a sans doute pu marcher derrière la bannière de cet œcuménisme racialiste en le prenant pour un fourre tout débonnaire à vocation antiraciste ou une « convergence des luttes » qui se donne l’air sympathique.

Plusieurs modalités de refus de cette première initiative racialiste à prétention massive se sont invités sur les murs de son parcours. Des énoncés critiquant le racisme et le racialisme depuis des points de vue variés mais tous dans une perspective révolutionnaire, piochés dans les textes qui circulent depuis quelques temps sur la question, ont été affichés parfois en grande taille, en hauteur, en couleur sur les murs. On pouvait y lire « Il n’y a pas de races, seulement des racistes », « capitalisme identitaire, nouvel horizon réactionnaire », « Nique la race, vive la lutte des classes »…

Ces affiches ont été recouvertes de gribouillages ou d’inscriptions (« une marche pour la dignité non blanche » y a-t-on trouvé inscrit par exemple), recouvertes, arrachées et déchiquetées avec une frénésie qui déparait avec l’ambiance pacifiée et pacificatrice de la manifestation. Ainsi, des affiches « contre les violences d’état » et des portraits de Zyed et Bouna ont été collés pour recouvrir et masquer la critique de l’offensive racialiste et ce qu’elle implique comme refus des enjeux politiques émancipateurs. Que les portraits de deux adolescents tués par la police, sur le visage desquels on peut encore lire la soif de vivre avec inscrit « on n’oublie pas » soient utilisés à cette fin est particulièrement choquant et abject. C’est aussi parce que ces morts et les émeutes de 2005 sont restés dans nos mémoires que ces affiches ont été collées.

Il est particulièrement scandaleux que cette « marche de la dignité » cherche à inscrire les émeutes de 2005 dans son sillage, vu l’union sacré des pacificateurs, religieux, politiciens, élus et communautaristes associatifs qui y ont appelé et qui y ont défilé. On cherche non seulement à identitariser la conflictualité sociale mais aussi à enrégimenter la révolte dans le communautarisme, la politique de la cogestion et la race. Plus encore qu’une simple entreprise de récupération, ce défilé contenait aussi la mise en scène d’un enterrement de 3éme classe de ce que les émeutes de 2005 peuvent contenir de force, de promesses et de menaces contre les différents ordres établis.

Ceux qui étaient là « pour voir » ou qui, malgré ce qui avait été annoncé, en espéraient autre chose ont donc eu le loisir de se faire un avis. A partir de là, continuer à fermer les yeux sur l’avancée de la dynamique racialisatrice et ne pas s’y opposer n’est plus défendable autrement que comme un choix politique assumé. Chacun sait bien que, dans nombre de groupes qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à cette initiative, des oppositions en interne se sont déjà exprimées : la racialisation est un combat pour lequel tout le monde ne se bat pas la fleur au fusil.

Il est temps de rompre les rangs de la racialisation !
La lutte continue.

[Repris d’Indy Nantes.]

P.-S.

Voir d’autres articles récents contre toute forme de racisme-racialisme-« racisation ».

Source : Non Fides.

A. Pichot, Aux origines des théories raciales, 2008

 Posted by on 20 octobre 2015 at 10 h 13 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, médecine, santé  Commentaires fermés sur A. Pichot, Aux origines des théories raciales, 2008
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André Pichot,

Aux origines des théories raciales. De la Bible à Darwin

éd. Flammarion, 2008, 520 p.

 

« Le darwinisme n’est pas une théorie scientifique qui a connu maintes dérives idéologiques, c’est une idéologie à qui la génétique a fini par donner un aspect à peu près scientifique » (p. 299).

Telle est la thèse qui conduit André Pichot, dans son dernier livre, à opérer un bouleversement des catégories habituelles de pensée : Darwin n’est plus le champion de la vision scientifique du monde en lutte contre la conception obscurantiste du créationnisme et du finalisme religieux, mais l’une des figures du grand mouvement idéologique emportant aussi bien la biologie que les religions au XIXe siècle, et qui conduit finalement aux diverses théories du racisme « scientifique » : la biologisation de l’ordre social. Darwin ne l’aurait donc pas emporté contre son temps mais, tout au contraire, serait le produit des idées dominantes de son époque, auxquelles il aurait fourni en retour une arme puissante en la notion de sélection naturelle, susceptible de donner au capitalisme comme au colonialisme alors en expansion le fondement naturel qui leur manquait.

A l’appui de cette thèse provocatrice, A. Pichot convoque une immense érudition qui donne à ce livre une forme différente de son précédent ouvrage sur le sujet. Plus long, Aux origines des théories raciales est aussi plus touffu, et si certains apprécieront le fourmillement d’anecdotes et l’exhumation de « pensées » dont la bizarrerie n’a d’égale que l’oubli dans lequel elles sont (heureusement) tombées, d’autres pourront regretter la clarté synthétique d’ouvrages tels que son Histoire de la notion de gène (Paris, Flammarion, 1999). Reste que le savoir déployé réussit indéniablement à modifier les perspectives sur Darwin.

En particulier, l’auteur réfute ce qu’il estime être la légende de la lutte acharnée de Darwin contre une vision religieuse du monde (supposée dominante à son époque) imposant le fixisme et la différence radicale entre l’homme et l’animal que ce fixisme induirait. Il tâche pour cela de reconstituer le climat intellectuel du moment, pénétré depuis longtemps déjà par diverses théories évolutionnistes et envahi de théories polygénistes et préadamites, niant aussi bien l’origine de tous les hommes en Adam que leur distinction radicale d’avec les animaux. La première partie du livre s’attarde sur ces différentes théories religieuses fondées le plus souvent sur une lecture littérale de la genèse. Non pas pour affirmer, comme on pourrait le penser, une création unique de l’homme en Adam mais, tout au contraire, pour distinguer les véritables hommes (descendants d’Adam) de sous-hommes descendant de créatures antérieures à Adam. Plus généralement, A. Pichot y décrit les différentes tentatives pour fonder la supériorité d’un groupe humain sur des considérations d’histoire – si l’on peut encore utiliser ce terme – du vivant. Appuyé sur ces analyses, il peut ensuite déployer la thèse sur laquelle fait fond la deuxième partie de son livre : Darwin n’est pas, lorsqu’il publie ses travaux, considéré spécialement comme un adversaire de la religion. C’est pourquoi il sera récupéré assez vite par plusieurs d’entre elles – sinon directement du moins via les théories statistiques d’un Galton – qui voient en ces théories un nouveau moyen pour légitimer leur supériorité. Cela jusqu’à la formation des théories racistes proprement dite, dont A. Pichot voit donc des origines tant dans la Bible que dans Darwin.

Au cours de cette analyse, l’auteur est conduit à cette thèse pour le moins délicate à manier et qu’il tâche de démontrer en un long développement (chapitre 21) : « l’hygiène raciale a bien été inventée, sous la forme spécifique d’une hygiène raciale juive, au début des années 1880, par des eugénistes juifs disciples de Galton » (p. 450). Bien qu’elle ne constitue pas le cœur de l’ouvrage, il vaut la peine d’en dire un mot puisqu’elle a déjà été remarquée (voir notamment Stéfane Foucart, Le Monde des livres, 12 septembre 2008). S’agit-il de verser de l’eau au moulin de ceux qui, aujourd’hui, veulent rapprocher le mouvement sioniste de l’idéologie du IIIe Reich ? Assurément pas, et A. Pichot prend explicitement position sur la nécessité de distinguer le sionisme notamment des conceptions de la judaïté appuyées sur la race (p. 378).

Malgré tout, il est vrai qu’un certain goût de la provocation et une méfiance de ce qu’il appelle le « politiquement correct » peut laisser un sentiment de malaise, tant ces questions sont aujourd’hui brûlantes : elles mériteraient d’être traitées sans aucune passion. Ce qui n’enlève pas la nécessité de les traiter, et de se confronter, éventuellement, à ces auteurs juifs qui, selon A. Pichot, ont inventé l’idée d’une politique d’hygiène raciale fondée sur les persécutions à propos de la supposée race juive, auteurs lus et cités par d’importants théoriciens nazis. Car ces égarements sont significatifs, tant pour ce qui est du mouvement d’ensemble décrit par A. Pichot que pour la compréhension même de la judaïté ; c’est sans doute dans cette perspective qu’il faut les interpréter. Non pas qu’ils aient été représentatifs du judaïsme européen au XIXe mais comme si, de ce qui n’a épargné aucune nation ni confession européennes, aucun mouvement politique ou culturel, la folle confiance dans la capacité de la biologie à guider le social, les juifs avaient dû être les premières victimes. N’est-ce pas que la notion de judaïté, identité transmise en même temps que déliée de tout État et de tout territoire, pointe précisément vers ce qui, dans le XIXe siècle décrit par A. Pichot, est devenu si difficile à penser : la filiation hors la biologie ?

Riche d’une très vaste documentation, Aux Origines des théories raciales est donc aussi un livre précieux par les modifications qu’il veut opérer dans la compréhension commune de l’histoire de la biologie. En remettant en cause le lieu commun d’une révolution darwinienne ayant eu à s’affronter à la culture de son temps en général et aux religions en particulier, et en montrant comment les lectures littérales de la Genèse et les théories darwiniennes du social procèdent d’un même mouvement, il conduit à réinterroger le prétendu débat entre créationnisme et darwinisme, comme deux symptômes de la maladie d’une modernité en quête de légitimation biologique.

Anthony Feneuil

Source: Revue ThéoRèmes, Comptes rendus.

Notes sur le darwinisme, l’une des principales bases de la sociobiologie

 Posted by on 19 octobre 2015 at 19 h 27 min  Non classé  Commentaires fermés sur Notes sur le darwinisme, l’une des principales bases de la sociobiologie
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Non-fides.fr

Dans les prétendues sciences de la vie, le darwinisme, même intégré et modifié aujourd’hui par le mendélisme et ses avatars – à commencer par le mythe du génome comme programme de constitution de la vie – joue toujours le rôle de clé de voûte. Encore aujourd’hui, ses apologistes affirment qu’il aurait porté des coups mortels au créationnisme, d’origine monothéiste, et permis de poser enfin la question de l’évolution de la vie, de la vie humaine en particulier, de façon objective, débarrassé de tous les miasmes subjectifs d’antan.

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Le bref recueil de citations qui suit montre que l’accueil que reçut le darwinisme dès le milieu du XIXe siècle, en pleine période de montée du scientisme, fut rien moins qu’apologétique, y compris du côté de ceux et de celles qui entamaient alors, même de façon limitée, la critique du monde du capital en gestation. En réalité, le darwinisme ne peut pas être opposé à ce qui est présenté comme des « dérives » et des « extrapolations » réactionnaires, nommées par convention darwinisme social. Les prétendues sciences naturelles sont toujours des sciences sociales dans la mesure où les individus qui les créent et les propagent sont partie intégrante du monde de la domination et qu’ils en partagent, à quelques exceptions près, l’idéologie. Darwin n’y fit pas exception et dès l’introduction de la célèbre « Origine des espèces » il affirme sans plus de façon, à propos de sa thèse relative à la « sélection naturelle »et à « l’adaptation au milieu », comme source de l’évolution et de la transformation des espèces : « « Aussi, comme il naît plus d’individus qu’il n’en peut vivre, il doit y avoir, dans chaque cas, lutte pour l’existence, soit avec un autre individu de la même espèce, soit avec des individus d’espèces différentes, soit avec les conditions physiques de la vie. C’est la doctrine de Malthus appliquée avec une intensité beaucoup plus considérable à tout le règne animal et à tout le règne végétal, car il n’y a là ni production artificielle d’alimentation, ni restriction apportée au mariage par la prudence. Bien que quelques espèces se multiplient aujourd’hui plus ou moins rapidement, il ne peut en être de même pour toutes, car le monde ne pourrait plus les contenir. »

Fondateur du « socialisme » aux prétentions scientistes, et hostile à « l’utopisme », Mars ne pouvait manquer de souligner, en 1860, que « l’ouvrage de Darwin est extrêmement important et me sert pour ancrer la lutte des classes dans la science naturelle. » Engels, dans son discours sur la tombe de Marx, en 1883, alla même jusqu’à le comparer à Darwin : « De même que Darwin a découvert la loi du développement de la nature organique, de même Marx a découvert la loi du développement de l’histoire humaine. »

Mais, dans leurs correspondances, les deux célèbres barbus du communisme autoritaire firent preuve de plus de réserve. Comme critique, même partiel, des idéologues de l’économie et de l’Etat de leur époque, Marx soulignait : « Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les inventions et la lutte pour la vie de Malthus. C’est le “bellum omnium contre omnes” (la guerre de tous contre tous) de Hobbes, et cela fait penser à la phénoménologie de Hegel, où la société bourgeoise figure sous le nom de “règne animal intellectuel”, tandis que chez Darwin, c’est le règne animal qui fait figure de société bourgeoise. » [1]

Engels affirmera plus tard des choses analogues : « Toute la doctrine darwinienne de la lutte pour la vie n’est que la transposition pure et simple de la société dans la nature vivante de la doctrine de Hobbes, la guerre de tous contre tous, et de la thèse de la concurrence, chère aux économistes, associée à l’idéologie malthusienne de la population. Après avoir réalisé ce tour de passe-passe, on transpose les mêmes théories cette fois de la nature organique dans l’histoire humaine, en prétendant que l’on a fait la preuve de leur validité en tant que lois éternelles de la société humaine. Le caractère puéril de cette façon de procéder saute aux yeux, il n’est pas besoin de perdre son temps à en parler. » [2]

Il est au contraire nécessaire de perdre du temps pour « en parler » car le tour de passe-passe » en question est au centre même des procédés que la science, à titre d’idéologie propre au capital et à l’Etat moderne, utilise pour naturaliser le social et, donc, le présenter comme indépassable. En d’autres termes, quoi qu’en disent les scientistes d’hier et d’aujourd’hui, parmi lesquels nous pouvons aussi ranger des libertaires comme Kropotkine, le succès de Darwin et de ses successeurs ne résulte pas de sa capacité à analyser de façon rigoureuse et sans préjugés l’évolution des espèces, mais de son aptitude à reprendre et à amplifier, à justifier même grâce à l’aura de la science, l’idéologie du capital moderne en gestation à l’époque victorienne.
Cette idéologie, Flora Tristan l’avait déjà stigmatisée dès la fin des années 1830 : « En songeant aux doctrines de messieurs les économistes anglais, leurs maximes me parurent écrites avec du sang ! “Si le peuple souffre, il doit considérer que la cause de ses souffrances ne peut être attribuée qu’à lui ; le remède dépend de lui et de nul autre ; la société n’y peut rien ; lorsque le salaire de l’ouvrier est insuffisant pour entretenir sa famille, c’est le signe manifeste que le pays n’a pas besoin de nouveaux citoyens, pas plus que le roi de nouveaux sujets.” Ces paroles sont de Malthus. Et il n’est pas le seul à penser ainsi. Ricardo et toute l’école des économistes anglais professent les mêmes principes. Ainsi, lord Brougham, l’un des plus forcenés de ces anthropophages modernes, a proféré à la chambre des Lords les paroles suivantes avec la froideur du mathématicien qui fait des démonstrations au tableau : “Puisqu’on ne peut réussir à porter les subsistances au niveau des besoins de la population, il faut donc s’efforcer de faire descendre la population au niveau des subsistances.” Ainsi, en Angleterre, les moralistes, les économistes, les hommes d’État, dont les paroles sont écoutées par les classes possédantes, n’indiquent d’autre moyen pour sauver le peuple de la misère que de lui prescrire le jeûne, de lui interdire le mariage et de jeter dans les égouts les enfants nouveau-nés. Selon eux, le mariage ne doit être permis qu’aux gens aisés, et il ne doit exister aucun hospice pour les enfants abandonnés. » [3]

« Pas besoin de gouvernement pour maintenir cet équilibre ; il est rétabli par la faim qui tenaille les uns, la rareté de la nourriture pour les autres. Hobbes a soutenu que des despotes est nécessaire parce que les êtres humains ressemblent à des bêtes ; Townsend, prédécesseur de Malthus et hostile à la loi sur les pauvres, insiste sur le fait qu’ils sont réellement des bêtes et que pour cette raison précisément, on n’a besoin que du minimum de gouvernement. De ce point de vue nouveau, on peut considérer la société comme consistant en deux races : les propriétaires et les travailleurs. Le nombre de ces derniers est limité par la quantité de nourriture ; et, aussi longtemps que la propriété sera sauve, la faim les poussera à travailler. Aucun magistrat n’est nécessaire, car la faim impose une meilleure discipline que le magistrat. » [4]

En réalité, ce que les apologistes de la science nomment pompeusement la « révolution darwinienne » est née en Angleterre à la même époque que « la révolution industrielle et elle en constitue l’une des principales justification : la prétendue sélection naturelle n’est que la véridique sélection sociale propre au capital moderne. Contre la hiérarchie traditionnelle défendue encore en partie par l’aristocratie et les docteurs de l’Eglise anglicane, le mécanisme de la sélection naturelle sanctionne et justifie celui de la méritocratie bourgeoise, en gestation à l’époque victorienne, qui prétend que la domination sociale et politique n’est que le produit de la compétition sans merci entre individus prétendument égaux pour s’adapter à la société ou crever. Rien d’étonnant donc que, dans les « années sans pardon » que nous subissons, le darwinisme et ses avatars aient le vent en poupe.

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Les défenseurs actuels du darwinisme tentent de gommer les côtés les plus indéfendables des thèses de leur maître à penser, à commencer par ses thèses racistes et sexistes, déjà présentes de façon équivoque dans « l’Origine des espèces », en 1951, et, plus tard, explicites dans « La descendance de l’homme », en 1871, où il développe ses conceptions de l’évolution de « l’espèce humaine » Les deux couvertures, l’originale et la récente, révèlent le travail de « toilettage » effectué par les éditeurs d’aujourd’hui. Dans la deuxième, la suite du titre « Au moyen de la sélection naturelle, sur la préservation des races favorisées dans le combat pour la vie » a disparu. Remarquable, non ?

[Notes de Julius pour la discussion à La Discordia - Sociobiologie : quand la science justifie la domination sociale, Mercredi 28 octobre 2015 à 19h.]

 

Nous ajoutons un petit extrait de texte sur Herbert Spencer, influent intellectuel de la fin du 19ème siècle et qui a popularisé le darwinisme social - il est vrai présenté comme une dérive réactionnaire, alors que c’est bien le darwinisme et les principes de base des sciences de la vie qui posent question :

Ce penseur hégémonique du début de la seconde moitié du 19ème siècle va être à l’origine du courant de pensée que l’on nomme aujourd’hui « darwinisme social ». Pour Spencer, la société est un organisme et évolue comme tel. Il établit donc une analogie entre l’organisme biologique et les sociétés humaines. Selon lui, l’humanité suit un processus de civilisation, c’est-à-dire de croissance, de différenciation, de spécialisation fonctionnelle et de complexité croissante, qui serait de manière inhérente positif. « Pour Spencer, rappelle Salvador Juan, le progrès de l’humanité s’inscrit dans le cours global de l’évolution qui concerne aussi bien la géologie que la biologie ; il le fonde donc sur la nature » (2006, page 85). Ce qui va permettre ce perfectionnement de l’humanité qui est « la lutte pour l’existence » et l’adaptation. L’adaptation, dans un sens lamarckien[1], est la règle fondamentale de survie dans un milieu concurrentiel entre individus. Ceux qui sont les moins adaptés doivent donc être exclus au nom du processus de civilisation qui conduit l’humanité de la barbarie (à l’origine) vers le raffinement des sociétés occidentales. C’est donc une vision téléologique de l’histoire. C’est au nom de ce principe que Spencer va s’opposer aux mesures sociales de solidarité et d’assistance – ce que de nombreux libéraux réitèreront par la suite, comme Pareto par exemple. Il s’inspirera de la théorie darwinienne s’appliquant aux organismes vivants pour développer son principe de la « survie du plus apte », qui structure selon lui les sociétés humaines.

Spencer va faire des notions de civilisation et d’adaptation des synonymes, et donner un caractère moral au fait de jouer le jeu de la « lutte pour l’existence » pour le profit de l’humanité dans son ensemble :

« La pauvreté des incapables, la détresse qui frappe les imprudents, la famine des oisifs, et cette élimination des faibles par les forts, qui laissent tant d’individus dans la détresse et la misère, sont les décrets d’une providence prévoyante et bienveillante. Il peut sembler dur que les veuves et les orphelins soient réduits à lutter pour la vie et la mort. Cependant, lorsque nous les considérons, non séparément, mais en rapport avec les intérêts de l’humanité universelle, l’on se rend compte que cette fatalité sévère est dispensatrice des bienfaits les plus élevés – ces mêmes bienfaits qui mènent rapidement à leur tombe les enfants de parents malades, et choisissent les faibles d’esprit, les intempérants et les affaiblis comme victimes d’une épidémie (Spencer dans Statique sociale)[2]. »

Dès lors, l’altruisme et la solidarité sont des obstacles à l’évolution providentielle de l’humanité. La vie collective repose sur la compétition et la lutte qui doivent mener à la survivance des plus aptes, ce qui doit conduire au progrès de la civilisation. Les rapports à l’autre sont seulement conflictuels, et la confiance est à ce moment là dévalorisée.

[1] L’adaptation, selon Lamarck, est une adaptation par l’action du milieu qui donne une acquisition ou une perte d’habitudes transmis de génération en génération (hérédité). La nature a un pouvoir créateur et conduit à la perfectibilité de l’espèce. L’évolution est orientée par la Providence.

[2] H.Spencer, Statique sociale, 1851, cité dans « Le darwinisme social », D.Becquemont, Le XIXème siècle. Science, politique et tradition, I.Poutrin (directrice), Berger-Levrault, 1995, page 97.

A voir aussi les ouvrages d’André Pichot (La société pure, de Darwin à Hitler et Aux origines des théories raciales, de la Bible à Darwin), qui critique le darwinisme dans la génétique et la biologie moléculaire aujourd’hui.

La cocarde nouvelle association souverainiste nationaliste en milieu étudiant.

 Posted by on 12 octobre 2015 at 23 h 48 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Education / Facs  Commentaires fermés sur La cocarde nouvelle association souverainiste nationaliste en milieu étudiant.
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A la suite un article de La Horde sur le nouveau syndicat étudiant souverainiste qui prend la suite de l’UNI. Sur Caen, la Cocarde semble s’orienter plutôt du côté du souverainisme réac de Dupont-Aignan, mais ailleurs ce syndicalisme souverainiste tente à la suite de son prédécesseur un rapprochement avec les milieux nationalistes, notamment le Front National. Un cour article de Ouest-France annonce la création de ce syndicat qui ressemble dans l’article à une vulgaire corpo étudiante. Pourtant le discours ouvertement xénophobe, et pro-russe de la Cocarde ne laisse que peu de place au doute sur ses ambitions réelles.

Un-e de Sous la cendre.

La Cocarde étudiante : tous ensemble, tous ensemble…

Fin août, le Front national se lançait à l’assaut de Sciences Po avec son collectif Marianne, une initiative mené par Aymeric Merlaud, un protégé de Sébastien Chenu (ex-secrétaire national de l’UMP passé au Rassemblement Bleu Marine), qui déclarait au Figaro : « nous avons réussi à réunir des anciens du Mouvement des Jeunes socialistes, des Républicains, et même du Front de Gauche [et sommes ] en discussion avec des souverainistes de Debout la France et du Mouvement Républicain et Citoyen.» À la rentrée, c’est un ancien responsable Jeunes Droite Populaire, Maxime Duvauchelle, qui a invité ses petits copains du FN et de Debout la France pour lancer un nouveau syndicat étudiant nationaliste : la Cocarde étudiante. Tandis que les dirigeants actuels de ces différentes formations continuent à entretenir l’illusion de leur différence pour justifier leur concurrence électorale, ceux de demain sont déjà main dans la main pour nous préparer le nationalisme unifié à venir, avec le « souverainisme » en guise de cache-sexe.

Cocarde—invit

Le 4 septembre dernier, des anciens de l’UNI annoncent donc officiellement le lancement d’un nouveau syndicat étudiant, la Cocarde Etudiante (en réalité créé en mai dernier), qui se définit comme « souverainistes et profondément gaullistes » et se veut indépendant, à la différence de l’UNI financé par les Républicains, et l’UNEF inféodé au PS (la Cocarde se prétend pudiquement financée par « la société civile »). La Cocarde revendique une quinzaine de sections en France, à Paris sur Assas et la Sorbonne, à la Catho de Lille, à Pau etc. Son président, Maxime Duvauchelle, étudiant à Assas, est un ancien de l’UNI et un ex-responsable des jeunes de la Droite Populaire, une tendance créée au sein de l’UMP par d’anciens militants du MIL ou du GUD dans leur jeunesse, et chargée de défendre une ligne dure au sein du parti de Nicolas Sarkozy. On avait pu également voirDuvauchelle lors du « fameux » réveillon parisien de décembre 2014 qui avait rassemblé des jeunes de l’UMP et du FN, et où Philippot était venu passé une tête le temps de quelques selfies.

C’est donc sans surprise qu’on retrouve au sein de la Cocarde étudiante non seulement des déçus de l’UNI ou des militants des Républicains, mais également un certain nombre de militants du Front national, plutôt tendance Philippot, dont le « gaullisme » s’est manifesté lorsque pour la première fois, à son initiative, le Front national a officiellement rendu hommage au Général de Gaulle en allant fleurir sa tombe en novembre 2014 à Colombey-les-Deux-Églises, faisant grincer les dents des « historiques du FN », qui, entre autres, ne pardonnent pas au Général l’abandon de l’Algérie.

La Cocarde ne cache d’ailleurs pas son œcuménisme, puisqu’il reconnait être composé pour un quart de Républicains, un quart de frontistes, et un quart de militants de Debout le France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan : ce qui est assez cocasse quand on sait que ces trois formations refusent officiellement tout accord électoral, et se bouffent régulièrement la laine sur le dos. Alexandre Loubet, le patron des jeune de DLF, déclare à propos de ce rapprochement avec le FN : « Cela ne nous pose pas de problème qu’il y ait des adhérents du FN, mais l’organisation doit rester indépendante et nous prendrions nos distances si elle s’en rapprochait trop ».

Du côté du parti de Marine Le Pen, on est moins prudent, même si la concurrence avec le collectif Marianne pourrait poser problème. Ainsi, pas question de laisser Sciences Po Paris à la Cocarde, où le FN s’affiche ès qualités. Mais pour le reste, les fidèles de Philippot ont massivement rejoint la Cocarde, et on retrouve sans surprise quelques têtes connues, comme Kelly Betesh[1], responsable de La Cocarde étudiante à Paris-Descartes, ou Gilles Parmentier, conseiller municipal FN à Villiers-sur-Marne (94) pour l’université Paris 8 Vincennes, et surtout de jeunes militants qui trouvent là une façon d’avoir leurs premières responsabilités politiques.

Gaëtan Dussausaye, le patron du Front National de la Jeunesse (FNJ), était d’ailleurs présent lors de la soirée de la Cocarde le 2 octobre dernier à la Croisette parisienne, où il y avait à boire et à manger, à tous les sens du terme. Ainsi, pour l’anecdote, sur l’une des photos de la soirée publiée sur Facebook, on peut voir Dussausaye en bonne compagnie, avec à sa gauche Pierre Charron (ne pas confondre avec le moraliste du XVIe siècle !), un responsable des traditionalistes Scouts d’Europe, et à sa droite Ruben Saura, qui a mis en émoi le petit monde nationaliste cet été. En effet, Saura est accusé par certains, dont le blogueur ultranationaliste breton Boris Le Lay, d’être l’agresseur en juillet dernier de Jérôme Bourbon, le directeur du très antisémite hebdomadaire Rivarol[2]. Décidément, ces petits jeunes n’ont pas le respect de leurs anciens !

Pour ce qui est du programme de la Cocarde étudiante, sur le papier, on ne voit pas trop la différence avec celui de l’UNI, et les revendications sont assez banalement réactionnaires et élitistes : rejet de « l’égalitarisme », sélection à l’entrée à l’université, plus d’autonomie pour les universités… même si la Cocarde refuse l’étiquette ultralibérale (pour faire plaisir au FN, sûrement). Mais en réalité, au-delà du « gaullisme » affiché et des revendications proprement estudiantines, c’est bien en créant de véritables passerelles avec le milieu nationaliste que la Cocarde se distingue des autres syndicats de droite. Dans cette perspective, quoi de plus consensuel que de dénoncer « l’invasion » des migrants et l’islamisme rampant ? C’est donc sur ces thématiques que la Cocarde étudiante entend s’adresser aux étudiants « bien de chez nous »… Autre initiative, Maxime Duvauchelle, le 23 septembre sur la webTV d’extrême droite TV Libertés, annonce une conférence organisée pour la mi-octobre de SOS Chrétiens d’Orient : loin de mener de simples opérations humanitaires, cette association, épinglée par le site antifasciste REFLEXes, est en réalité en croisade contre « l’islamisation » du monde, et accueille en son sein de nombreux militants d’extrême droite, en particulier des Identitaires.

Pas de doute, la Cocarde étudiante est un signe de plus que l’avenir de la droite est bien à l’extrême droite, et que la frontière entre les différentes formations qui la composent est de plus en plus artificielle. À qui profitera cette situation ? L’élection de 2017 pourrait malheureusement répondre à cette question… Et nous verrons alors probablement tous ces jeunes ambitieux venir à la gamelle frontiste.

La Horde

  1. Proche de Florian Philippot, c’est elle qui avait publié les photos du fameux réveillon. Le FN aime la mettre en avant dans les manifestations et même sur des affiches officielles. Elle est également la petite amie de Jordan Bordella, responsable du FN sur la Seine Saint-Denis. plus d’infos sur la demoiselle ici.
  2. Une vidéo postée sur Youtube et intitulée « Le directeur du journal Rivarol se fait agresser par un antifa » (sic) montre en effet Jérôme Bourbon en train de se prendre une petite claque avant de s’enfuir en courant. Pourquoi Le Lay a-t-il ensuite sorti le nom de Ruben Saura, avec au passage une photo et l’adresse de son lieu de travail ? L’obsession antijuive du personnage ne peut pas tout expliquer ; en revanche, le fait qu’au même moment il est en contact avec Bourbon pour une interview (qui sera publié dans Rivarol une semaine après l’agression) rend sa dénonciation plus crédible. Après, dénoncer un Juif, c’est une vieille habitude dans ce milieu…

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La Cocarde, une nouvelle association étudiante à Caen

Steven Mafiodo, représentant de la Cocarde étudiante, à l'université de Caen.
Steven Mafiodo, représentant de la Cocarde étudiante, à l’université de Caen. |

Elle se présente comme une association étudiante souverainiste et gaulliste. Créée à l’université Panthéon Assas de Paris, la Cocarde étudiante a désormais un représentant à Caen, Steven Mafiodo, 22 ans, étudiant en master 1 de droit.

Délégué de circonscription au sein de Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, Steven Mafiodo se dit « lassé des enjeux partisans de l’Unef et de l’Uni » et souhaite mettre « le service proximité » au coeur de son action : « La Cocarde vise, par exemple, à centraliser et diffuser les petites annonces étudiantes, souvent pas assez visibles ou éparpillées dans l’université. Elle compte également établir une grille de tarifs en temps réel pour tout ce qui concerne la vie étudiante (restaurant universitaire, inscriptions au Suaps, échelons des bourses…) ou, bien sûr, informer au mieux les étudiants en termes de démarches à l’université. »

Source : Ouest-France.

Tiens, ça glisse…

 Posted by on 8 octobre 2015 at 15 h 19 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Tiens, ça glisse…
Oct 082015
 
voie et canap'

Tiens, ça glisse…

ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)

par les Hiboux nyctalopes et le GLOCK (Grondement Libératoire de l’Offensive Communiste Kritik)

« La race c’est pas classe, c’est la classe qui est classe ». Karl Marx, mot d’enfants dans un de ses cahiers d’écolier, Archives inédites

« La race c’est vincho, la lutte des classes c’est michto ». Adage gitan

« Tous ceux qui nous rebattent les oreilles avec la race sont des salopards qu’il faut déglinguer, par tous les moyens nécessaires ». Harangue d’un militant des Black Panthers en 1969, avant qu’il ne rentre à l’université

« C’est pas parce qu’on a mis le pied dedans qu’on doit y mettre les mains ». Hubert Félix Thiéfaine

« A force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver ». Irwin Molyneux / Félix Chapel, Drôle de drame

 

 

Remarque préalable de vocabulaire : on appellera dans ce texte « racialisation » toute analyse contribuant à développer et à diffuser une théorie de la race. C’est le seul terme qu’on a choisi de conserver pour nommer ceux-là même qui, de « racisé » à « indigénisation » en passant par « blanchité », veulent en imposer toute une palanquée. Si un nouveau mot a paru nécessaire, c’est parce que l’existence publique d’une théorie de la race est elle-même, et sous cette forme, relativement nouvelle. Le racialisateur partage le monde en différentes races et nous assigne à tous une place dans ce partage. Parfois le partage est grossier : on est « blancs » ou « non blancs », parfois il est plus détaillé mais perd alors en cohérence. Si on ne trouve pas le moyen de refuser d’obéir à ces assignations qui se font passer pour des constats, on risque fort de se condamner à devenir ce dont ils nous prédiquent. Aujourd’hui, et sous nos latitudes, contrairement à ce qu’a pu être l’Amérique ségrégationniste par exemple, dont on importe les théories, le modèle et le vocabulaire, ce n’est pas l’État qui racialise. La diffusion actuelle de la théorie de la race est l’œuvre d’un courant situé à gauche, voire à l’extrême gauche, qui, tout en cultivant ses polémiques et contradictions internes, travaille à constituer ce qu’on peut appeler une « aire racialisatrice ». C’est pour contribuer à contrer ce mouvement que ce texte a été écrit.

Depuis quelques temps, il est de bon ton, il tendrait presque à devenir normal, dans différents milieux, plus précisément dans une couche de la gauche et jusque dans ses extrêmes, d’employer à tour de bras le terme « race » et ses dérivés aussi récents qu’approximatifs : « racisé, racialisés, racisations, racialisations ». Lors d’un meeting récent, on a pu entendre une intervenante de la tribune affirmer qu’elle pouvait désigner du doigt les « blancs » dans l’assemblée, « blancs » dotés de « privilèges », les opposer aux « non blancs », et, pour défendre la validité de la notion « d’intersectionnalité », défendre « l’obligation » de prendre en compte « la race » à laquelle « elle appartient », face à un public quelques fois critique, mais plus généralement atone, voire enthousiaste — « c’est vraiment chouette, ce qui se passe pour l’instant » entend-on commenter une « féministe matérialiste ». On peut donc affirmer, entre autres choses, qu’il y a des « blancs » et des « non blancs », que c’est ainsi que se partage le monde, et c’est chouette.

Ce changement est en premier lieu lexical puisque, la réalité du racisme et du sort particulier que le capitalisme, l’Etat ou ses agents, réservent aux migrants, aux sans papiers, aux travailleurs immigrés et à leurs descendants n’ayant pas notablement changé depuis l’année dernière, c’est bien au niveau des mots, qui sont importants[1] comme tous les racialisateurs le savent, que le changement s’est opéré. Le Parti des Indigènes de la République en est la principale cheville ouvrière. Son porte parole, Houria Bouteldja, d’ailleurs, le formule clairement dans son entretien avec la revue Vacarme[2] : « notre visée est de recomposer le champ politique à partir de la question raciale ». C’est effectivement ce à quoi les colporteurs du PIR s’appliquent, pour quelques uns depuis une dizaine d’années.

Entendons bien l’enjeu : il ne s’agit pas de proposer des analyses consensuelles. Ainsi, les déclarations agressives, clairement racistes, homophobes et antisémites, les invectives contre le métissage ou les dits « mariages mixtes » qu’ils profèrent ici ou là ne sont assurément pas là pour mettre d’accord. Recomposer le champ politique, c’est bien autre chose, et c’est aussi à coup de polémique que ça se passe : antisémite ou pas, homophobe ou pas, machiste ou pas, c’est bien de race qu’il s’agit de traiter. Ces appels à la haine et à l’inversion en miroir des valeurs et des présupposés racistes de ce qu’ils construisent comme « le monde blanc » ont longtemps sonné creux, sans doute aussi parce qu’ils étaient essentiellement portés par des universitaires ayant peu d’écho dans les luttes. Tout d’un coup, depuis une petite année, non seulement l’audience du PIR grossit (800 spectateurs, d’après les organisateurs pour fêter ses dix ans, certes sans doute réunis surtout pour voir Angela Davis) mais le prêt-à-penser qu’il refourgue est repris et approprié, avec son vocabulaire ignoble de la race décomplexée, par un champ large allant de la gauche la plus institutionnelle à des milieux militants plus radicaux. Et quand on ne reprend pas ces termes, du moins on n’y réagit plus et on ne s’y s’oppose pas. Cet état de fait ne vient pas d’un changement de composition de ceux qui sont à l’initiative de ces discours, ni à leur implantation dans des luttes ou auprès de quelconques larges masses. Il est, en revanche, certainement lié à la disparition de toute revendication d’autonomie politique et pratique et au manque actuel de propositions subversives. Là où le terrain s’est considérablement appauvri, il ne faut pas s’étonner qu’on ne puisse pas cueillir les meilleurs fruits. On peut aussi constater qu’une f(r)ange militante de gauche au sens très large s’en fait le relai. Face à cette situation, le fatalisme lui-même est intolérable.

Le dossier consacré par la revue Vacarme au thème de la « race », ainsi que ses suites, est révélateur de ce processus. Il aurait fait polémique à l’interne, il fallait bien pourtant parler de cette « sale race », comme ils affectent de dire. Cette nécessité tient sans doute à l’effet de mode, qui sur cette question et dans un contexte de crise et d’appauvrissement généralisé ne laisse pas de susciter la perplexité. Et, pour en parler, il fallait bien aller voir le PIR. Jusqu’ici universitaires, journalistes et travailleurs de la culture de Vacarme et du PIR, qui devaient bien se croiser dans les mêmes cercles institutionnels ou éditoriaux, n’avaient pas, semble-t-il, éprouvé le besoin de se rencontrer[3]. Aujourd’hui, c’est donc une nécessité. Ainsi, on pourra lire un dossier objectif dans lequel un entretien laissera percevoir l’ignominie de certains propos du PIR. On le critiquera ensuite de deux points de vue. De celui de l’universalité d’abord, ça, à Vacarme, on sait faire normalement, puisqu’« on est la gauche »[4]. Dans le numéro suivant, on invitera des « militants de terrains » (en l’occurrence des universitaires aussi, hors de l’université point de salut !), à le critiquer d’un point de vue qui se dit « matérialiste ». Ça, à Vacarme, on ne sait plus faire depuis longtemps, depuis « qu’on est la gauche » peut-être justement, c’est pour ça qu’on doit inviter d’autres contributeurs, qui — médaille du jour — sont « racisées » ou au moins racisables ou en tout cas se déclarent candidates à l’opération.

Ce qui nous intéresse ici, et nous pose sérieusement problème, c’est que, non seulement, quelles que soient les gesticulations et dénégations de détail, la démarche de Vacarme en publiant ce dossier correspond tout à fait aux objectifs clairement énoncés par Bouteldja (polariser le champ politique à partir de la question raciale), mais, plus grave, l’article qui y fait suite, sensé être le plus radicalement critique, Pour une approche matérialiste de la question raciale, tout en pointant les dérives et exagérations incontournables du PIR (antisémitisme, sexisme, homophobie), avère tranquillement l’idée qu’il faut penser avec la race et, parce qu’on est encore sans doute un certain nombre à savoir que la race, ça n’existe pas, ses dérivés « racisés », « racisation », etc… ainsi que la notion d’« indigènes » auxquels on peut ajouter le cache sexe « sociaux » pour faire bonne mesure en terme de sociologie marxisante. Penser avec la race devient un impératif incontournable : tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire.

Ce texte, qui devrait plutôt s’intituler, comme on le verra, « pour une approche racialiste du matérialisme », contribue donc à construire ce qu’on pourrait appeler le champ de la racialisation, consacrant par là-même la réussite des premiers objets affichés de sa critique. Sur ce champ, deux positions se retrouvent à s’affronter : la race seule contre la race « articulée », en l’occurrence à la classe, et au genre, indispensable partenaire actuel de toute moralisation. Pour tous ceux qui entendent bien refuser de se laisser imposer le constat terrible que « tout nous ramène à la question raciale », et parce que justement le texte qui assène ce constat se présente comme « une réponse matérialiste au PIR », il est de première urgence de le lire avec attention et de le critiquer sans appel. C’est ce qu’on se propose de faire ici, sans prétendre avoir été exhaustif.

Où l’on commence à accepter les termes du débat

Parce qu’un texte prend aussi sens dans le contexte discursif dans lequel il s’inscrit, examinons rapidement le dossier auquel il répond. La manière dont il est introduit ne laisse pas de doute : il ne s’agit pas de trancher (on « est la gauche » mais on est aussi « des militants de l’incertitude »[5], à Vacarme…). « La race n’existe pas mais elle tue », pourquoi pas. L’avantage du paradoxe et de l’aphorisme, c’est que ça dit beaucoup à la fois. Mais quand on fait des phrases claires à propos du PIR, ça donne : « il nous semble dans ce contexte d’autant plus important d’être capable de nous parler, ne serait-ce que pour que chacun sache à qui il parle, et mesurer les profonds désaccords qui nous séparent, certains irréconciliables, d’autres non. » L’important est donc de maintenir le dialogue et de faire la part des choses, on ébarbera ce qui dépasse — les provocations outrancières de Bouteldja sur le métissage, l’homosexualité et les rapports homme-femme sont effectivement insoutenables —, mais on ne s’attaquera pas à l’essentiel et on contribuera à valider ce qu’on peut appeler aujourd’hui une théorie de la race qui est bien, au contraire, ce qui devrait, à minima, faire « froid dans le dos » à tous ceux qui applaudissent des deux mains.

Faisons une petite pause et rendons nous compte de ce qui se passe : il faut donc aujourd’hui penser à plusieurs intellectuels de haut niveau, convoquer des « militants de terrain » et produire un dossier de plusieurs dizaines de pages pour finir par avancer courageusement qu’être ouvertement antisémite, machiste et homophobe pose problème. On peut à juste titre se demander où en sont la gauche et ses radicaux (et par quoi est traversée l’université).

Au contraire, nous pensons que face à cette tentative d’OPA discursive portée au départ par une f.r.ange restreinte d’universitaires hors-sol, qui tentent d’imposer le retour à des catégories dont chacun sait (que ce soit à travers le savoir de l’histoire ou l’expérience des luttes, — à ce niveau-là, regarder la télé de temps en temps suffit même sans doute d’ailleurs) qu’elles sont intrinsèquement et irrémédiablement ségrégationnistes, qu’au lieu de construire du commun, elles séparent et ne portent qu’assignation, perspectives communautaristes, ressentiment, culpabilisation et haine de soi et des autres, c’est un front du refus qu’il faudrait construire.

On pourrait répondre à juste titre qu’un contexte de conflictualité sociale plus intense balaierait ces sales manières de voir le monde, rendues alors finalement à leur vanité. C’est vrai, mais on sait tous que ce n’est pas actuellement le cas. Il va donc bien falloir, sauf à se laisser engloutir sous les immondices de la théorie de la race, s’opposer activement à la propagation de la grille d’analyse racialisatrice.

Voilà bien ce qui est pour nous, militants auxquels, en l’occurrence, les luttes aux côtés des sans papiers et des immigrés, travailleurs ou pas, ont appris que nous ne sommes ni blancs ni non-blancs, « une question d’auto-défense » politique. Pour cela on se propose ici à la fois d’observer les formes que prend cette propagation de la théorie de la race puis les enjeux de son refus, surtout quand elle s’affuble d’un voile matérialiste.

Contre la racialisation du matérialisme

Le texte, dont le titre complet est Pour une approche matérialiste de la question raciale, une réponse aux Indigènes de la République, s’inscrit dans un processus de rejet du moins assumable et de normalisation de ce qui est pourtant au centre de la théorie du PIR. Il s’agit de faire du matérialisme un outil sociologique, un « garde fou » verbal, une toile de fond sur laquelle le projet est d’inscrire la race. Le sous titre est d’ailleurs éclairant : « répondre aux Indigènes », c’est accepter l’interlocution, c’est valider la nécessité d’un débat et le terrain sur lequel il se mène[6].

Venons-en au texte lui même. Même si elles peuvent sans doute tomber sous le coup de diverses critiques, les deuxièmes et troisièmes parties font preuve d’une certaine clarté et d’une relative fermeté face à l’antisémitisme, à l’homophobie et au sexisme du PIR. Tant mieux, c’est d’ailleurs ce qui fait le succès de ce texte chez ceux qui cherchent à s’opposer à la crête de la vague racialisatrice.

Le problème reste que le ver de la race est déjà ici dans le fruit, tout « matérialiste » qu’il prétende être. Et c’est dans la première partie que la magie s’opère, première partie qui ne reste peut-être pas en mémoire du lecteur rapide qui cherche surtout des arguments contre le PIR et croit à ce pour quoi ce texte se fait passer : une réponse matérialiste sans concession aux thèses du PIR. La réponse du PIR d’ailleurs contribue à l’instituer à cette place[7]. Pourtant, qu’ils soient pour une suprématie absolue ou relative de la race, la querelle entre racialisateurs « matérialistes » ou non institue en tous cas le champ de la racialisation. C’est donc à la critique de cette première partie du texte qu’on va principalement s’atteler, en ce qu’elle valide le recours nécessaire à la théorie de la race, qu’il faudrait cependant nettoyer de ses aspects les plus gênants. Examinons donc cette proposition d’une « race à visage humain », cette « race matérialistement correcte », pourrait-on dire.

Puisque c’est d’abord de mots qu’il s’agit, faisons un petit tour de vocabulaire. On observe dans le texte, clairement utilisé de manière positive, le champ lexical de la race. Voilà qui donne le ton. On peut y lire : « les questions raciales », « la question raciale » (à laquelle « tout nous ramène »), « les racismes » (on verra plus bas comment cet étrange pluriel est une manière de valider la race comme notion opérante), « les racisés » (bien sûr, dont on reparlera), « le racisé », « les prolétaires racisés », « les hommes racisés », « la question raciale », qualifiée cette fois de « plus centrale », « la question de la race est centrale », la savoureuse « prime raciale à l’exploitation », puis, au cœur de cette partie du texte, ça y est, après la « racialisation » ou la « racisation », la « race » existe et elle est centrale : « envisager la race comme une construction sociale… » (on verra le caractère pernicieux de cette histoire de « construction sociale » appliquée à la dite race, contentons nous pour l’instant d’observer que la race est bien là, à côté du genre et de la classe), « articuler race et genre, race et classe » et le plus beau, pour conclure, « la lutte de race » qu’il faut « articuler » bien sûr avec « la lutte de classe » (on n’a pas mis de pluriel à « classe », sans doute parce que la symétrie qui deviendrait nécessaire avec « lutte des races » aurait rendu le caractère monstrueux de la proposition trop apparent).

En plus du tapis rouge déroulé au vocabulaire de la race, le texte utilise sans pincettes les expressions nauséabondes que le PIR essaie d’imposer sans succès depuis une dizaine d’années (sans succès, c’est-à-dire en l’occurrence dont personne n’avait besoin : l’employer est donc un choix) : « les indigènes », puis « les indigènes sociaux » d’abord avec des guillemets et précédé de « les fameux », donc cités du langage du PIR, puis utilisé normalement « une indigène sociale » à la fin du texte, sans guillemets, ni « fameux », le surprenant « indigène mâle » (qui fait couple sans doute avec l’« indigène sociale »), « la gauche blanche », « les féministes blanches », « le féminisme blanc », « face au racisme des Blancs » (on savoure la subtilité toute matérialiste de la majuscule), « les privilèges » des « blancs », « les Blanches du 93 » (sans doute un groupe d’auto-défense de classes moyennes sur le modèle des Blacks Panthers, dont l’existence nous aurait échappé). Pire encore peut-être, le texte reprend, l’expression « mariages mixtes » pour reconnaître que ce sont toujours des mariages « entre dominants et dominés ». On espère que ceux qui sont catégorisés ainsi ne seront pas les seuls à se scandaliser d’un tel regard et que ce terrorisme discursif contre le métissage sera pris pour ce qu’il est.

Alors, bien sûr, tout ça doit « s’articuler ». Mais il n’en reste pas moins que ce texte affirme, et avère, que « tout nous ramène à la question raciale ». Or, il se trouve justement que la race s’est toujours donnée sous la figure d’un constat indépassable, du moins depuis qu’elle existe comme système théorique constitué, c’est-à-dire depuis le XIXème siècle (ses premiers balbutiements sont venus plus tôt par exemple au service de la justification de l’esclavage, sans avoir pour autant les mêmes aspirations totalisantes). Sauf perversité particulière, c’est toujours à contre cœur qu’on adopte un système de pensée raciste, c’est toujours parce que le monde est ainsi fait. A l’époque du positivisme triomphant, la nécessité de penser avec la race s’établissait par le biais de la science : les races, on était bien obligé de les constater scientifiquement en mesurant les squelettes, la position des arcades sourcilières pour organiser une typologie des faciès, et la taille des cerveaux. Pas besoin d’avoir beaucoup de mémoire pour savoir que depuis, et pour de fort bonnes raisons, universalistes ou pas d’ailleurs, quasiment tout le monde en est revenu. Aujourd’hui, dans ce texte, c’est à nouveau une nécessité, liée désormais aux processus économiques, politiques et sociaux (sociaux surtout, les sociologues ne font-ils pas les meilleurs « activistes » ?) qu’on veut nous vendre. Or, si penser avec la race est justement un choix qui s’est toujours présenté sous le visage d’une nécessité, c’est peut-être parce qu’il est, en tant que tel, indéfendable.

Ceci dit, qu’il soit bien entendu qu’il ne s’agit pas d’une querelle terminologique. Penser avec la race, employer les termes qui en découlent, est une proposition de vision du monde. La question, ou la solution, n’est d’ailleurs pas de ne plus employer certains termes, ou pire de les rendre tabous, mais bien de comprendre de quoi ce vocabulaire récent est le symptôme et ce qu’il contient comme proposition politique. A l’opposé de la démarche de Vacarme, c’est cette vision du monde, cette proposition politique, qu’il s’agit ici de contribuer à mettre en échec.

Penser avec la race ?

Alors, penser avec la race, quand on se dit « matérialiste », qu’est-ce que ça peut bien donner ? D’abord un appauvrissement terrible de la lecture des événements politiques (d’ailleurs systématiquement considérés comme des « phénomènes sociaux »[8], ce qui est déjà un choix particulièrement anti-subversif). Dès le début du texte, deux exemples sont donnés pour justifier (et défendre) la centralité de la race : les morts des migrants en Méditerranée et les émeutes de Baltimore[9]. Dans les deux cas, c’est bien en fait à une question de classe qu’on est assurément confronté. Pour ce qui est des émeutes de Baltimore, y compris en prenant en compte le contexte américain très particulier, il est évident, sans avoir besoin de rentrer dans de confuses considérations sur la justice ou l’assassinat policier de rue à deux vitesses, que ceux qui ont été tués par la police étaient bien des prolétaires, et que c’est même parce qu’ils étaient des prolétaires que la police les a tués. D’ailleurs, s’il était nécessaire que cela soit pensé et formulé par d’autres, un certain nombre d’acteurs sociaux locaux et de terrain (pour reprendre le vocabulaire de sociologue en quête de mission) l’ont déjà rappelé, y compris dans des médias ayant une grande audience[10]. Un racialisateur « matérialiste » averti pourrait d’ailleurs s’étonner que ce ne soient pas des traders (pour rester dans des catégories intéressantes), fussent-ils of color, qui soient morts. Or, alors que c’est bien une question de classe qui se pose directement ici, le texte appuie la lecture la plus superficielle, celle qui consiste à convoquer la race. D’ailleurs, dans ce système de pensée, que raconte l’illustration montrant des « juifs » portant des kippas (signes religieux, s’il faut le rappeler) manifestant, avec sa légende[11], si ce n’est la projection d’un paradis racialiste, avec une solidarité inter-raciale affichée comme telle. Au passage, nous remarquons que, de l’émeute, on est passé à la manifestation, qui permet de faire sa place à la mise en avant des identités et donc à l’expression d’une indignation interclassiste dans un cadre pacifié. A ce niveau, n’en déplaise aux tenants de la théorie de la race, toutes obédiences confondues, projeter des lectures raciales ne contamine pas encore efficacement la réalité, et, partant, des modes de lecture opérant les tiennent encore intellectuellement facilement en échec.

Concernant la question migratoire, outre le fait que l’aborder uniquement sous l’angle des « morts en Méditerranée », c’est se borner à adopter précisément le point de vue du scandale médiatique (un mort toutes les 2 heures nous dit la presse) alors que ce qui se joue là est beaucoup plus terrible, riche et puissant que cette métonymie pauvrette et victimaire. Pour que cette question nous ramène « à la question raciale », encore faudrait-il, sinon c’est un peu court, déterminer de quelle race pourrait bien être les migrants (peut être que nos chercheuses, inspirée des États-Unis, ont un projet, en quête de financement, qui permettrait de généraliser massivement des tests ADN à cette fin ?). Quels rapports, quelle « articulation », si chère à nos matérialistes de papier, pourrait-on bien établir entre le fait de passer les frontières illégalement et massivement, malgré les difficultés, les coûts de tous ordres et les risques de toutes natures et la « race » ? En quoi le fait que des prolétaires extra-européens se mettent en danger pour passer des frontières qu’ils ne peuvent prétendre passer légalement, nous ramène-t-il « à la question raciale » ? Choisir cet angle pour lire les assauts, réels et symboliques, que mènent tous les jours des migrants contre les frontières est vraiment à côté de la plaque, surtout au moment où ces passages de frontières font l’objet du déploiement de l’attention médiatique, de nombreuses déclarations et d’actes de contrôle et de répression, d’actes de guerre. A côté de la plaque, mais aussi très grave. Ces événements et les acteurs qui en sont partie prenante, appellent autre chose, de la part de « communistes » que d’être renvoyés à cette assignation et à l’horizon ségrégationniste qu’il promet. Ceux qui ont réussi à passer la frontière, après les passeurs, les flics européens, les coups de matraques socialistes, méritent mieux qu’un tel coup de pelle théorique sur la tête. Pour ébaucher une autre manière d’en parler, on peut dire par exemple que le sort des migrants est bien plutôt le résultat de l’affrontement entre la force réelle de la migrance et le projet de gestion par le système capitaliste des flux de main d’œuvre incarné de manière variable par les politiques mises en place à l’échelle des états et d’ensembles plus vastes comme Schengen (et non par un quelconque « système raciste »). Si l’on passe par le cas français d’ailleurs, il est clair que la politique mise en œuvre en général, et en particulier pour gérer les migrants, n’est pas raciale. Comprendre cette politique au niveau européen par exemple passerait plutôt par le renouvellement des analyses qui ont pu être proposées il y a plus de 10 ans, qui mettaient en tension le discours sur la fermeture des frontières (accompagnée des spectaculaires et vaines constructions de murs et mises en place de barbelés) avec la réalité des pratiques étatiques et d’exploitation à l’encontre des migrants. Ce discours de « l’Europe forteresse » accompagne en fait l’exploitation d’un volant de main d’œuvre corvéable à merci nécessaire à plusieurs secteurs comme le bâtiment ou la restauration, et maintenu dans des situations fragilisées (titres de séjours d’une durée très courte, sans autorisation de travail, clandestinité ou légalisation du séjour suspendue à la durée du contrat de travail). Au-delà de ces points de vue donnés rapidement pour l’exemple et évidemment aujourd’hui sans doutes dépassés, quel peut bien être ce regard qui réduit la puissance de la migrance et les situations évidemment politiques qu’elle suscite (comme celle des migrants de la Chapelle à Paris par exemple), sous le jour de la race ? A quel genre de pratique de solidarité ce raisonnement (qui n’est de fait ici lié à aucune pratique ni à aucune solidarité) nous inviterait-il, si ce n’est à un paternalisme culpabilisé et finalement sur fondement inter-racial, donc raciste ? En effet, puisque, selon ce point de vue, les migrants sont d’une race et une grande partie des militants d’une autre, c’est ça qui fait de chacun un sujet politique, un « sujet de race » en somme et c’est sur ces identités que se fonde l’interaction.

Pour toutes ces raisons, la lecture en terme de race est tout bonnement aussi bien ahurissante qu’abjecte. Par quel tour de passe-passe nos idéologues de la race s’autorisent-t-elles à faire tomber les migrants et ces affrontements de classe dans une escarcelle aussi nauséabonde ?

Quant aux autres « menus faits quotidiens de la vie métropolitaine »[12], qui eux aussi nous ramènent « à la question raciale » (décidément, dans ce discours qui fonctionne par saturation plus que par démonstration, la réalité est en passe de se retrouver complètement racialisée), il faudra sans doute attendre la suite de la production de nos communistes tout terrains pour savoir de quoi il est question. Quel dommage, pour le lecteur avide d’explications simples, de ne pas avoir pu proposer quelques éléments, même fugitifs et éthérés ! Penserait-on ici aux expulsions de sans-papiers ? Ou, pour rester à proximité des transports, à la destruction par des pelles mécaniques d’un bidonville de Rroms sur les contreforts d’une autoroute ? Ou encore à ce qui se passe dans le métro ici où là quand un immigré est chargé de nettoyer la nuit les couloirs ? Ou même dans le bus quand un fraudeur en jogging prend une amende ? On se perd en conjectures mais, sans les lumières de nos drôles de matérialistes, on ne voit pas bien de quoi « ces menus faits » de la « métropole » sont constitués, ni en quoi ils nous ramènent, eux aussi, à la « question raciale », avec laquelle on aimerait nous rendre familiers.

Plus bas dans le texte d’ailleurs, quand les auteures se mettent à prendre le RER, on trouve un petit passage qui concerne les jeunes et la sortie de l’école. On peut y lire là aussi à quel recul théorique on peut en arriver. A cause du « racisme intégral consubstantiel à la société française », affirment nos économisées de la politique, (mais opérant seulement à partir du milieu du collège[13]), ceux qu’on ne considère que comme des « racisés » vivent une « ségrégation », que le texte dénonce, démontrée par leurs difficultés pour trouver des stages ou un « job » en sortant de 4ème. On revient à une analyse du même type que celle d’SOS Racisme dans les années 90 (d’ailleurs, juste après, on a l’immanquable « racisé » refoulé à la porte des boîtes de nuit, figure promue, via les « testing », comme préoccupation centrale de cette officine du parti socialiste) : le problème, c’est la discrimination.

La capacité à parvenir, dans le cadre de la réussite minable proposée par le capitalisme, devient un critère de constitution de cette espèce de « sujet de race ». Quand on sait que l’école a toujours été le lieu de l’adaptation de la main d’œuvre aux besoins du capital, quand on sait ce que sont les stages en question, en terme de domestication et d’accoutumance aux conditions de travail merdiques aujourd’hui proposées massivement aux jeunes issus des classes populaires, quand on se rend compte de ce que signifie « orienter » aujourd’hui, surtout en fin de 4ème d’ailleurs, mais pas seulement, il y a bien de l’analyse marxiste et politique qui se perd ici, et que cette dénonciation en terme de discrimination enterre.

La légèreté conceptuelle qui conduit, à partir de ces quelques exemples, sans aucune analyse, à imposer sous la figure de l’évidence la nécessité de la lecture raciale, est véritablement inquiétante : si « tout nous ramène à la question raciale », sans aucun raisonnement, c’est qu’il y a là un parti pris de départ, le parti pris qu’il faut adopter la race comme grille de lecture, sans pour autant en assumer les présupposés ni les implications.

A l’inverse de construire un raisonnement montrant en quoi « la race » est partout, affirmer devient prouver. On nous assène comme une évidence que « certaines luttes sont massivement racialisées », selon les chiffres de l’Institut Racialisateur du Temps Présent, sans doute. Comme dans une boucle, on arrive là d’où on est parti : l’hypothèse de départ — produite ex-nihilo — se fabrique sur elle-même magiquement. Ce matérialisme frelaté propose donc en fait une racialisation de contrebande.

A partir de là, il devient clair qu’à côté des désaccords, d’importance mais ponctuels, avec les aspects polémiques du discours du PIR, le texte exprime bien un accord fondamental autour de la nécessité de la lecture raciale. D’ailleurs, quand c’est le point de vue du PIR qui est critiqué dans son ensemble, il l’est parce qu’« il propose une lecture systématiquement culturelle voire ethnicisante des phénomènes sociaux. Cela l’amène à adopter des positions ”dangereuses”, [dangereuses pour qui, sinon qu’elles compliquent la tâche de ceux qui entendent diffuser la théorie de la race ?] sur l’antisémitisme, le genre et l’homosexualité ». En somme, pas de problème avec la lecture raciale, un refus de la lecture « culturelle et ethnicisante » et au passage le retour de la vaseuse notion de « phénomènes sociaux » pour, sans doute, parler de politique ou de conflictualité. Outre le fait qu’on ne comprend pas vraiment en quoi la lecture « culturelle et ethnicisante » mène directement à l’antisémitisme, au sexisme et à l’homophobie, y compris quand elle est systématique (bien des associations culturelles qui ne proposent que cette lecture prônent au contraire une tolérance interculturelle, y compris dans des perspectives très dépolitisées), cette phrase dédouane la lecture raciale qui est bien au contraire le ferment d’origine justement des trois « glissements » mentionnés (« le PIR a glissé », sic, mais où pouvait-on bien cheminer pour se trouver si vite, en glissant, dans des eaux si boueuses ?).

Constatons au passage d’ailleurs que l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie, c’est-à-dire le racisme amélioré du PIR, se retrouvent dans l’opération réduits au statut de « glissement », quasiment des lapsus, au sens propre, en somme, qu’il faut pointer du doigt, en proposant ce qui serait une lecture soft, refoulée, de la race, donc un racisme visiblement ni antisémite, ni sexiste, ni homophobe, un racisme civilisé.

La plupart du temps, c’est effectivement une théorie de la « race molle » qui est proposée ici. Sont critiqués « les intellectuels radicaux » (radicaux de la race donc), au nom d’une race plus policée. Articuler race et classe c’est un peu comme sortir la race de sa radicalité : voilà déjà un projet alléchant. Mais le ton se fait plus ferme par moment, et pour critiquer le PIR très étrangement… par sa droite : « On [pour le PIR] drague la gauche blanche en rejouant ses tactiques historiques de minimisation du racisme. » De la gauche du PIR à sa droite, de la radicalité racialisatrice à l’usage moralisant de la classe, on slalome allègrement sur le champ de la racialisation… c’est chouette, mais qu’est-ce que ça glisse !


A propos des émeutes de 2005. « Les jeunes émeutiers issus de l’immigration étaient en proportion exacte de leur importance dans la population des quartiers qui se sont révoltés, ni plus, ni moins », nous apprend le texte. En voilà des sauvages bien élevés qui, pour mettre les banlieues en feu et provoquer des situations insurrectionnelles, se sont répartis en proportion exacte de leur présence dans ces mêmes banlieues (entre « issus de l’immigration » et prolétaires « autochtones »), en voilà un beau cadeau pour les statisticiens (et c’est charitable de la part des émeutiers, jeunes forcément – ne serait-ce pas l’usage immodéré de théorie qui fait vieillir prématurément ? – d’avoir fait ainsi la preuve que ce qui compte par dessus tout, c’est leurs origines, ils ne pouvaient pas mieux s’y prendre, voilà qui est gentil pour nos racia-matérialistes). Plus sérieusement on peut se demander qui connaît la composition sociale précise des émeutes de 2005 (s’il s’agit de celle des interpellés, c’est déjà tout à fait autre chose…), à moins que les premiers intéressés n’aient formé un institut exhaustif d’auto-enquêtes de masses, ou qu’un ministère du soulèvement des banlieues et des anciens émeutiers ait versé une pension à tous les anciens combattants (avec fichage racial intégré). Une note nous révèle que les informations citées sont tirées d’un article du Parisien reprenant un rapport des renseignements généraux : là aussi, à défaut d’enquête, on a les sources qu’on peut et on leur fait dire ce qu’on veut. D’ailleurs, est-ce vraiment à propos de la « composition raciale des émeutiers » que les émeutes de 2005 doivent nous questionner ? Réfléchir à comment de la conflictualité, de l’affrontement, de la politique a eu lieu dans des formes dont nous méconnaissons largement les spécificités ne serait-il pas plus pertinent et fécond ? En particulier quand, comme nos valeureuses auteures, on « milite dans différents groupes » ?


Et la race devient l’alpha et l’omega de la théorie…

Ce choix, inassumé comme tel, nous amène au point le plus problématique de ce texte : au-delà de son objectif avoué (s’adresser au PIR pour suggérer d’ajouter du point de vue de classe dans sa lecture de race), c’est bien plutôt à ceux dont la lecture de classe ne serait pas encore « racialisée » que le texte entend faire la morale : « Nous pensons donc qu’on ne peut pas comprendre le contexte actuel de paupérisation généralisée et de crise en faisant l’économie de la question raciale et d’un point de vue féministe ». C’est cette articulation-là qui est imposée in fine par le texte : mâtiner le point de vue de classe avec de la race. Les auteures partagent le même objectif formulé plus clairement par les rédacteurs de la revue Période quand ils affirment : « Il faut définitivement se débarrasser des approches des classes sociales qui passent outre les considérations sur la race »[14]. Le produit conceptuel est ici plutôt vanté pour réduire la place de la race, l’articuler convenablement avec classe et genre pour obtenir une moralisation optimale, sans outrance, « normale », en somme. Peut-être devrait-on donc exiger simplement d’ailleurs l’étiquetage adéquat qui ne trompe pas le consommateur, qui préciserait le pourcentage de race présent dans la théorie, et les traces éventuelles de racisme. En cas d’allergie, on pourrait ainsi s’en abstenir.

Ceci étant dit, les expertes semblent conscientes que deux écueils les guettent dans l’opération : d’abord la déviance dans la théorie de la triple oppression, véritable hérésie pour toute orthodoxie marxiste (et une inconséquence lourde pour tout marxiste conséquent d’ailleurs) puisque le capitalisme n’est plus pensé comme un système et se trouve réduit au rang d’une oppression parmi d’autres, chacune ayant son antidote. On mettra donc sur le même plan l’anti-capitalisme, l’anti-sexisme et l’anti-racisme (ce qui ne pose pas les mêmes problèmes que la théorie de la race, puisque ça devrait même être strictement son inverse, voir encart Race, racisme, racismes), et la proximité avec l’extrême droite (tiens, décidément le terrain est glissant). Pour ce qui est du premier, la magie de l’articulation doit nous en prémunir. Articuler « race et genre, race et classe », ce serait finalement ne pas les juxtaposer, ni « subsumer » genre et classe sous la race (hérésie de la triple oppression ou « glissement » du PIR). Aucune précision de ce en quoi cette articulation peut bien consister, et au final, une juxtaposition des notions, avec de la race strictement partout, dans le genre, dans la classe. On est dans quelque chose comme le mystère de la sainte trinité.

A y lire de plus près pourtant, une espèce d’approche théorique plus spécifiée, même si elle n’est pas toujours cohérente, se précise par moments, qui place le racisme à de drôles d’endroit par rapport à l’orthodoxie revendiquée. La racialisation est présentée comme une « dynamique essentielle du capitalisme », c’est un « phénomène structurel massif », puis plus bas, « le racisme est le régime d’exploitation matériel qui a organisé le capitalisme européen ». Il faut d’ailleurs penser « un racisme systémique », une « segmentation raciale » du prolétariat et c’est ça qui permet l’articulation. D’ailleurs à la fin du texte « il n’est pas possible de penser la classe sans penser la race et vice versa ». La race devient alors l’ingrédient nécessaire et principal pour penser la classe, et partant toute possibilité de transformation sociale. Dans cette approche qui fait de la race une « naturalisation » qui « colle à la peau », tout devient une assignation, y compris la classe elle-même.


Quel est le moteur de l’histoire ? Qui va-t-elle laisser sur le côté ? Qui se prépare-t-elle à écraser ?

Examiner un tout petit peu cette proposition revient à reconnaître qu’elle fait du racisme le moteur de l’histoire. Voilà un matérialisme sacrément rénové… D’ailleurs « Seule une lecture réellement matérialiste de la question raciale, et non une lecture simplement morale, comme celle de la gauche, ou politique, comme celle du PIR, nous permet d’articuler les différentes formes de racisme entre elles », ce sont donc ces racismes (voir encart Race, racisme, racismes) qu’on articule en pensant la race de manière non morale (contrairement à la gauche) et non politique (contrairement au PIR) : cette proposition, en cela conforme à l’époque, est aussi une perspective de dépolitisation…


Race, racisme et racismes. Les races n’existant définitivement pas, il semble assez évident de définir le racisme comme le fait même de considérer qu’elles existent et de voir le monde à travers elles. Ainsi, comme on peut dire que le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie, on pourrait dire que le raciste, c’est d’abord celui qui croit à la race. Or la perversion étrange à laquelle on assiste consiste à inverser cette définition simple : la première étape de tout anti-racisme véritable serait la reconnaissance de la pertinence de la race, comme l’affirme l’article « Pour déracialiser, il faut penser avec la race (et la classe) » dans la revue en ligne Période. On marche donc sur la tête, et la racialisation — c’est ainsi qu’on propose d’appeler cette nouvelle manière de diffuser la théorie de la race au nom de l’anti-racisme — voudrait imposer son chemin. Quelle que soit la hiérarchie des races proposée (et la juxtaposition des races elle-même en est déjà une promesse), toute théorie de la race reste fondamentalement raciste. C’est un autre emploi néologique qui vient d’ailleurs brancher à l’envers l’anti-racisme sur la race : l’emploi de « les racismes ». Ce pluriel, qui essentialise la variété des incarnations que peut adopter le racisme chez les uns ou les autres, permet ensuite la déclinaison de plusieurs racismes, en général la négrophobie, la romophobie et l’islamophobie, l’antisémitisme se retrouvant volontiers oublié dans les énumérations : à chaque « race », son racisme; s’il y a plusieurs racismes, alors il y a bien des races. Si être anti-raciste c’est s’opposer « aux racismes », c’est donc aussi avérer l’existence des races, et les mettre immédiatement en concurrence.


Si on politise trop la race effectivement on tombe sur le deuxième écueil, qui n’est pas des moindre, celui de frôler l’extrême droite. De celui-ci on se prémunit par une autre magie, sans talisman cette fois. On se contentera de quelques affirmations : on propose « une critique conséquente de l’invisibilisation des questions raciales et de genre, échappant au grand jeu identitaire de l’extrême droite, ancrée dans la critique de l’économie politique ». Sans doute est-ce la critique de l’économie politique qui garantit d’échapper au « jeu identitaire de l’extrême droite ». Or nous pensons qu’aucun garde-fou verbal ne peut prétendre nettoyer la théorie de la race de sa nature profondément identitaire, naturellement morale, intrinsèquement ségrégationniste, bref fondamentalement raciste. Pas d’angélisme possible : l’horizon de toute théorie des races est leur mise en concurrence, leur guerre ; au fond qu’est-ce d’autre que cette « lutte de race » proposée à la fin du texte ?

Plus généralement, que fait le texte d’ailleurs sinon tripatouiller les « identités » et les mettre en concurrence, comme le PIR, avec cette pyramide des discriminés plusieurs fois invoquée (les noirs, puis les arabes et enfin, en haut, les blancs : « Il suffit d’observer un chantier de BTP pour constater qu’en général les gros travaux sont fait par les Noirs, les travaux plus techniques par les Arabes, et que les contremaîtres sont blancs. ») ? Quel besoin par exemple, lorsqu’on constate que des prolétaires immigrés issus de parcours migratoires différents mais se retrouvant dans un commun statut d’exploités, s’unissent pour lutter, comme le fait le texte à propos des « coiffeuses ivoiriennes » rejoignant les « sans papières chinoises », d’y injecter la « question raciale » ? Le texte invoque comme raison leur situation administrative commune, en l’occurrence l’absence de papiers. Quel rapport avec la race ? Devrait-on se féliciter de l’inter-racialité de cette lutte ?

La lecture proposée renvoie les acteurs de cet épisode, malgré le commun constitué dans la lutte, à une possible (et nécessaire) ségrégation.

Trouvez la rouge, suivez la noire : quelles règles pour le bonneteau racialiste ?

La race, d’ailleurs, à toutes les époques, est une notion aux contours finalement très vagues (puisque, comme chacun le sait, elle n’existe pas), qui sert à brouiller les catégories en les constituant. Elle devient ainsi le réceptacle des projections fantasmatiques les plus graves. L’emploi actuel du terme le confirme et ce texte le montre parfaitement, qui l’utilise pour désigner une vague origine migratoire, un type de « faciès », une nationalité (congolais, chinois), une couleur de peau, voire une religion (si c’est une « question raciale » que pose « l’islamophobie », c’est qu’être musulman, c’est finalement appartenir à une race[15]), à quoi on peut encore ajouter le jeu subtil des majuscules, dont on affuble de manière instable et avec des valeurs variées « Noir », « Arabe » et « Blanc ». Le tout s’appuie sur des enquêtes qui n’ont pas grand chose d’ouvrières, même pas vraiment sociologiques : « en général les gros travaux sont fait par des Noirs », ou d’étranges statistiques, sans doute mal comprises (voir encart A propos des émeutes de 2005). Comme au bonneteau, on fait apparaître, ou disparaître à loisir telle ou telle identité, selon les besoins projectifs. On remarque d’ailleurs que, dans la plupart des projections racialisatrices, les asiatiques, indiens, pakistanais, etc, sont absents des exemples et raisonnements (ici on a, pour se démarquer sans doute de cette tendance, les « sans papières chinoises », comme le PIR a fait dernièrement une place aux Rroms : à chacun ses cautions), sans parler du fait que les européens du sud ou de l’est sont plus logiquement classés comme « blancs » et à ce titre postulent difficilement au statut enviable de « racisés ». Si la race est un très bon support aux expérimentations identitaires, c’est bien parce qu’elle permet tous ces amalgames, et, en prétendant sans doute, comme le PIR, « retourner le stigmate », on ne fait que les approfondir. Alors que, dans ce monde, les prolétaires sont tous rendus justement étrangers à leur propre situation, dépossédés, on les englue ici dans des assignations identitaires qui « collent à la peau », on les enferme en les séparant entre « prolétariat autochtone » et « prolétaires racisés », on renforce la segmentation par de la défiance, et on condamne les uns et les autres, au mieux, à un horizon communautariste.

Quel intérêt de classe peut on trouver à se vivre comme une race ?

Car enfin, qu’est-ce que la race, sinon une construction, non pas sociale comme le prétend le texte (la race n’est ni le genre, ni la classe), mais idéologique, politique ? La race constitue, à partir de caractéristiques variables selon les cas (et sans aucune assise matérielle, faut-il encore le rappeler ?), des ensembles de traits qui, comme les constellations, ne valent que depuis le point d’où ils sont réunis. Elle catégorise les êtres humains et les hiérarchise en assignant identités et différences. Identifier des races a toujours servi à se reconnaître et à se séparer : la théorie de la race est intrinsèquement raciste et ségrégationniste. Loin d’être le moteur de l’histoire elle a toujours servi à justifier l’état de fait présent (l’esclavage par exemple) et intervient pour renforcer le pouvoir dans des moments de crises économiques ou idéologiques. Aujourd’hui, instiguer ou accompagner son ressurgissement est une lourde responsabilité.

Elle est intrinsèquement raciste et ségrégationniste y compris quand elle se prétend une « construction sociale », comme le théorise par exemple Saïd Bouamama qui introduit une possible variation par rapport aux identités préassignées en proposant de considérer qu’on peut « se blanchir » et le PIR affirme, comme pendant à cette assertion, que « des blancs [des quartiers populaires] sont partiellement indigénisés »[16]. On redécouvre la poudre, le fil à couper le beurre, le racisme et les classes sociales, et on impose ainsi sur toute réalité sociale et politique la marque de la race. La race semble alors s’émanciper des critères biologiques qui ont fait les débuts de son succès, en fait elle s’épanche, jusqu’à englober en quelque sorte une déterritorialisation de la classe qu’elle reterritorialise. Se constitue ainsi une tendance du courant racialisateur, qui mélange différemment les composants : moins de couleur, plus d’origine sociale, toujours beaucoup de communautarisme culturel et religieux. La race est bien leur propre construction idéologique, et non cette « construction sociale » qu’ils prétendent déconstruire. Et la question devient alors : quel intérêt de classe peut on trouver à se vivre comme une race ?

Une belle illustration du fait que, même à l’époque où la race s’appuie sur la biologie, elle est déjà une construction politique et sociale

Elle est intrinsèquement raciste et ségrégationniste y compris quand elle adopte un vocabulaire moins ouvertement raciste. Ainsi les néologismes à la mode subtilement dérivés de la race ne sont que des déclinaisons qui avèrent son bienfondé théorique. Il suffit pour s’en rendre compte de voir à quel point ils sont compatibles avec la notion d’origine, comme dans ce texte qui glisse de « racisés » à « race » sans aucune rupture. Le terme « racisé » d’ailleurs en est précisément un bon exemple. En adoptant le point de vue du « ressenti » (ce qui est aussi un mode de dépolitisation très conforme à l’époque, le ressenti étant au fond individuel et impartageable, à part sous la figure de la victimisation), il prétend ne pas avérer la race comme une vérité. Il signifierait donc non pas « qui appartient à une race particulière » mais « qui ressent et/ou subit du racisme » donc l’assignation à une race particulière, puisqu’on subit en fait selon cette lecture non pas « du racisme » mais « un des racismes » : le terme « racisé » est en fait immédiatement essentialisant. Ainsi, Sihem Assbague donne la définition suivante de « femmes racisées » : « ce sont les femmes victimes de racisme donc les femmes non blanches ». On voit comment le glissement est immédiat du ressenti à l’identité affirmée, ou assignée. D’ailleurs on peut sans doute voir dans le passage de « race » à « racisé », l’évocation de ce que Norman Ajari nomme le passage nécessaire de « la race en soi » à « la race pour soi, politisée et organisée »[17], soit deux déclinaisons complémentaires de la race, entre lesquelles on voudrait bien ne pas avoir à choisir. Ainsi ce n’est jamais à la place de « race », que ces termes sont utilisés, mais leurs usages lui sont toujours associés, l’un menant à l’autre comme dans ce texte. On utilise à la fois « race », « racisé », « racisation », « racialisé », et on affuble le nom des dites « races » ressenties et réalisées de majuscules. On partage le monde, en assignant positivité et négativité de manière systématique : voilà comment, en toute bonne conscience, chacun peut en venir, dans ce qu’on pourrait appeler un racisme « par en bas », à se faire sa petite taxinomie des races et à trouver, à chacun, sa case. On peut par exemple se demander tranquillement si les juifs sont à classer dans les blancs ou pas, et considérer que oui (forcément…).

Par ailleurs, quand le terme de « racisé » est employé, il est entendu que c’est un agent quelconque qui « racise », c’est un processus qui se joue contre le sujet « racisé », à son corps défendant. Or ici, on se définit ainsi de manière permanente, dans aucun cadre d’interaction : on choisit ce qu’on constitue ainsi en identité, on assume « la race pour soi » qu’on porte en sautoir, comme d’autres des médailles[18]. Fière de sa condition, la victime tient sa revanche, le ressentiment gonflé à bloc. Elle peut ainsi pérorer et faire la morale. Pire : non seulement c’est ainsi qu’elle se définit, mais surtout c’est ainsi qu’elle va définir les uns et les autres. Elle prend le pouvoir sur l’identité, et règne sur les assignations. Elle gère la frontière symbolique de ce qu’elle construit comme étant le bon ou le mauvais côté et met tout le monde en cage. Celui-ci n’est pas blanc, il est discriminé, dominé, une victime, celui là l’est, c’est un privilégié, dominant, un bourreau sans doute. Au-delà de l’affligeant exercice, plus loin qu’une passion triste, fabriquer des identités constitue un mécanisme de pouvoir énorme. Les risques pris par qui joue ainsi les apprentis-sorciers ne sont pas des moindres : qui peut être certain de pourvoir maîtriser dans la durée ce qu’il aura invoqué ? Voilà comment on se retrouve à devoir se défendre de ne pas tremper les doigts dans le même court-bouillon que l’extrême droite. Assigner les identités, bétonner des subjectivités, figer ici et là dans des portraits racialisés, donc racistes : on voudrait exacerber des formes diffuses de fascisme de basse intensité et préparer le terrain à leurs bataillons qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

On peut sans doute dire d’ailleurs que la joie avec laquelle nos racialisateurs et nos genristes se repaissent des identités fixes est l’inverse du choix de prendre le parti des devenir minoritaires. A partir des catégories qui promettent justement un tel devenir émancipateur et capable de subvertir la figure majoritaire, aux femmes et aux immigrés par exemple, on propose là une territorialisation ferme, on promeut l’exercice d’un pouvoir effectif à une petite échelle, via une opération qui transforme des potentialités de contestations en assignations victimaires. Chaque forme avec laquelle l’hybridation subversive pouvait advenir devient par là désamorcée et enfermée dans une identité assignée et close, dans un désir impuissant de devenir majoritaire. Alors pourquoi tomber dans un tel gouffre de la pensée ? Pourquoi s’encombrer d’une grille théorique aussi vaseuse que nauséabonde ?

Le recours à cette grille de lecture semble se justifier d’abord dans le texte parce qu’elle permettrait de « visibiliser » et de dénoncer le racisme de la « gauche blanche ». C’est même l’occasion d’un court panégyrique du PIR, très probablement mensonger : « Voilà pourquoi nous étions enthousiastes devant l’énorme travail qui a rendu visible ce racisme de gauche, républicain, auquel le Parti des Indigènes de la République (PIR) a participé depuis 2004 », mensonger parce que justement c’était bien plutôt la consternation qui était généralisée pour qui se retrouvait confronté aux premières propositions du Mouvement des Indigènes de la République, heureusement très confidentielles (après un appel de lancement médiatique qui, sûrement pris pour une pétition, a reçu son lots de signatures de politiciens et d’associatifs en mal d’engagement de papier). C’était le même constat du ridicule d’un discours tenu à la place des autres, victimisant, finalement raciste, avec une « inversion du stigmate » tellement mal pensée qu’elle rejouait de manière très apparente les écueils du discours dénoncé. Personne, et évidemment aucune « féministe matérialiste », à part peut-être Christine Delphy (dépositaire de la marque), ne pouvait s’enthousiasmer devant un tel salmigondis.

Ce racisme de la « gauche blanche » devient même ici l’explication voire la cause des attentats de Charlie Hebdo (qui se retrouve promu quartier général de la triple oppression) et de leurs suites, présentés comme un retour (toujours bien mérité, non ?) du refoulé que « la gauche s’est pris en plein dans la figure ». Dans un déni de l’événement commun d’ailleurs à une partie de cette gauche et de son extrême, ces attentats pourraient donc être considérés comme un acte anti-raciste (si la tuerie de Charlie Hebdo répond au racisme de la « gauche blanche », les attentats contre le super marché casher seraient-ils une réponse au « philo-sémitisme d’état » dénoncé par Houria Bouteldja ?).

Mais, la « gauche blanche », en fait, c’est de quelle couleur ?

Venons-en donc au fond. (Re)mettre en œuvre la théorie de la race (à nouveau en fait, puisque la manœuvre a déjà été poussée assez loin avant qu’on cesse de réfléchir avec cette notion moisie, voir illustrations) serait donc nécessaire pour dénoncer le racisme de la « gauche blanche » et du « féminisme blanc » (sinon, on se le prend « en pleine figure » comme au jokari, et ça fait mal). On peut même dire que, en dépit de la violence avec laquelle les uns et les autres se tirent dans les pattes, la désignation de cette cible cimente l’aire racialisatrice sur laquelle plusieurs tendances émergent, le PIR, mais pas seulement, Saïd Bouamama, fondateur et principal animateur du « Front uni des immigrations et des quartiers populaires » (d’ailleurs co-organisant et participant à des débats publics en compagnie du formidable Michel Collon, et publiant régulièrement sur son site campisto-confusionniste[19]) et son entourage, la revue de « théorie marxiste en ligne » Période, la revue Poli, et d’autres, dont apparemment les auteures de ce texte).

Quelques remarques s’imposent à ce propos. Pour commencer on ne voit pas bien à quoi vient s’opposer le « blanche » de « gauche blanche », à quoi cela sert de qualifier la gauche (mais laquelle ?) de « blanche », si ce n’est pour prouver, une fois de plus, que les termes du débat seront racialisés ou ne seront pas. Y aurait-il alors une « gauche noire » ou « jaune », nos racialisateurs seraient-ils prétendant à être la « gauche de race » ou la « gauche-quelque-chose » ?

Par ailleurs, on peut remarquer que cette focalisation sur l’attaque de la gauche ne leur est pas propre. Une série de réactionnaires, ou de proto-fascistes en font aussi leur fonds de commerce, de Soral, à Finkielkraut, en passant par Onfray, Michéa et tout un courant anti technologie, fustigent eux aussi, pour des raisons qui peuvent sembler différentes, la dite gauche, le plus souvent d’ailleurs pour le même genre de raisons, par exemple pour ce qu’elle proposerait de permissivité, d’« esprit de 68 », de pédagogie trop centrée sur l’intérêt des enfants, de multiculturalisme et de métissage, d’intérêt trop charitable pour la situation des sans papiers, etc. Cette opération se fait souvent en brouillant les pistes de l’origine idéologique des discours, ainsi Michéa prétend critiquer le « sans papiérisme » depuis un vrai point de vue de gauche (entendu comme les vraies racines du marxisme, les vraies origines, toujours le « retour aux sources »), comme Etienne Chouard, quand il affirme que les antisémites sont les vrais anti-fascistes et vice versa[20].

Bref, le sillon de la confusion se creuse, ce qui, vu la conjoncture, ne présage rien de bon. Ici, on se sert donc de la théorie de la race pour accuser la gauche de racisme.

Des lendemains qui gèrent…

Pour notre part, et sans souscrire à cette manie du « point de vue situé », on peut dire que, conceptuellement et bien souvent pratiquement, nous nous sommes opposés à la gauche réelle, telle qu’elle est, plus ou moins plurielle, gestionnaire, socialiste ou communiste, verte, rougeâtre ou rose, selon les échelles, les époques, les alliances gouvernementales, les détenteurs du pouvoir politique institutionnel. Nous ne nous sommes, par ailleurs, contrairement à la revue Vacarme par exemple, jamais vécus comme « étant la gauche », ce qui renvoie plutôt pour nous à une aspiration à participer à cette gauche gestionnaire qui, de fait, donne une grande partie des inflexions idéologiques à la gestion de l’Europe depuis plusieurs dizaines d’années maintenant, et que l’on peut même considérer comme le moteur intellectuel et le commandement pratique du Capital, que ce soit dans les instances de pouvoirs administratifs ou dans les divers lieux actuels de production. Nous n’avons jamais entretenu non plus cette illusion sur le vote qui en ferait un moyen d’expression politique pertinent et qui donnerait du crédit à la représentation électorale. Nous n’avons jamais appelé à « occuper le vote », ni trouvé ça drôle[21]. Lorsque nous nous opposons à la gauche, ce n’est pas avec cette haine soudaine des anciens amis, la haine des espoirs déçu, la haine que voue le trahi à celui qui l’a floué. Il semble bien que ce soit cette haine passionnelle que le courant racialisateur, largement composé de ces « gens de gauche », post-staliniens ou pré-socialistes, travailleurs de l’associatif, pacificateurs des quartiers ou de la culture, lui vouent, une haine projectionnelle, une haine liée au fait qu’elle représente trop mal les espoirs qu’on avait fantasmé, les désirs qu’on lui avait confié : une haine, encore une fois, sans aucune autonomie. On est bien loin de cette froide haine de classe des prolétaires du commun. Ce que nous avons à reprocher à la gauche, c’est ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, pas ce qu’elle n’a pas fait, pas ce qu’elle devrait dire. Pas ce qu’elle a promis et pas réalisé. S’il faut attaquer la gauche, ce n’est pas qu’elle serait « blanche » ou « raciste », c’est parce que ça fait longtemps qu’elle ne construit rien d’autre que des lendemains qu’elle gère, tout en assurant, au jour le jour, le gouvernement de nos existences.

Sur les pieds des stals

On prétend aussi, de manière complémentaire à l’attaque de la « gauche blanche », prendre comme cible le « mouvement ouvrier blanc », qui aurait « invisibilisé », deux questions : les questions de genre et de race. On peut répondre d’abord, au delà du refus de la généralisation de l’usage de cet épithète, que ce qu’on peut appeler le « mouvement ouvrier », s’il a pu être selon les lieux, les époques et les luttes, syndical, co-gestionnaire ou gestionnaire, travailliste, réformiste, contre-subversif, anti-révolutionnaire, etc, n’a jamais été « blanc ». Ce que nos racialisateurs de gauche critiquent dans le « mouvement ouvrier blanc », ce n’est qu’un regard déjà périmé depuis longtemps sur le mouvement de la lutte des classes, un mauvais zoom qui ne sélectionne que ce qu’il est capable de voir, c’est-à-dire l’orthodoxie la plus éloignée de ce qui fait justement l’intérêt du « mouvement ouvrier » en question. Ce que cette focale bidon empêche de discerner, c’est justement le fait que la figure majoritaire de l’ouvrier masculin, d’origine nationale, fier de son travail (figure co-produite par le patronat, le PCF et la CGT) a été déjà largement contestée, dépassée, débordée par ses marges (pas au sens numérique) : les immigrés, les femmes et les jeunes et autres figures marginales l’ont renversée. C’est dans les années 70 que, de son piédestal, elle est tombée sur les pieds des stals, avec les fortunes et les infortunes que qui s’intéresse à cet aspect de l’histoire des luttes peut utilement chercher à comprendre. Prétendre imposer aujourd’hui, à coup de race, la place des « racisés » dans le « mouvement ouvrier blanc », c’est refuser cet héritage. En niant que la bataille a déjà été menée et gagnée, on ignore la critique mise en œuvre par « les premiers intéressés » — auxquels on ne s’intéresse que quand on y a intérêt —, on fait bégayer l’histoire pour le pire, en transformant un mouvement émancipateur déjà advenu (marqué par la sortie de l’usine et de l’idéologie du travail par exemple) en lecture inactuelle moralisante.

C’est, à proprement parler, se faire les porteurs d’une fausse nouvelle qui ne peut concerner que celui qui serait resté à l’ère du PC triomphant ou qui en aurait encore les raisonnement et les manières de voir — la nostalgie ? —, celui qui n’aurait rien appris des années 70 : ce point de vue ne fait la leçon qu’à soi-même. Ce qu’il indique c’est surtout un regard très orthodoxe, normatif et majoritaire, « blanc », si on va par là.

En arrêtant de prendre un kaléidoscope de Pif gadget pour une longue vue, on pourrait constater que ce à quoi nous ramène par exemple la situation des migrants de la chapelle, ce n’est pas à une quelconque « question raciale », utile pour culpabiliser « le mouvement ouvrier blanc », mais c’est bien plutôt à cette histoire de lutte des immigrés qui va des grèves d’usines à Margoline, à Pennaroya et ailleurs au mouvement des sans papiers de 96, en passant par les grèves de la faim pour la régularisation dans le courant des années 70, les grèves de loyer des foyers Sonacotra, et qui poursuit l’affirmation comme sujet de lutte des travailleurs immigrés avec tous ceux qui se sont battus à leur côté dans les luttes ouvrières des années 70. Ainsi la critique ne relate-t-elle que l’image déformée projetée sur le dit « mouvement ouvrier », autrement dit, la calomnie en dit plus long sur le calomniateur que sur le calomnié. Tout en faisant carrière à l’université, le racialisateur combat ses propres fantômes, le devenir du mouvement de la lutte des classes, comme son passé lui restent strictement et heureusement étrangers.

Ad absurdum

D’ailleurs, travaillons le jeu intellectuel, suivons par l’imagination le chemin proposé, parcourons le plus avant. Mettons donc de côté le fait qu’une lecture raciale est une lecture raciste et la nausée qui vient, mettons de côté le projet politique que les banalités qui se font passer pour des découvertes impliquent, mettons de côté le fait que cette manière de voir le monde (et comme chacun sait le monde nous le rend bien : comme on le regarde, il nous regarde aussi) vient des États-Unis, et de l’université américaine, et que ce n’est pas le meilleur, ni de l’un ni de l’autre. Mettons de côté alors cette ultime facétie de l’anti-impérialisme. Mettons de côté donc d’où ça parle et où ça va. Admettons que tout nous ramène à la race. Plongeons dans la dystopie racialiste et imaginons que la situation soit telle qu’elle est décrite là. Supposons même que cela ne soit que la face émergée de l’iceberg. Admettons donc que le racisme soit un système qui fait tourner le monde et avancer l’histoire, et que nous soyons tous adéquatement définis par une race à laquelle nous appartiendrions. Allons plus loin dans l’espèce d’enquête ouvrière proposée dans le texte. On verra alors que prendre le métro régulièrement, passer même éventuellement le périph (prendre le métro, c’est intéressant, mais la question reste de savoir dans quel sens et pour quelles raisons…), le faire même tous les jours, lire de mauvais articles de collègues ou d’homologues, participer à des colloques, et même aller à une manifestation pro-palestinienne à Barbès, ne suffisent peut être pas à saisir ce qu’un travail précis et approfondi permettrait alors de mettre à jour. Admettons donc que la situation soit dix fois pire que telle qu’elle est présentée, qu’elle soit plus ségrégationniste encore que ce qu’on peut s’imaginer de ce qu’a pu être la situation américaine, que tous les éléments de langage et ce qu’ils peuvent emporter de réalité soient tombés sous l’empire de la race.

Et alors, serait-ce une raison pour penser avec ce cadre-là ? Une perspective émancipatrice quelconque pourrait-elle en sortir ? Quel est l’enjeu, après tout ? Le travail des matérialistes serait-il donc de faire un mauvais instantané à prétention scientifique, se targuant d’objectivité, d’une situation si merdique ? Doit on y plonger jusqu’à y boire la tasse, s’y rouler, ou doit-on plutôt chercher par quelle voie en sortir ? Pour citer un matérialiste célèbre, qui ne s’est pas précipité à son époque pour hurler avec les chiens de la race, « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer ». Si nous partageons cet objectif, transformer le monde, faire la révolution, est même la seule perspective intéressante dans laquelle on peut chercher à l’interpréter. Et là, qu’est-ce que ça donne ? Par où ça passe ? Par où la subversion peut-elle se frayer un chemin ? Certaines expériences de lutte, un peu de réflexion sur l’histoire des mouvements prolétariens, en particulier dans les périodes les plus mouvementées, ainsi que quelques lectures ont pu nous apprendre que la lutte ne se construit pas en épousant en creux le mécanisme auquel on cherche à s’opposer. Autrement dit, il y a des évidences étonnante : l’instituant n’est jamais l’inverse de l’institué. Aucune binarité, aucune opposition en miroir, symétrique ou même mimétique ne subvertit rien. Pour subvertir et révolutionner il faut inventer, il faut se trouver dans un ailleurs conflictuel au système contesté.

Alors, quelles sont les pratiques possibles et proposées par cette racialisation tous azimut ? Formellement aucune. Si on y regarde de plus près et qu’on dépasse l’observation sociologique, un ensemble de micros pratique, pour l’instant plutôt à usages internes : assignation identitaires des uns et des autres, ségrégationnisme mou, projections communautaristes, et tout ce que cela charrie de culpabilisation et de police des comportements.

We would prefer not to, n’insistez pas !

Le seul horizon que ce choix de lecture peut ouvrir serait la constitution d’un « sujet de race », le « racisé » par exemple, qui devrait mener, si tout fonctionne, à la « guerre des races ». C’est aussi à cette perspective de « lutte de race » qu’on nous agite comme une promesse à la fin du texte, que nous nous opposons ; et c’est vital.

N’étant pas de ceux qui trouveraient sympathique de priver César de ses lauriers, nous devons reconnaître, à notre tour, que nous avons été très « enthousiastes » devant tout ce que l’article Pour une approche matérialiste de la question raciale a « rendu visible » – mais est-ce bien volontaire ? – et nous espérons avoir aidé à en saisir des aspects restés peut-être obscurs au lecteur distrait. En un même élan, cet article aura permis de cerner l’indigence intellectuelle d’un certains nombre de producteurs de discours, « matérialistes » compris, les gloses verbeuses de ceux qui prennent comme caisse de résonance la philosophie au ventre creux, l’ignominie de certaines catégories de pensées – celle de « race » en particulier – et l’impasse absurde de leur utilisation, mais aussi l’inanité d’un certain type de revues et des postures éthiques qu’elles génèrent, et enfin, last but not least, les méfaits sévères que peut engendrer la théorie sans autre pratique, la théorie comme pratique unique et séparée.

Face à cette opération de promotion de la mise à jour très universitaire d’un poussiéreux marxisme « articulé » à une théorie de la race relookée, il est urgent de réagir. La racialisation parée des atours du matérialisme est un monstre dont la diffusion hors des laboratoires – de recherches – où elle est née, dans le contexte de crise actuel, en appuyant ainsi sur les projections ségrégationnistes, le ressentiment et la victimisation, serait une véritable catastrophe. Ce sont de lourdes responsabilités que contractent ici ceux qui y contribuent, que ce soit par conviction raciste (ça existe aussi), par légèreté conceptuelle ou simple opportunisme carriériste. Contrairement aux auteures de ce texte, refusons le dialogue avec les racialisateurs : les voies de l’émancipation sont autres, c’est ailleurs que se joue la question de l’opposition au système capitaliste et à l’exploitation qu’il organise. Il est plus que temps de rompre avec ces archaïsmes et de réaffirmer que c’est bien la lutte des classes le moteur de l’histoire. C’est à cette condition qu’on pourra commencer à se donner les moyens de l’autonomie politique et pratique nécessaires à la construction de toute perspective révolutionnaire.

Le refus qui se formule ici entend s’ouvrir comme un chantier. En attendant des luttes plus fécondes et d’être portés par des mouvements de conflictualités massifs, il nous faut nous atteler à combattre ces propositions et ce qu’elles entrainent. Que ceux qui refusent la racialisation – que d’autres s’échinent à faire advenir – manifestent leur opposition, et que des interventions (discussions, textes, etc) polarisent ces refus, posent et travaillent des arguments, dont certains ici ne sont qu’esquissés, ébauchés ou manquent.

Notes :

1 – Les mots sont importants, lmsi.net, site internet animé par Sylvie Tissot et Pierre Thevanian, vieux compagnon de route de la racialisation et producteur logorrhéique de textes.

2 – « Revendiquer un monde décolonial », entretien avec Houria Bouteldja, réalisé par Caroline Izambert, Paul Guillibert et Sophie Wahnich, Vacarme n° 71, printemps 2015, pp. 44 à 69, http://www.vacarme.org/article2738.html.

3 – La revue Vacarme a été diffusée plusieurs années via les éditions Amsterdam, qui avec les prolifiques et néanmoins chics éditions La Fabrique, sont les principaux promoteurs et diffuseurs des textes du PIR et de ses quelques semblables (malgré des efforts soutenus, les éditions Syllepses concourent dans une autre catégorie).

4 – « Nous sommes la gauche », appel à l’initiative d’Act Up publié en 1997 dans différents journaux, republié dans Vacarme n°56, été 2011, pp. 64 à 66, http://www.vacarme.org/article2059.html, la revue en était, à l’époque, signataire.

5 – Voir le déjà chouette dossier : « Dammarie-lès-lys : les militants de l’incertitude », en particulier l’avant propos d’Emmanuelle Cosse et Fabien Jobard, et « La puissance du doute » par Fabien Jobard, in Vacarme n°21, Automne 2002, pp.14 et sq, http://www.vacarme.org/rubrique94.html. On n’a pas peur de trancher dans ce dossier en prenant le parti de la pacification contre l’émeute.

6 – On peut repenser ici à la manière dont Pierre Vidal Naquet distingue répondre à quelqu’un, ce qui signifie entrer en dialogue et répondre à ce qu’il dit, c’est-à-dire contrer son discours. Dans l’avant propos de Les assassins de la mémoires, « un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, 1991, La découverte, p.9, il affirme à propos des négationnistes : « J‘ai parlé de répondre à une accusation. Qu’il soit entendu une fois pour toutes que je ne réponds pas aux accusateurs, que, sur aucun plan je ne dialogue avec eux. Un dialogue entre deux hommes fussent-ils adversaires suppose un terrain commun, un commun respect en l’occurrence de la vérité. (…) ».

7 – « Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait », Norman Ajari, publié sur le site du PIR le 12 juillet 2015.

8 – Le « phénomène social » dont il est là question aurait-il un lien de parenté avec « l’indigène sociale » dont il a été question plus haut ? Notons en tout cas qu’ils portent le même nom de famille.

9 – « Des morts en Méditerranée en passant par les émeutes de Baltimore jusqu’aux menus faits quotidiens de la vie métropolitaine, tout nous ramène à la question raciale. » Et c’est plutôt chouette, non ?

10 – http://www.washingtontimes.com/news/2015/apr/29/baltimore-riots-sparked-not-by-race-but-by-class-t/

11 – Photo légendée ainsi : « Manifestants juifs à Baltimore le 3 mai 2015, après la mort de Freddie Gray ».

12 – A propos de l’usage de « métropolitain » : vu qu’il ne s’agit sans doute pas d’un terme vintage pour désigner le métro, même s’il est un puissant outil d’analyse de nos matérialisées, le terme joue sans doute en écho de la référence à l’imaginaire colonial, tout en désignant explicitement l’ennemi actuel de certains militants ardents défenseurs des villages et des arrières mondes, du petit, du « maîtrisable » : la métropole, construite comme symbole de la concentration urbaine et incarnation des « grands projets » qui seraient le lieu nodal du développement capitaliste.

13 – « Ce racisme intégral, pour reprendre l’expression de Franz Fanon, consubstantiel à la société française, commence dès l’orientation en 4ème, avec la recherche d’un stage, du premier job… » nous dit le texte. Frantz Fanon se trouve être actuellement une des références commune du pôle racialisateur.

14 – Revue de « théorie marxiste en ligne » produite par les organisateurs des séminaires « Penser l’émancipation », porte voix de la racialisation, parmi eux figurent des grosses têtes vides de l’université pleines d’idées creuses et de vent mauvais et les petites mains en chef des éditions la Fabrique, auteurs de Féministes blanches et l’empire, dont le design mérite d’être salué voir sur http://lemoinebleu.blogspot.fr/2013/07/aspects-de-la-gentrification.html. Ces happy fews de la race relatent avec une certaine naïveté comment ils ont reçu la révélation : « C’est alors que d’autres militants ont avancé une idée aussi percutante qu’audacieuse, particulièrement précise et stimulante comme point de départ à tout débat sur la race et le racisme : ”La voie vers la déracialisation passe par la race” ». The way to non-racialism is through race : en anglais, c’est vraiment chouette aussi.

15 – Le texte prend d’ailleurs à ce sujet les patins de cette défense aujourd’hui répandue de l’Islam comme « religion des dominés », impliquant qu’il n’y a pas de critique possible du fait religieux à son encontre, ce qui est bien peu marxiste, sauf à suivre les manipulations de Thévanian pour rendre Marx compatible avec la défense de la religion, voir la précise et pertinente critique de Germinal Pinalie « Les mots de Marx sont important, sur La haine de la religion de Pierre Thévanian », http://blogs.mediapart.fr/blog/germinal-pinalie/100613/les-mots-de-marx-sont-importants-sur-la-haine-de-la-religion-de-pierre-tevanian. On aura, là encore, une illustration concrète du bon ménage que peuvent former la saloperie conceptuelle et la malhonnêteté intellectuelle.

16 – Référence tirée du site du PIR, rubrique Nos principes.

17 – Norman Ajari dans la réponse du PIR à ce texte.

18 – Dans les premiers paragraphes du texte, c’est au titre de « descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie » qu’on parle, qu’on justifie la nécessité de mener la critique du PIR et de la « Gauche », c’est en fait à ce titre (dans un fourre tout qui mêle encore origines nationales, communautaires et religieuses, que peut-on bien faire, par exemple, des algériens juifs ou pas, athées et/ou communistes ?) qu’on veut infléchir un changement de direction au courant racialisateur. On ne sait plus alors, entre « la racialisation que nous subissons » et cette manière de se définir positivement, s’il s’agit de racialisation « par choix » ou « par nécessité ».

19 – Collon étant lui même très peu éloigné de certains négationnistes et de pleins d’autres gens formidables comme lui, voir à ce sujet http://confusionnisme.info/2014/12/23/sinformer-sur-michel-collon/ et http://confusionnisme.info/2014/12/23/michel-collon-un-militant-de-la-confusion/ et autres.

20 – http://www.parasite.antifa-net.fr/monolecte-etienne-chouard-et-les-vrais-antifa/

21 « Occupons le vote », Vacarme n°8, hiver 2012, p.1 à 39, http://www.vacarme.org/article2110.html.

En fouillant dans les poubelles de l’histoire, on ne trouve pas que des trésors : faisons rentrer la race dans le trou d’où elle n’aurait jamais dû être ressortie. Et gageons que les luttes d’émancipations et les perspectives révolutionnaires futures dispersent aux 4 vents les racialisateurs et le monde qui les a produit.

REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE

 Posted by on 9 septembre 2015 at 19 h 13 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE
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http://www.sonsenluttes.net/?REFLEXIONS-SUR-L-ISLAMOPHOBIE

Suite au meeting organisé à Paris le 6 mars 2015 pour lutter contre l’islamophobie, l’Actualité des Luttes sur FPP a réuni quelques invités pour réfléchir sur la pertinence ou non du concept d’ »islamophobie ». En plateau : Ornella Guyet, animatrice de Confusionnisme.info, militante antifasciste et auteure d’une tribune contre le fait de lier des organisations religieuses réactionnaires au combat antiraciste, Germinal Pinalie, militant marxiste qui prépare un livre sur les identitaires de gauche et Brahim, militant de gauche radicale.

Pourquoi nous ne les soutiendrons jamais.

 Posted by on 8 septembre 2015 at 16 h 09 min  Anarchisme, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur Pourquoi nous ne les soutiendrons jamais.
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Littéralement le Parti de Dieu (Hizb Allah), le Hezbollah se décline en deux silhouettes, une branche civile qui peut être comparée à un parti politique, et une branche armée, sa nature première. Il fut créé lors de l’invasion israélienne du Liban en 1982, d’emblée financé par l’Iran et la Syrie qui resteront jusqu’à aujourd’hui ses principales sources de financement avec entre autres, le commerce de diamants, le racket et autres sources de financement occultes comme le trafic international de drogue (notamment avec des filières démantelées en juin 2005 au Brésil et en Équateur). La branche armée du mouvement politique chiite libanais serait aujourd’hui plus puissante que l’armée nationale libanaise.

De plus, le parti joue un rôle social important au Liban. Il y est le premier employeur , il a aussi permis la création d’hôpitaux, d’orphelinats, d’écoles, de soupes populaires et autres services rendus à la population en échange d’une adhésion idéologique au national-islamisme du parti. Seulement le Hezbollah n’est pas un mouvement social implanté localement et attirant la sympathie puisque son traitement des civils passe aussi parfois par leurs utilisation en bouclier humain, provoquant la mort de nombreux libanais civils. Pourtant le Hezbollah, par ses fait d’armes contre l’armée israélienne, s’attire la sympathie de nombreuses puissances politiques arabo-musulmanes, mais aussi de nombreuses organisations d’extrême gauche, ou d’extrême droite notamment en France. C’est aussi le cas du Hamas, acronyme partiel de harakat al-muqâwama al-’islâmiya (« mouvement de résistance islamique ») mouvement islamiste palestinien sunnite important dont les attaques de sa branche armée, tout comme le Hezbollah, visent indistinctement civils et militaires israéliens.

Comment la majorité de l’extrême gauche et une partie du mouvement libertaire peut elle se solidariser avec ces partis totalitaires et ultra-religieux ? Cette solidarité, c’est « l’anti-impérialisme des imbéciles » [1]. Un alter mondialisme qui dérive et dérape. Qui dérape lorsque son anti-sionisme se mue en un antisémitisme, somme toute, assez classique dans l’histoire de la gauche. Qui dérive lorsque ses prémisses sont invalides. En effet, pour ces gens, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». La politique déplorable du commandement israélien les poussent à soutenir toute forme de contestation de cette politique belliqueuse, et ce quitte à opérer des alliances avec l’islam politique, les ultra-religieux, les nationalistes arabes et l’extrême droite parfois néo-nazie. Quand les gudards rencontre les gauchistes…

Daniel Bensaïd, maitre à penser et théoricien de la LCR, estime par exemple que « Tariq Ramadan peut être (ou devenir) un théologien alter mondialiste. Il peut constituer un allié de circonstance dans les combats contre l’uniformisation marchande et la misère du monde » [2] . Ramadan, fervent défenseur de l’Iran, du Hezbollah, du Hamas, de la femme au foyer, de l’excision et de la charia. C’est la déliquescence théorique qui pousse cette extrême gauche contestataire (mais institutionnelle) à se jeter dans les bras des premiers fascistes verts venus sous le simple prétexte de combattre un ennemi commun, ou parce que cet « islam de libération » revêt parfois la dalmatique rouge. L’Islam, qui signifie soumission, peut il être de libération ? Aucune religion ne peut prétendre libérer, nous connaissons l’Histoire.

Cette partouze idéologique a trouvée son catalyseur avec le conflit israélo-palestinien. On peut aisément s’étonner de l’aura de ce conflit qui malgré sa durée, reste d’un point de vue strictement géopolitique un conflit de faible intensité avec une population concernée bien plus faible que dans nombreuses autres guerres qui elles, ne semblent pas agiter autant de verve… Darfour, Somalie, Kenya, Kashmir, Thaïlande, Timor, Tchétchénie, Afghanistan, Népal, Sri Lanka, Tchad etc.. comment ce pays qui compte moins d’habitants que la ville de Paris peut il prendre une telle importance symbolique dans la rhétorique fatigante de ces anti-impérialistes ?

Pourquoi sont ils si discrets sur les conflits qui ne concernent ni Israël, ni les États-Unis ? Comme le fait remarquer Yves Coleman dans la revue Ni Patrie Ni Frontières, « On se rappellera […] que les altermondialistes et les « gauchistes » ne connaissent dans le monde qu’une seule « théocratie », Israël ; qu’ils ignorent complètement la théocratie iranienne ; qu’on ne les entend presque jamais dénoncer les théocraties des pétromonarchies - sauf pour leurs liens avec les États-Unis - et qu’ils furent très discrets quand les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan ». Les innombrables appels au boycott du salon du livre 2008 consacré à la littérature israélienne en sont la preuve. La Russie était l’invitée du salon du livre 2005. Il n’y a pas eut du tout de tapage, et pourtant ! La Tchétchénie, les meurtres politiques, les arrestations d’opposants … mais, chut ! ce n’est pas l’axe americano-sioniste.

La solidarité et la dénonciation se fait à la tête du client, le juif étant le client le plus indésirables pour ces « anti-impérialistes » adeptes des séculaires théories du complot juif et de la plus récente théorie du complot américano-sioniste. Ces organisations s’attachent à dénoncer avec raison le terrorisme d’État israélien et sa violence envers les populations civiles arabes israéliennes, palestiniennes et libanaises et omettent (sans aucune innocence) de déplorer les victimes juives et arabes des tirs de kassam à Sderoth (par exemple). L’on voit bien rarement (entendre par la, « jamais ») de la part de ces mêmes organisations de condamnation de l’instrumentalisation des populations civiles réifiées en boucliers humains, de l’intégrisme islamiste du Hezbollah et du Hamas, de l’oppression radicale des femmes et des homosexuels, du concept de guerre sainte etcétéra. Fait pour le moins étonnant de la part d’athées, de libertaires ou de marxistes. Cette soudaine tolérance de l’extrémisme religieux, en contradiction totale avec les slogans officiels de façade, montre bien la validité et la cohérence de ces organisations et nous rappelle à quel point hormis la droite et l’extrême droite, la gauche et l’extrême gauche représentent tout ce que nous détestons le plus.

La gauche de la gauche montre en effet de nos jours une résurgence inquiétante de l’antisémitisme. Mais pas cet antisémitisme très minoritaire et marginalisé par le reste du mouvement qu’étaient par exemple les révisionnistes d’ultra-gauche des années 70 [3] . Il s’agit cette fois d’un antisémitisme lattent (mais bien présent), pas assumé (pas assumable ?) et cette fois majoritaire dans de nombreuses fractions de ce mouvement sous couvert d’antifascisme. La majorité des militants LCR soutiennent ouvertement le Hamas. Les Indigènes de la République, qui luttent « sur des bases de races » soutiennent publiquement la Tribu Ka [4] et son leader Kemi Séba qui remplaça le banal slogan « black, blanc beur » par « Kémites, Aryens, Palestiniens ». Indy media voit de plus en plus pulluler la prose d’antisémites de gauches. On a pu apprendre par exemple que Carla Bruni était une agent du Mossad [5] , que la justice était contrôlée par la franc-maçonnerie juive, ainsi que les médias, que les végétaliens étaient des sionistes puisque la vie d’une poule vaudrait plus pour eux que la vie d’un enfant palestinien. J’en passe et des meilleures. Le « complot sioniste » devient l’explication unilatérale du capitalisme [6] et la tolérance pour un antisémitisme qui se cache de moins en moins sous le masque de la solidarité avec la Palestine, devient légion. Comment des personnes qui se disent antifascistes peuvent elles défiler cote à cote avec ces fachos au lieu de les virer hors manif comme ils feraient (prétendument…) avec des néo-nazis ?

Cette extrême gauche confusionniste qui mêle pêle-mêle la solidarité anti-impérialiste anti-israélienne, les théories du complot sur le 11 septembre 2001, La défense inconditionnelle des luttes de libération nationale, toute forme de nationalisme de gauche, le soutien aux FARC, à Chavez, Ahmadinedjad, Castro et autres dictateurs et dictatures rouges-vertes-brunes et qui se ballade en keffieh et t-shirt Che Guevara ou EZLN de rigueur, qui ne vit que sur son propre folklore, qui aime les dieux et les maîtres, qui sert de passerelle et de cheval de Troie à l’extrême droite dans l’extrême gauche, qu’elle crève !
Et vite !

Source : Texte de 2008 de Non fides parut sur Socialisme Libertaire.

S

Michel Onfray et le souverainisme.

 Posted by on 7 septembre 2015 at 23 h 57 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Michel Onfray et le souverainisme.
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Entartage

Peu avare de conneries, seulement quelques mois après avoir défendu un patriot act à la française après les attentats contre l’hyper casher de Vincennes et la rédaction de Charlie hebdo, Michel Onfray, notre libertaire-patriote de plateau télé récidive cette fois en soutenant la position souverainiste inter-classiste et cherchant à dépasser les clivages politiques de l’économiste Jacques Sapir. Sa déclaration d’il y a quelques mois soutenant qu’il préférait une déclaration juste d’Alain de Benoist, théoricien de l’éthno-différentialisme de la nouvelle droite, à une déclaration fausse de BHL - il y a bien qu’Onfray pour se poser des questions aussi connes - n’était donc pas un accident.

Il faut dire qu’outre ce dérapage patriotard, Onfray n’a eu de cesse de multiplier depuis des années avec constance ses inconstances en matière de soutien politique. De la refondation d’une vraie gauche après 2002, le voilà conquis par un souverainisme qui dépasserait les clivages. Une constante en tout cas chez lui, derrière la profession de foi un esprit bien peu libertaire : de la défense technophile du nucléaire, des OGM et du clonage, à celle du capitalisme en passant par son soutien à diverses candidatures à la présidentielle, aujourd’hui il nous gratifie de perspectives souverainistes et étatistes.

En ce sens il rejoint, les anciens d’ATTAC pour qui la défense d’un Etat fort à la mode keynésienne s’accompagne d’alliances douteuses. A la suite deux textes issus du site confusionnisme.infos.

Michel Onfray soutient Jacques Sapir.

Onfray (bis) : le philosophe pseudo-libertaire Michel Onfray a inauguré hier une rubrique hebdomadaire qu’il tiendra désormais sur France Culture, « Le monde selon Michel Onfray ». Dans le premier épisode, consacré à la polémique initiée par Jacques Sapir dans le petit milieu des souverainistes s’agissant d’une éventuelle alliance avec le FN, Onfray explique : « Je crois qu’il ne brouille pas les choses mais il les éclaircit. Ça me paraît extrêmement intéressant de pouvoir changer le schéma habituel, qui est un schéma classique du genre : on a la droite, on a la gauche […]. » Tout en niant penser que la différence entre ces deux courants n’existe plus, Onfray se dit « fidèle » à la « mystique de gauche » qui au 19e siècle a sorti les enfants des mines contre la « gauche triviale qui ne veut pas forcément les idées de gauche mais qui veut le pouvoir ». Pour Onfray, « il y a une gauche et il y a une droite », mais chacune est « coupée en deux ». Selon lui, « ce que propose Jacques Sapir, c’est d’associer une droite et une gauche qui ne s’entendent pas, alors que finalement, une autre droite et une autre gauche s’entendent. C’est-à-dire que quand vous distinguez la droite et la gauche, il faut couper la droite en deux : il y a une droite libérale et une droite antilibérale, et c’est la même chose avec la gauche […]. » Alors que les deux premières s’entendent, les deux secondes n’y parviennent pas « alors que, nous dit Onfray, quand vous regardez dans l’histoire, vous vous apercevez que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon partagent nombre de positions », notamment la défense de Syriza, les positions sur Poutine, l’euro, le libéralisme, la critique de François Hollande, la critique « anti-système » et le souverainisme. Partant de ce constat, Onfray conclut : « On se dit que peut-être l’idée et bonne – et moi je pense qu’elle est bonne – de fédérer les souverainistes des deux bords. Le problème c’est : est-ce qu’on doit penser ces choses-là en termes de partis – ce que je ne crois pas – ou termes d’électeurs – ce que je crois ? S’il s’agit des partis, évidemment, on voit mal Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon signer des conventions communes ou avoir un candidat commun. Donc je pense qu’il ne faudrait pas tant s’intéresser à des partis qu’à des individus. Et un individu qui serait au-dessus des partis mais qui défendrait un souverainisme et qui serait capable de faire cette synthèse, je pense que cet individu aurait des chances de peser lourd dans une élection présidentielle ».
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Mouvements et organisations

Le M’Pep, retour sur une dérive

Nous vous l’annoncions il y a deux jours, le M’pep change officiellement de nom et d’orientation politique. Mais son tournant droitier ne date pas d’hier…

Le M’Pep assume désormais ouvertement une ligne qui était déjà la sienne depuis un certain temps : celle du refus du clivage gauche-droite au nom du combat pour la souveraineté nationale. Devenant officiellement un parti politique (le Parti de la Libération nationale et de la Démondialisation), il se fait un concurrent direct de l’Union populaire républicaine (UPR), de part son programme qui prône également la sortie de l’UE, de l’euro et de l’Otan, la seule différence notable avec la formation de François Asselineau étant que le M’Pep semble paradoxalement toujours se revendiquer de valeurs de gauche, exigeant par exemple la fin du capitalisme.

Tour à tour dénommé Mouvement politique d’éducation populaire, puis Mouvement politique d’émancipation populaire à partir de 2013, le M’Pep a été fondé en 2008 à l’initiative de militants issus de la gauche altermondialiste, dont Jacques Nikonoff, président démissionnaire d’Attac suite à la grave crise qu’a traversé l’association en 2006. Le M’Pep s’inscrit dans le lignée de la victoire du « non » au Traité constitutionnel européen, avec pour ambition d’y « donner un débouché politique »1.

Alors qu’en 2005, un des enjeux de la campagne pour le « non » à gauche était justement de refuser toute assimilation au « non » de droite et d’extrême droite et de tracer une ligne claire et tranchée entre les deux, le M’Pep, de par les alliances qu’il a construites par le suite sur ce sujet, a paradoxalement fini par apporter a posteriori de l’eau au moulin des détracteurs du « non » de l’époque qui voyaient dans ce vote une alliance de fait entre gauche radicale et extrême droite ou droite extrême.

A partir de 2010, les rapprochements confusionnistes sur la question européenne l’impliquant se sont concrétisés, via une série de réunions communes entre souverainistes des deux horizons, voire des tentatives pour monter des alliances de terrain. Les principaux acteurs de ce phénomène ont été, à droite : d’une part l’UPR, le Cercle des Volontaires et la Fédération des forces intérieures ou FFI 2.0, d’autre part Debout la République (DLR, aujourd’hui Debout la France) ; à gauche : le M’Pep, le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) et son satellite le Front syndical de classe (FSC) ; hors cadre : les Clubs « Penser la France » de Jean-Luc Pujo (ex-chevénementiste), un think tank qui organise tous les mois des débats au café Le Falstaff place de la Bastille à Paris et dont les invités proviennnent tant de la gauche que de la droite, voire de l’extrême droite (et ceci sans même mentionner les conspirationnistes)2. En voici les principales étapes :

  • Dès novembre 2010, le M’Pep a publié sur son site une liste d’organisations politiques ayant des positions voisines des siennes sur l’euro3, parmi lesquelles tout à la fois Bastille-République-Nations4, l’UPR, le Comité Valmy, la Fondation Copernic, les Clubs « Penser la France », le Parti ouvrier indépendant (POI), le PRCF et plusieurs groupuscules se disant « gaullistes ». Avant cela, l’UPR avait déjà signifié dans un communiqué paru sur Facebook mais désormais hors ligne son intention de dialoguer avec voire de recruter des militants de tous horizons, allant du Front de Gauche à Égalité et Réconciliation en passant par le Comité Valmy, le POI, le M’Pep, Solidarité et Progrès ou DLR5.
  • Le 20 septembre 2011, Jacques Nikonoff et François Asselineau se se sont retrouvés pour un débat à l’antenne de Beur FM6.
  • Les rencontres se sont intensifiées en 2012 : participation de Nikonoff à l’Université d’automne de l’UPR7 et invitation en retour d’Asselineau à celle du M’Pep8 ; rencontres entre Pujo, Nikonoff et des cadres du PRCF à la Fête de l’Humanité. Lors de son université d’Automne, le M’pep a également invité l’économiste auto-proclamé et ufologue André-Jacques Holbecq, co-auteur en 2008 d’un livre sur la dette préfacé par Etienne Chouard et militant depuis 2009 de Debout la République (et toujours aujourd’hui de Debout la France).
  • En 2013, des éléments du M’Pep et de l’UPR (gravitant autour d’Erick « Bozz » Mary, fondateur de FFI 2.0 et exclu depuis de l’UPR pour dieudonnisme) ont mené une campagne parallèle pour le « non » au référendum local visant à réformer les institutions régionales en Alsace, sous le nom de « Brigades républicaines (M’Pep) ou de « Brigades populaires républicaines » (UPR/FFI 2.0)9, sans toutefois parvenir à monter un collectif commun, au grand dam du M’Pep et de ses alliés (PRCF, Clubs « Penser la France) qui aurait bien vu un large front allant du POI à l’UPR en passant par le Front de Gauche10. A cette occasion, Jacques Nikonoff, qui avait déjà appelé à voter pour Nicolas Dupont-Aignan aux législatives de 201211, a participé à une conférence de presse avec des cadres locaux de Debout la République et en présence de Nicolas Dupont-Aignan12.

le 28 juin 2012, Nicolas Dupont-Aignan (au centre) présente « un plan de secours alternatif pour l’Europe », avec le soutien notamment de Philippe Murer, Jacques Sapir et Jacques Nikonoff. (Source : Marianne)
  • Finalement, la rupture entre UPR d’une part et M’Pep/PRCF/Clubs « Penser la France » d’autre part semblait consommée en juin 2013 avec l’échec d’un projet d’alliance entre ces quatre organisations. A cette occasion, les déçus ont semblé découvrir que l’UPR était de droite13… Depuis, chacun continue son chemin de son côté avec le programme CNR 2.0 pour l’UPR et L’Appel pour le retour des jours heureux puis le CNR-Rue (Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne) pour les trois autres14.
  • Néanmoins, l’UPR et le M’Pep ont signé ensemble en décembre 2013 un appel de souverainistes européens, suite à des rencontres ayant eu lieu à Athènes entre diverses formations dont l’Epam (Front unitaire populaire) grec15, une formation qui a ensuite participé au 3e congrès de l’UPR le 3 mai 201416.

Jacques Nikonoff (tout à gauche) et François Asselineau (5e en partant de la gauche) font meeting commun avec d’autres souverainistes européens à Athènes, le 1er décembre 2013. (Source : Epam)
  • Si Asselineau a donné en 2010 une conférence au Local de Serge Ayoub, les porte-paroles du M’Pep Jacques Nikonoff et Aurélien Bernier ont eux été invités par le think tank d’extrême droite Le Cercle Aristote au Carré parisien, un bar habitué à recevoir ce genre d’événements, en 2011 et 2012. Nikonoff et Asselineau se sont d’ailleurs retrouvés ensemble à un débat organisé par le Forum démocratique, toujours au Carré parisien, le 8 octobre 2012, aux côtés de Jacques Myard (UMP) et Nicolas Dupont-Aignan (DLR)17, à l’invitation de l’économiste Philippe Murer18, un proche de Jacques Sapir passé depuis au Front national.

On remarquera la référence permanente faite par ces groupes à la Résistance20 et à son caractère supposément non partisan (car réunissant des forces de gauche – PCF – comme de droite – gaullistes – au sein du Conseil national de la Résistance ou CNR) pour justifier leurs alliances. Cette référence est loin d’être anodine : elle induit que l’Union européenne est perçue par eux quasiment comme une puissance étrangère occupante (parfois comme le bras armé d’une autre puissance, les Etats-Unis), et que la combattre est dès lors une lutte prioritaire qui doit mettre les autres sous le boisseau et qui justifie toutes les compromissions.

Finalement, le fait que le M’Pep devienne Parti de la Libération nationale et de la Démondialisation et « ne se place plus dans le clivage gauche-droite »21 est donc l’aboutissement logique d’une dynamique entamée il y a longtemps. On peut espérer que cela aura le mérite de clarifier les choses du côté de ceux qui considéraient encore cette formation comme une alliée potentielle.

Issu du souverainisme anti-européen, le M’pep est devenu un parti clairement nationaliste, proposant le retour à l’idée de nation comme un remède miracle à tous les maux, que ce soit le capitalisme ou l’extrême droite22, un paradoxe quand on sait que l’État-nation s’est historiquement constitué comme outil de défense du capital – certains diront son bras armé – et que l’idée nationale a toujours servi d’argument pendant les périodes de crise pour tenter d’enrayer le mouvement social, au nom d’un intérêt commun que partageraient classes bourgeoises et classes populaires. S’agissant de l’extrême droite, il n’est pas non plus besoin de rappeler que le nation est depuis toujours au coeur de son discours.

La dérive du M’Pep est en tout cas exemplaire du danger qui guette les formations et militants de gauche qui seraient tentés par un abandon de l’internationalisme au profit d’un discours privilégiant comme remède aux maux de notre époque le retour à une souveraineté nationale fantasmée, même mâtinée de discours prétendument anticapitalistes.

O. G.


Mise à jour du 29 janvier 2015 à 23h17 : Nous constatons que plus d’une semaine après la publication du communiqué du M’Pep intitulé « Le M’PEP devient le parti de la libération nationale et de la démondialisation. Objectif : un socialisme pour le XXIème siècle », ce changement de nom n’a semble-t-il toujours pas été concrétisé et que le M’Pep continue pour le moment de communiquer sous son nom actuel. Mais parmi les commentaires d’internautes suivant ce communiqué, l’un d’eux précise que « Ce texte n’est pas un programme. C’est une synthèse, un résumé. Le programme est à venir (congrès extraordinaire les 20 et 21 juin prochain). » Nous devrions donc en savoir plus dans quelques mois. Ceci ne change bien entendu rien au fond de notre article, ni au fait que le M’Pep ait annoncé dans ce même communiqué renoncer officiellement au clivage gauche-droite et se transformer en parti politique, en vue des élections présidentielle et législatives de 2017.

Mise à jour, 22 juillet 2015 : C’est chose faite : depuis juin, le M’Pep s’appelle Parti de l’Emancipation du Peuple.

Source : Confusionnisme.Infos

Le mouvement du 14 juillet : Nouvel OVNI de la dissidence.

 Posted by on 16 juillet 2015 at 3 h 56 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Le mouvement du 14 juillet : Nouvel OVNI de la dissidence.
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Depuis quelques mois, un mystérieux « Mouvement du 14 juillet » est apparu sur les réseaux sociaux, promettant la révolution pour le 14 juillet. Les individus qui étaient derrière cette initiative ont rapidement été identifiés, des gens traînant dans les milieux conspis et la « dissidence ». Cela s’est rapidement vérifié avec les apparitions médiatiques des portes-paroles du Conseil National de la Transition, organisateur de cet appel, dans les médias type Agence Libre Info, MetaTV, Bob vous dit toute la vérité, Cercle des Volontaires… Tombée quasiment dans l’oubli à quelques jours du 14 juillet, cette initiative a rapidement été remise au goût du jour par des articles dans la presse grand public, parlant de « coup d’État » pour le 14 juillet. Restait à savoir ce que ça allait donner…

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La révolution façon Mouvement du 14 Juillet, une bière à la main …

Mêlés à la foule des touristes et des spectateurs dans les rues de Paris, les sympathisants du Mouvement du 14 juillet étaient, malgré tout, facilement identifiables grâce aux tracts qu’ils laissaient derrière eux, dont les thématiques trahissaient leur milieu d’origine[1]. On a finalement retrouvé quelques dizaines de personnes ayant répondu à l’appel devant l’Assemblée Nationale (bâtiment qui visiblement n’était pas connu de toutes les têtes pensantes du mouvement, puisque l’un d’eux n’arrêtait pas de demander à ses camarades où se trouvait l’Assemblée Nationale … ). On pouvait également y croiser des membres du Cercle des Volontaires et de l’Agence Libre Info. Malgré leur tentative de « soulever le peuple », ils ont fait un bide, un peu comme un autre groupe sur les Champs Elysées qui avaient ressorti les t-shirts « Hollande dégage » de la Manif pour Tous et de Jour de Colère. Jusque-là, sans surprise, leur apparition était à l’image de tout mouvement existant par et pour les réseaux sociaux, c’est-à-dire nulle.

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L’Agence Info Libre, soutien médiatique du Mouvement du 14 Juillet, représenté par Jonathan Moadab

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Le Mouvement du 14 Juillet devant l’Assemblée Nationale

 

C’est dans l’après-midi que ce mouvement a pris une autre tournure, quand il a réussi à rassembler un peu plus de 2000 personnes dans le quartier Saint-Lazare. Après avoir tenté de se diriger en direction de l’ambassade des États-Unis, les manifestants se sont fait repousser par les gendarmes mobiles rue Berri, où il y eut quelques échanges de claques. Puis la manif sauvage est partie en direction de la place de Clichy.

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Le Mouvement du 14 Juillet bloqué place Henri Bergson

Alors que n’importe quelle manifestation antifasciste, anticapitaliste ou en soutien au peuple palestinien est fortement encadrée par les forces de l’ordre dans les rues de Paris, on notera qu’une manifestation aux revendications réactionnaires a pu déambuler dans les rues du Nord de Paris sans être inquiétée.

La manif à Pigalle

 

 

 

A Barbès

Boulevard Magenta

Le cortège s’est disloqué autour du boulevard Magenta pour se diriger place de la République, tandis que de petits groupes partaient se rassembler devant les locaux des chaines d’infos comme BFM TV, pour faire parler d’eux. Le soir, ils ont essayé de se retrouver sur le Champ de Mars afin de profiter de la foule venue assister au feu d’artifice, permettant ainsi de s’auto-persuader qu’ils ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Au final, que dire de cet évènement ? Derrière la composition hétéroclite des manifestants (on a pu apercevoir des têtes connues et un service d’ordre chargé d’encadrer la manifestation) on ne peut que constater la victoire du vide devant tant de pauvreté politique au niveau du discours, car avec des slogans comme « la police avec nous » (enfin ça, c’était avant les baffes) et « on ne fait pas de politique », le moins que l’on puisse dire, c’est que ça sonnait plutôt creux. Et c’est peut-être le plus inquiétant : voir autant de gens répondre à un appel sans contenu…

La Horde.

Source : La Horde.

 

 

[Antifascisme] Que sont nos ennemis devenus ?

 Posted by on 4 mai 2015 at 20 h 59 min  Actualité Internationale, Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur [Antifascisme] Que sont nos ennemis devenus ?
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Nous reproduisons ici des articles issus des sites antifascistes Reflexes et la Horde sur les nationalistes autonomes et sur Serge Ayoub et ses acolytes.

Allemagne : où sont passés les autonomes nationalistes ?

 

Il y a quelques années, les autonomes nationalistes étaient en vogue au sein des groupes néonazis allemands refusant de s’affilier à un parti d’extrême droite. En France, on a même vu quelques groupes tenter de s’approprier cette étiquette, mais ils étaient assez rares et peu nombreux. Mais quelques années ont passé depuis 2005, et de moins en moins de Kameradschaften se revendiquent de ce label. La mode est-elle passée ? Revient-on aux fondamentaux chez les néonazis ? Le modèle a-t-il échoué ou bien a-t-il eu tant de succès qu’il en est devenu inutile ?

Si l’on en croit de nombreuses brochures publiées en Allemagne contre l’extrême droite, les Autonomes Nationalistes (AN) sont toujours une nouveauté incontournable de la scène néonazie allemande. Ces militants non organisés dans des partis sont décrits ainsi : ils utilisent les méthodes d’apparition du black block en manifestation et adoptent une attitude anti-système, qui cherche à expérimenter sans se laisser scléroser par une théorie et qui est donc orientée vers la pratique militante. Le tout combiné à des symboles piqués à la fois à l’extrême gauche radicale et à la pop-culture.

Le néonazisme dans la crise

Dans son ensemble, la scène néonazie allemande traverse une crise. Le NPD se débat avec une procédure d’interdiction qui n’en finit pas, des échecs électoraux et des querelles internes. De même, les Freie Kameradschaften sont de moins en moins présentes dans les rues et développent une capacité d’action politique bien inférieure à celle qu’elles avaient ces dernières années. Les manifestations rassemblant plusieurs milliers de néonazis se sont faites de plus en plus rares, sans que cela s’explique seulement par les actions de blocage des antifascistes. Cette crise a frappé également les AN de plein fouet, en tant que composante de la scène des Kameradschaften.

Les groupes qui se font appeler « autonomes nationalistes » ne sont plus que quelques exceptions et ils limitent leur activité à l’animation de leurs sites Internet. L’esprit enthousiaste des débuts a fait long feu. Ce qui passionnait en 2005, comme le dépassement de formes d’action non adaptées à l’époque, et qui promettait l’accès à un public nouveau et plus jeune, n’est plus qu’une vieille lune.

Du néonazisme non encarté…

Aujourd’hui, les néonazis ont la possibilité d’avoir une activité de rue précisément là où on n’en attendrait pas de la part de néonazis se revendiquant « autonomes ». Lors des manifestations organisées par l’une ou l’autre branche locale ou régionale de PEGIDA ou à l’occasion de protestations racistes contre l’installation d’hébergements pour les réfugiés, les néonazis se glissent dans les rangs des manifestants, de façon plus ou moins affichée. Ce nouvel accès à des parties de la population qui, jusqu’alors, n’étaient pas forcément accessibles à la propagande néonazie est l’une des quelques joies qui restent aux néonazis ces derniers mois ; or cela s’inscrit précisément en faux contre le positionnement des AN selon qui le « peuple », qui a subi des lavages de cerveau irréversibles, ne saurait être porteur d’une politique d’opposition et pourrait tout juste en être le décor. D’autant plus que les AN affichent une fidélité ostentatoire au national-socialisme : leurs visages sont masqués, mais pas leur idéologie. Dans les mouvements racistes actuels, c’est l’inverse : les manifestations ont besoin d’un caractère bourgeois ou tout au moins d’une apparence civique. De ce fait, les néonazis qui y participent camouflent leur idéologie, mais pas leurs visages. Les épisodes violents qui ont lieu par exemple à Leipzig autour de LEGIDA (attaques de journalistes et d’opposants à la manifestation raciste par des hooligans et des néonazis organisés gravitant autour des Freie Kräfte) ne renversent pas la tendance ; il s’agit simplement de défouloirs pour les néonazis.

Pour la génération qui lança les AN, être « autonome », cela signifiait essentiellement ne pas appartenir à un parti et rester en quelque sorte indépendant. Ce qu’apportait « l’autonomie », au regard de ce qu’étaient avant les Freie Nationalisten, c’était le fait de pirater le discours de l’extrême gauche ; cela permettait de semer le trouble dans les esprits en brouillant en apparence les frontières idéologiques et en s’appropriant une dimension subversive. Mais les termes repris à l’autonomie l’étaient de façon très sélective : on posait en affichant sa « détermination » et son « opposition au système », mais on se gardait bien d’adopter les discussions plénières, de surmonter la hiérarchie ou de réfléchir sur les rôles attribués selon les sexes.

« S’organiser sans organisation » à la sauce néonazie, cela n’a été inventé ni par les Freie Kameradschaften, ni par les autonomes nationalistes. Cette nouvelle édition devait servir avant tout à se prémunir contre la répression. Si on ne crée ni parti ni association, on ne risque pas de se faire interdire par l’État. Mais sur la durée, c’est précisément ce qui n’a pas fonctionné. Le concept d’autonomes nationalistes a ainsi été porté sur les fonts baptismaux par la Kameradschaft Tor de Berlin en 2004, et un an après, en mars 2005, la Tor était interdite, montrant par là-même que l’étiquette AN ne protégeait pas des interdictions. Depuis, de nombreux groupes ont été visés par une interdiction à travers toute l’Allemagne. Dernière en date, l’interdiction en décembre 2014 des autonomes nationalistes de Göppingen.

… au néonazisme des partis

Parallèlement à cela, on a pu remarquer depuis quelques années la formation de tout petits partis, émergeant des ruines de la Deutsche Volksunion (DVU) et se préparant à la possible interdiction du NPD. Ainsi, on a vu la naissance de Die Rechte en 2012, principalement localisée dans la région de la Ruhr où elle a massivement recruté chez les autonomes nationalistes, pourtant a priori hostiles à prendre leur carte dans un parti. Ce sont les mêmes motivations qui ont présidé en 2013 à la naissance du parti « Der III. Weg », en anticipation de l’interdiction (qui eut effectivement lieu peu de temps après) d’un réseau de petits groupes autonomes, appelé Freies Netz Süd, en Bavière.

Une nouvelle dynamique et une volonté d’expérimenter

Le seul vrai mérite des autonomes nationalistes est leur capacité à expérimenter, capacité qu’ils n’ont probablement pas programmée comme telle, mais qui s’est auto-alimentée. Telle est la fonction qu’ont indéniablement eu les AN dans la scène néonazie. Ils sont parvenus à dépoussiérer le néonazisme, en abandonnant la coupe façon Jeunesse hitlérienne et le look des gros bœufs naziskins. Avec les autonomes nationalistes, un pont a été jeté entre les besoins d’un mouvement politique et une scène culturelle jeune et connectée. Les jeunes (et jeunes adultes) d’extrême droite ont pu participer aux manifs et autres activités sans être (comme autrefois) accablés par tout un tas de règles concernant leur comportement et leur façon de s’habiller.

Alors qu’il était impensable de s’habiller autrement qu’en chemise brune lors des premières marches en mémoire de Rudolf Hess à Wunsiedel, l’image contre-culturelle de la scène a fini par être acceptée, même pour ce genre de défilés solennels. Cela n’a donc gêné personne que certains soient en survêtement à Dresde ou à Magdebourg. Savoir adapter son style vestimentaire, c’était façon de s’ouvrir à une culture jeune sans pour autant être obligé d’abandonner la référence au national-socialisme historique.

De même, ce sont les AN qui ont systématiquement introduit les différentes nouvelles formes de propagande dans la scène néonazie, comme les blogs, les vidéos sur YouTube et l’activisme sur Facebook. Du point de vue culturel, ils ont lancé de nouvelles dynamiques et ont permis d’ouvrir l’extrême droite radicale à d’autres cultures de jeunesse, ce qui a également eu des répercussions en termes politiques. Le « hardcore national-socialiste » et le rap néonazi ont pu s’établir et le style de vie straight edge ainsi que le graffiti comme art de propagande ont fait leur entrée en scène. Ce sont les AN qui se sont chargés de faire le lien entre la culture et la politique. On a vu ainsi à maintes reprises des mots d’ordre ou des thématiques de l’extrême gauche recyclés les AN, ce qui déclencha (à la grande joie des fachos) beaucoup de confusion. Ce faisant, les AN n’y sont pas allés de main morte. On peut ne pas toujours tomber d’accord sur la valeur émancipatrice de certaines analyses anti-impérialistes, mais on peut facilement reconnaître la patte de l’antisémitisme national-socialiste dans l’anti-impérialisme diffusé dans les « manifestations pour la paix » par les autonomes nationalistes de Dortmund. Et cela, ils l’ont ouvertement concédé, sans en faire aucunement mystère ni tenter de le camoufler.

Mais là où la volonté d’expérimenter des AN a dépassé les bornes, c’est précisément là où elle s’est fait stopper net : chiper les symboles, d’accord, mais on a fini par leur dire d’arrêter de venir aux manifs avec leurs drapeaux antifas.

Les autonomes nationalistes avaient-ils vécu ? Pas tout à fait. Peut-être que le label de « nationalisme autonome » va disparaître, mais le style AN continue d’être particulièrement attractif. Il s’est même étendu à toute la scène. Rien qu’à Berlin, l’autonome nationaliste Sebastian Schmidtke est devenu dès 2012 le leader régional du NPD. Les autonomes nationalistes permettent que coexistent des choses qui semblent inconciliables. Ainsi, Schmidtke en costard a pu (et peut toujours) jouer au politicien et à côté de cela se remettre à son ancien passe-temps, l’anti-antifa, avec les vieux réseaux du groupe autonome Nationaler Widerstand Berlin. D’un point de vue musical, le rap a pu s’installer durablement dans la scène néonazie.

Lors des manifestations anti-réfugiés à Berlin, la musique diffusée était presque toujours exclusivement du rap, et en tête de manif, on pouvait voir Patrick Killat, qui s’était produit en live pendant les manifs des HoGeSa sous le nom de « Villain 051 ». Or, ni ces manifestations ni ce vieux hooligan de « Villain 051 » ne sont autonomes : mais sans l’impulsion donnée par les AN les années précédentes, les manifestations racistes qui ont marqué l’actualité allemande cet hiver auraient très certainement eu un autre visage.

Les autonomes nationalistes 2.0 ?

Ce que de nombreux journalistes ont mis en avant ces derniers temps sous le nom de « Nipster » (= Nazi-Hipster), n’est a priori qu’un avatar des autonomes nationalistes, du moins dans le style. Les Nipster sont depuis 2014 une sorte de fantôme qui est dans l’air depuis la parution d’un article dans le magazine américain de la pop, Rolling Stone. Cet article avait donné un écho important aussi bien aux activités du néonazi bavarois Patrick Schröder (de la chaîne Internet FSN-TV), qu’au harlem shake publié par les Junge Nationaldemokraten de Magdebourg ainsi qu’à l’émission de cuisine « nationaliste » Balaclava Küche (cagoule en anglais) diffusée sur YouTube.

Baclava KücheEn France, Libération s’en est également fait l’écho en novembre 2014, sans faire le lien avec la mouvance des autonomes nationalistes, préférant le pittoresque de Balaclava Küche, dont les deux animateurs, cagoulés bien sûr, diffusent leur idéologie en offrant des plats vegans à leurs invités (des fachos plus ou moins connus) : il est question de produits régionaux, « bios si possible », qu’il vaut mieux acheter plutôt que les « saloperies de Nestlé, de Coca-Cola, de Kraft, d’Unilever et d’Israël ».

Tout cela correspond bien à ce qu’on sait du principe des AN, qui s’est juste paré d’un nouveau label. En gros, ce sont les autonomes nationalistes 2.0. Chez les premiers autonomes nationalistes, la différence affichée et la provocation jouaient un rôle, y compris dans leurs propres rangs. Or aujourd’hui, il y a une génération de néonazis qui se sont socialisés avec les AN et qui, lorsqu’ils arrivent dans la scène néonazie, ne font plus scandale lorsqu’ils se livrent à des expérimentations de ce genre. On peut même remarquer une étincelle d’auto-ironie ici ou là. Pour autant, cela ne signifie absolument pas un abandon des repères idéologiques du national-socialisme.

Le label AN est peut-être alors en train de disparaître parce qu’il est seulement victime de son succès. Dans la politique du symbole, les AN ont laissé des traces dont on ne peut pas se débarrasser. Ils ne brandissent plus l’emblème de l’antifa, mais on peut voir de nombreuses variations autour du logo rond aux deux drapeaux dans les apparitions publiques des néonazis. Cette façon de s’accaparer les nouveaux médias, de s’approprier les cultures de jeunesse ou encore de se montrer curieux ou prompts à essayer des choses nouvelles, c’est la marque de fabrique des AN. Et c’est entre temps devenu une habitude tout à fait intégrée par la scène néonazie.

Si, par le biais de développements politiques actuels devaient se profiler de nouvelles occasions pour un néonazisme prêt à l’affrontement et focalisé sur l’action de rue, les « vieux » autonomes nationalistes seraient certainement nombreux à refaire surface, tandis que de plus jeunes seraient ravis de les suivre en apportant leurs idées à eux. Le potentiel est là, n’en doutons pas.

D’après Antifaschistisches Infoblatt, numéro 106, printemps 2015

Cet article est libre de droit, mais nous vous demandons de bien vouloir en préciser la source si vous en reprenez les infos : REFLEXes http://reflexes.samizdat.net , contact : reflexes(a)samizdat.net

Source : Reflexes.

Ayoub, le retour : vers une Troisième Voie… de garage.

Si des gens se demandaient où était passé Serge «Batskin» Ayoub ces derniers mois, la réponse est disponible sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Comme nous l’avions pressenti dans un article prémonitoire, après l’implication de ses petits camarades de Troisième Voie dans le meurtre de notre camarade Clément Méric en juin 2013, Ayoub a eu vite fait de troquer la panoplie du skinhead pour celle de l’amateur de deux roues, entraînant avec lui quelques fidèles lieutenants. Abandonnant l’étiquette « JNR », c’est donc désormais sous les couleurs du « Praetorians MC » qu’il mène ses activités, limitées pour le moment à quelques séances photos et un concert annoncé pour ce mois d’avril…

La rumeur tenace qui courait ces derniers mois parlant d’un repli stratégique vers un club de bikers était donc vraie. Serge et une partie de ses amis ont monté le club des Praetorians à Berzy-Le-Sec, dans l’Aisne. Club qui fêtera sa première année d’existence en organisant un concert le 25 avril 2015.

Moins glamour que le XVe arrondissement de Paris où se trouvait le Local, l’ancienne tanière d’Ayoub, situé au détour d’une route de campagne dans la banlieue de Soissons, ce nouveau lieu à la fois club et salle de concert n’est rien d’autre qu’un entrepôt plus proche du local à bestiaux (pour gros bœufs) que de la salle de réception… Espérons en tout cas que son avenir est annoncé par son environnement : sur la route dite « Les Marais » et à proximité de la rivière la Crise (ça ne s’invente pas !). Espérons également que les riverains ne laisseront pas une bande de nazillons recyclés prendre racine dans leur paisible campagne.

« Je ne crains personne en Harley Davidson »

Cette attirance pour le milieu du cuir, de l’huile et des grosses mécaniques n’est pas nouveau. Déjà au milieu des années 1990, suite à la mise en sommeil des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR), lorsqu’il avait été contraint de se faire oublier et de prendre un peu de recul sur ses activités politiques, Ayoub avait choisi de se mettre au vert en se tournant vers les bikers, en ouvrant un commerce en rapport avec le milieu[1]. Lorsque dans les années 2000, après une éclipse de presque dix ans, il revient en France, c’est donc tout naturellement qu’il fait sa réapparition dans cet univers en ouvrant un bar à Paris, le Garage, rue Oberkampf, qui vise ouvertement cette clientèle. Il n’est pas rare de le croiser avec la tenue réglementaire de ce milieu : à cette période, il ne se gêne pas pour parler de « la révolution de comptoir des skinheads« , qu’il oppose aux bikers, « des vrais durs« . Mais ça, c’était avant de faire ressusciter les JNR en 2010…

Régis_Kerhuel

Serait-ce donc pour lui une espèce de monde parallèle ? Un autre « espace temps » lui permettant de se faire un peu oublier (tout en oubliant lui-même ses anciens amis) quand la justice s’approche un peu trop près ? Rappelons que lors de sa première période biker, début 2000, il avait dans la foulée lâché sans complexe son pote et alter-ego normand Régis « Madskin » Kerhuel, accusé d’avoir tué un Mauricien dans le port du Havre. Kerhuel et son co-accusé, Joël Giraud, un autre membre de la bande, étaient deux skins originaires du Havre et membres des JNR. Depuis, coïncidence, Keruel a, lui aussi, rejoint une bande de bikers, les Hell’s Angels. Les grands esprits se rencontrent !

Ayoub rentre au stand

Synthèse nationale

Cette fois encore, l’intérêt d’Ayoub pour les deux-roues coïncide étrangement avec la mise en examen de jeunes très proches de lui, accusés du meurtre du jeune antifasciste Clément Méric. Tout au long des années 2010, en relançant les JNR, Ayoub a élevé une nouvelle génération de petits pitbulls à grand coup de discours musclés, prônant le virilisme, le culte du corps et la violence, bien souvent fantasmés, et excitent les Morillo, Dufour et autres jeunes nazillons paumés du même acabit. Mais il ne compte pas assurer le service après-vente de ses délires guerriers : logiquement, comme par le passé, une fois les copains arrêtés, il se fait on ne peut plus discret, oubliant même Sebastien Deyzieu[2], laissant tomber les manifestations en sa mémoire, qu’il avait pourtant organisées les deux années précédentes. Ses dernières incursions en politique se limitent à une intervention en novembre dernier à la 7ème journée de Synthèse Nationale (une petite sauterie où se retrouvent tous les parias de l’extrême droite), ou son fameux communiqué (un des derniers de son éphémère mouvement Solidarisme) après les attaques de Charlie-Hebdo, dans lequel il conclu par un appel au vote en faveur de Marine Le Pen[3].

Nouvelle bande mais vieilles ganaches

Mais revenons-en à notre sujet : bande de joyeux drilles, les Praetorians, où, en dehors d’Ayoub himself, nous retrouvons quelques têtes connues, dont de nombreux anciens JNR, eux aussi recyclés :

En tout premier, sans surprise, le fidèle Gilles Dussauge, dit « Grand Gilles »[4]. Anecdote amusante : comme on peut le voir sur la photo, Dussauge pose fièrement au guidon d’une Ural Pustinja, joyau de l’Armée rouge : d’autres que nous pourraient s’en offusquer, et auraient très certainement préféré le voir sur une bonne vieille BMW R-75 de la Wehrmacht… À ses côtés, Baptiste Déodati, un ancien du Kop Boulogne qui fréquentait le Local à sa grande époque.

On retrouve aussi dans l’équipée sauvage Hugo Lesimple (attention : ce n’est pas un pseudo), un ancien du GUD version Édouard Klein, qui a ensuite rejoint Troisième Voie où il est vite monté en grade. Tout gominé de frais, celui-ci continue envers et contre tout à suivre son führer. Et donc logiquement il s’est mis à la motocyclette…

Autre ancienne militante solidariste, « Kristine », alias Christelle Bédard, autrefois rousse et représentante avec Benoit Arcand de Troisième Voie Québec, a trouvé sa place sur le porte-bagage d’Ayoub. Comme on peut le voir sur la photo de droite, avant de jouer les modèles pour calendrier de routier, elle préférait le style «Ilsa louve des SS»… Toujours la grande classe !

On y croise aussi d’autres anciens de Troisième Voie, présents lors des manifestations du 9 mai, comme le montre la galerie ci-dessus. Toutefois il y a tout de même aussi de jeunes recrues, comme par exemple cet ancien militaire et ancien skin de Reims, Brice Loiseau. Faut dire qu’il habite juste à côté… Esteban Morillo, qui lui aussi est quasiment un voisin, sera-t-il invité en souvenir du bon vieux temps ?

La Horde

  1. Ayoub n’est pas le seul skin eighties à s’acheter une moto. Ainsi, on ne compte plus le nombre d’anciens de cette période reconvertis chez les Hell’s Angels. on pense par exemple à Greg Zmora, ancien bonehead proche de Serge Ayoub, que l’on voit fanfaronner dans le DVD « Sur les pavés », se targuant de son passé mercenaire au côté de Bob Denard ; pourtant il semblerait qu’il n’a pas laissé un souvenir mémorable à ces anciens compagnons d’armes…
  2. Sébastien Deyzieu, militant à l’Œuvre Française, était tombé d’un toit, poursuivi par la police, lors de la dispersion d’une manifestation anti-américaine organisée le 9 mai 1994 par l’extrême droite radicale. La mort de ce jeune homme est alors récupérée par le GUD, les JNR, le Front National de la Jeunesse et l’Œuvre Française qui forment le Comité du 9 mai. Depuis, cette date est devenu l’occasion pour tous les mouvements d’extrême droite de manifester en plein Paris. De 2003 à 2009, des contre-manifestations antifascistes ont été organisées pour les contrer.
  3. « le Front National est, d’après moi, non pas la solution, mais le seul espoir de solution et de victoire. Votez FN. Ce sera un commencement ». Nous ne sommes pas pressés de voir la suite !
  4. Gilles Dussauge a appartenu à la bande de skins de Pasteur en 1982 puis ensuite au Klan et aux JNR. Il est le fidèle lieutenant de Serge Ayoub depuis des années.

Source : La Horde.

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Pour mémoire :

Serge Batskin Ayoub : Troisième Voie ou mauvaise foi ?

Suite à l’assassinat de Clément Méric le mercredi 5 juin 2013 par Esteban Morillo, militant à Troisième Voie, Serge « Batskin » Ayoub a décidé de prendre de vitesse le gouvernement en prononçant l’autodissolution des JNR et de Troisième Voie. Une occasion pour revenir sur le parcours politique du monsieur, objets de nombreuses rumeurs qui parasitent largement toute tentative d’analyse et d’information sur son compte, et son futur politique.Serge Batskin Ayoub : Troisième Voie ou mauvaise foie ?Batskin, la politique et les années 1980

Retracer le parcours de chef de bande et de militant politique de Serge Ayoub a un double intérêt. Il n’est pas question ici d’aborder toutes les légendes urbaines qui circulent sur son compte[1], mais plutôt de mettre à jour un parcours politique qui ne cadre pas avec le discours d’un homme qui aujourd’hui prétend n’avoir jamais été d’extrême droite et se plaît à brouiller les cartes en déclarant régulièrement être un véritable homme de gauche, qui n’aurait pas trahi la classe ouvrière et serait depuis sa jeunesse resté fidèle à ses idéaux.
Originaire de Bagnolet, Serge Ayoub, né en 1964, prétend ainsi à 16 ans avoir été membre du Parti Socialiste et l’avoir quitté en 1980, dégoûté par les magouilles et le système Mitterrand (Soit un an avant la victoire de la gauche aux présidentielles de 1981, quelle intuition !). Par dépit et provocation, il se serait alors tourné vers le nationalisme.

Petit déjà il traînait dans les rues …

Présent au tout début du mouvement skin en France[2], il a fait la découverte du phénomène lors d’un voyage en Angleterre à Oxford et adopte le look en rentrant en France[3]]. C’est sans doute à cette occasion qu’il fait la connaissance de Bruce Thompson, un skin anglais qui le suivra tout au long de ses « aventures » dans les années 1980 et 1990.
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Dès 1982 il traîne avec la bande de skins de Gambetta (dans laquelle on trouve, outre Batskin, Sniff, Porky, Piaf, Grand Eric, Jean Luc, Bruno de Meaux, Jovany et Ptit Willy) l’une des quatre bandes principales de l’époque sur Paris avec Tolbiac[4], Bonsergent[5] et les Halles[6]. On pouvait croiser régulièrement la bande de Gambetta dès cette époque dans le quartier du Luxembourg, au lycée privée à Saint-Sulpice, situé près de la fac d’Assas, où plusieurs skins des différentes bandes parisiennes étaient scolarisés. Le groupe va s’étoffer et quitter la place Gambetta pour traîner dans le quartier de Saint-Michel, le plus souvent autour de la boutique de disques New Rose, où se constitue ce qui va donner naissance à la bande du Luxembourg et au groupe de rock d’extrême droite Evil Skin[7].

Evil Skin

En parallèle, Ayoub s’engage dans la campagne électorale de Jean-Marie Le Pen dans le XXème arrondissement de Paris pour les municipales de 1983. C’est une époque où le Front national de la Jeunesse, dirigée par Carl Lang[8], est en charge du SO pour le FN[9] : le parti est alors encore un rassemblement hétéroclite de nombreuses tendances et les jeunes néofascistes et néonazis sont tolérés dans le mouvement, malgré leurs nombreux dérapages et provocations, puisqu’ils étaient bien souvent les seuls à accepter de coller ou de faire le SO pour le Front.

Carl Lang en plein effort. Tiré des dossiers du Canard "Le Pen le vrai"oct. 1992

La bande de skins de Bat se fait rapidement remarquer par sa violence dans le quartier de Saint-Michel et elle est priée de quitter les lieux. Les skins s’exécutent pour s’installer quelques centaines de mètres plus haut au Luxembourg. Ils sont alors rejoints entre autres par Bruno[10] et Tyran de la bande de Tolbiac, Jabba, Tintin, Pascal de Juvisy, Brochet et des skins du Havre dont Régis Kérhuel, Yvon, Eric, et Cornette. À l’occasion de la réforme Savary en 1984 des Universités, les syndicats de droite comme l’UNI, mais aussi le GUD se mobilisent et organisent des manifestations pour protester contre le projet de loi. Ces manifestations donnent lieu à de nombreux affrontements. Sur les photos d’époque des différentes manifestations, on reconnaît en première ligne la bande du Luxembourg en compagnie du GUD.

Sniff au premier plan avec un foulard blanc sur le visage

Le groupe est alors approché par Alexandre Chabanis[11], chef de la toute petite formation Révolution Occident. Mais la greffe ne prend pas, en particulier parce que Chabanis tente de monter la bande contre Ayoub qui à cette époque, travaille pour gagner sa vie dans des boutiques de disques, mais également comme colleur d’affiches pour le RPR ou comme membre de service d’ordre, comme lors d’un concert de Sos-Racisme en 1985 au Bourget !

Le Klan

En 1985, Batskin fonde officiellement le Klan (parfois appelé Nazi Klan) à partir de la bande du Luxembourg et des skins gravitant autour du groupe Evil Skin, la Zyklon Army, en faisant le ménage parmi ses membres. Après avoir distribué à toute la clique une carte officielle de membre de ce parti, sans que les gens aient donné leur avis, il demande de porter le logo du Klan, une rune d’Odal rouge sur les bombers.

Les Evil Skin/Klan en tenue de gala avec la fameuse rune rouge

 

En mai 1985, ils font une apparition lors de la manif en hommage à Jeanne d’Arc, avec une pancarte « Les Amis de Barbie », en référence à l’ancien SS Klaus Barbie, aux côtés de membres du Kop de Boulogne, dont certains étaient membres du FNJ.

Roger Holeindre, l’un des rares membres du Front national à avoir été résistant, et responsable à l’époque du SO pour le FN, charge la bande d’Ayoub, provoquant de nombreux heurts au sein de la manifestation.

Le Klan récidive en mai 1987 sous la banderole « Skins de France ». Le Klan à cette époque se rend célèbre par ses nombreux actes de violence contre les autres bandes skins et punks, mais également contre des immigrés.
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Le tout jeune Alain Perez, chanteur de Légion 88

Ils sont le sujet de nombreux reportages dans les années 1980[12] dans lesquels on peut les voir lancer des cocktails Molotov dans un hangar désaffecté…

Batskin en concert. Photo publiée à l’origine sur le blog Oi the taxman

À cette époque Serge Ayoub, en compagnie de Sniff[13], fréquente la tribune Boulogne[14]] , plus par opportunisme que par réelle passion pour le foot : le hooliganisme français montant en puissance, le futur patron du Local y voit là l’occasion de recruter de la main-d’œuvre. Batskin et ses amis sont présents lors du France-Angleterre de 1984 au Parc des Princes, où toutes les bandes skinheads de Paris avaient passé un pacte temporaire pour se retrouver et attaquer les hools anglais[15].
L’ouverture en 1986 de la première boutique skin le London’Styl, dans le XVe arrondissement de Paris, leur permet, pendant un temps, d’avoir un local. Les propriétaires s’arrangent alors pour faire dégager les éléments les plus durs au profit d’autres bandes moins marquées et moins politisées, ce qui engendre des tensions entre bandes. La même année, lors d’un concert RAC à Bourges où Evil Skin doit se produire, en marge du Printemps de Bourges, le Klan fait sensation en distribuant des tracts néonazis avant le concert, mais également par leur tenue, toute en noir (treillis et bombers) orné de la fameuse rune rouge.
Lors des mouvements étudiants contre le projet de loi Devaquet en 1986, Ayoub et son Klan, une nouvelle fois, s’associent au GUD, cette fois-ci pour attaquer les fins de cortèges étudiants. Sur [ce reportage de l’époque->http://www.youtube.com/watch?v=JyRjFmpYbK8], où l’on voit la police permettre au GUD qui vient d’attaquer un cortège d’étudiants de revenir sur Assas, on peut entendre la douce voix de Batskin se lancer dans un discours dont lui seul a le secret.
L’agitation et les contacts au sein de la mouvance nationalistes de Serge Ayoub ne tardent pas à attirer l’attention de quelques groupuscules. En 1986 Batskin et quelques membres du Nazi Klan se rapprochent du MNR[16] de Jean-Gilles Malliarakis, sans pour autant y adhérer. Après avoir amorcé de brefs contacts avec le PNFE[17]] de Cornilleau, Ayoub choisit finalement de rejoindre en 1987 Troisième Voie. Il faut dire qu’il y avait peu de place pour Batskin au PNFE, puisque des groupes de skins existant étaient déjà présents, Légion 88[18] ou Bunker 84, avec lesquels ils entretenaient des relations plus que houleuses.

Les JNR

Au sein de Troisième Voie, sur les bases du Klan et en allant chercher quelques membres au sein d’autres bandes de skins nazis en Ile-de-France, Ayoub monte un nouveau groupe, les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires. Ceux du Klan ayant refusé de suivre Ayoub à TV se tournent alors vers les Faisceaux Nationalistes Européens[19], comme Pascal Berger[20] ou quittent peu à peu la mouvance skinhead, comme certains membres de Evil Skin.

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Les JNR, installés dans les locaux de TV dans le quartier de Châtelet incarnent alors la branche skin et « prolétarienne » pour les jeunes voulant intégrer TV, le GUD se chargeant des jeunes issus de la bourgeoisie et des étudiants. Le rôle dédié aux JNR est alors la sécurité des manifestations et des rassemblements du mouvement, une activité que, à la lecture des bulletins internes du mouvement de l’époque, les JNR ont du mal à tenir[21]. On compte dans les rangs des JNR [Eric Rossi ->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article84], futur fondateur de la revue [Réfléchir & Agir->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article83].
L’objectif affiché du chef de TV, Jean-Gilles Malliarakis, était de récupérer les skins d’extrême droite comme autrefois Jeune Nation ou Occident avait tenté de récupérer les « Blouson noirs ». Il est aidé dans cette démarche par un certain Rodolphe Crevelle, aujourd’hui rédacteur de la revue le Lys Noir, et que l’on retrouve ces deux dernières années aux côtés de Serge Ayoub et de ses JNR.

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Finalement l’idée est rapidement abandonnée, Batskin et sa bande étant incontrôlables. Les JNR et Bat quittent TV en 1989, non sans avoir été utilisés par Malliarakis une dernière fois en mai 1989, pour mettre au pas le GUD, dirigé alors par William Bonnefoy[22].
Ayoub a eu l’occasion à plusieurs reprises d’avoir des explications houleuses[23] avec le chef du GUD, comme lors du 1er mai 1990 où il lui casse la gueule pendant le défilé du Front national. Quelques semaines plus tard, lors d’une soirée étudiante à Assas, Bonnefoy tente de se venger, sans succès, et il finit par porter plainte contre Batskin[24].

Sans local, boutique ou bar pour se retrouver avec ses amis, Ayoub met une nouvelle fois les pieds au Parc des Princes en tribune Boulogne, avec le Pitbull Kop. Bien qu’étant assez peu passionné par le foot de son propre aveu, le Parc des Princes lui permet d’avoir un point de ralliement fixe pour sa bande, en particulier pour Régis Kerhuel et Stephane Boigne, dit Mamouth, plus attaché au foot et au PSG que leur chef. Cette fois-ci Ayoub décide de prendre les choses en main, en publiant des fanzines : Pour le prix d’une bière et Blood & Beer.

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coupures de presse sur le Pitbullkop issue de Blood&Beer

Alors que sa bande ne fait pratiquement aucun déplacement, et qu’il doit subir la concurrence d’autres groupes de supporters violents comme les Commandos Pirate Paris, Ayoub parvient malgré tout à s’imposer auprès Canal+ (qui vient de reprendre le club) comme un interlocuteur crédible, capable d’imposer la paix dans les tribunes !
Côté politique, il monte l’association « Europa Riezel » avec la figure du nationalisme breton, Yann-Ber Tillenon malgré les quelques différends qu’ils avaient pu avoir par le passé[25]. L’expérience dure très peu de temps et Ayoub et ses JNR finissent par se rapprocher de l’équipe du journal Militant du Parti Nationaliste Français[26]. Les JNR se confondent alors parfois avec le Comité de Base Jeunesse, groupe intégrant les individus ne pouvant intégrer les JNR. Grâce au local du PNF, Ayoub continue de rassembler autour de lui plusieurs dizaines de skins nazis. Mais la cohabitation avec les anciens collabos et Waffen SS du PNF tourne court là-aussi, surtout après la diffusion par les JNR-CBJ des tracs pro-irakiens pendant la Guerre du Golfe. À cette époque, Ayoub tente d’ailleurs de prendre contact avec des islamistes radicaux comme Mohammed Mouhadjer, proche des réseaux qui ont organisé les attentats à Paris en 1986.

Petit commerce, prestations privées et dérapage

En 1992, Ayoub ouvre une boutique, le Dark Side. Il s’agit alors pour lui d’avoir son propre local, avec lequel, entouré de ce qui reste des JNR ([une trentaine d’individus->http://www.youtube.com/watch?v=-4OcVg7R6ec]), il tente de fédérer les nouvelles générations de skins nationalistes. Le 5 mars 1993, il organise dans la banlieue parisienne un meeting skinhead intitulé « les nouveaux barbares ».

Initialement prévu à Paris, le meeting sera interdit et se déroulera finalement dans un pavillon de banlieue

En juin 1993, le Dark Side est détruit par un attentat et fermé administrativement[27].

Stephane Boigne (cité plus haut) en hools en haut à gauche (vol d’une écharpe à un groupe de supporters adverse lors d’un Bordeaux-PSG en 93), en JNR en bas, et en skin aux côtés d’Ayoub. Olivier Mathieu, négationniste hystérique aura lui son heure de gloire chez Dechavanne en 1990 en réclamant "une minute de silence pour les quatorze millions d’Allemands déportés en 1945 et 1946", provoquant l’intervention musclé du Betar présent dans le public

 

 Fly du Darkside

En couv de ce n° Régis Kérhuel et sa tête de mangeur d’enfants !

Quelques temps plus tard, il ouvre une seconde boutique, le Dark Lord, et monte un label RAC Empire Records. En parallèle de ses activités commerciales, Batskin garde le contact avec les formations politiques nationalistes traditionnelles. En 1993, il se présente aux élections législatives dans la 11ème circonscription des Hautes-de-Seine, à Bagneux-Montrouge, sous les couleurs de l’Alliance Populaire[28] de Jean-François Touzé et Roland Hélie, un mouvement dont le financement est assumé en partie par le la droite parlementaire. (L’AP a d’ailleurs été l’occasion pour plusieurs anciens skins nazis de refaire un peu de politique). Ayoub obtient 0,17 % des voix…

Toujours en contact avec Carl Lang, à cette époque toujours au FN, Batskin et ses troupes sont employés par le parti frontiste, entre 1992 et 1994, comme supplétif du DPS[29], tout comme le GUD dirigé alors par Frédéric Chatillon[30]. Les JNR et le GUD avaient pour rôle de faire la chasse aux contre-manifestants lors des meetings, sans engager la responsabilité du FN ou du DPS comme au meeting du Zénith à Paris en 1992. Ce jour-là Carl Lang avait salué les troupes supplétives du SO le bras tendu, avant de les lâcher dans la rue contre les antifascistes. Quelques temps plus tard, lors d’un meeting de Carl Lang à Saint-Ouen-L’Aumône, Batskin débarque avec sept membres de sa bande et un chien pour venir épauler les membres du DPS présents ce soir-là.
Le 7 mai 1994, Ayoub et les JNR participent à l’organisation, aux côtés du GUD, d’un rassemblement anti-américain, pour protester contre la célébration du 8 mai 1945. Lors de cette manifestation, interdite par la police, un membre de l’Œuvre française trouve mystérieusement la mort en tombant d’un toit. C’est l’occasion pour toute la jeunesse nationaliste, du FNJ aux skinheads, de se retrouver au sein du Comité du 9 mai créé par Chatillon. À cette occasion, la boutique d’Ayoub, le Dark Lord, est fermée administrativement.

En 1995, il est contacté par le FN, via Carl Lang, pour être tête de liste aux élections municipales à Stains. On lui offre également un poste de permanent[31]. Il finit par décliner l’offre après que le service d’ordre du FN, le DPS sous la direction de Bernard Courcelles, a donné à la police les noms et adresses des skins d’extrême droite proches de l’Œuvre française suspectés d’avoir tué Brahim Bouarram sur le parcours du défilé du 1er mai du Front national la même année.

Les ennuis commencent

Dans la deuxième période des années 1990, Ayoub se fait plus discret : il s’éloigne du milieu skinhead et des groupes politiques pour se rapprocher du milieu biker, et plus particulièrement des Hell’s Angels. Il est arrêté en mars 1997 dans ce cadre pour possession et vente de drogue, l’ICE, de la métamphétamine d’origine japonaise, et incarcéré quelques mois à Fleury-Mérogis. Après sa sortie, il se fait alors encore discret et finit par quitter la France pour d’autres contrées, dont le Japon.
Ayoub-France-soir

Il fait un retour forcé (puisque sous le coup d’un mandat d’amener de la cour d’assises) en France en octobre 2000 pour le procès de Régis « Madskin » Kérhuel, accusé aux côtés de Joël Giraud, autre membre de la bande, tout deux skins originaires du Havre et membres des JNR, d’avoir tué un Mauricien dans le port du Havre. Lors de ce procès, Batskin, cité par Régis comme témoin, se désolidarise de son ancien camarade : en effet, il est censé être l’alibi de Kérhuel, ce dernier ayant déclaré avoir passé la soirée du meurtre à Paris en compagnie de Serge Ayoub, qui lui affirme être au Japon à ce moment là (sans réellement en apporter la preuve d’ailleurs), faisant ainsi plonger son ami pour vingt ans (il sortira en 2012). C’était certainement la seule façon pour lui de sauver sa peau, puisqu’il avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour « complicité d’empoisonnement »[32] : il obtient un non-lieu faute de preuves (Le Parisien 17 oct. 2000). Gilles Dussauge a sensiblement la même attitude, revenant sur ses déclarations à la police (où il parlait d’un troisième homme) craignant des représailles de ses anciens camarades. L’avocat des parties civiles, lui, a demandé tout de go à Ayoub : « Il y en avait un troisième [ndlr : homme]. Le portrait que vous faites ne vous correspond-il pas ? » (Le Monde 22 oct. 2010). Bien que cette affaire date de 25 ans, le meurtre de Clément par un membre du groupuscule dirigé par Serge Ayoub nous laisse un sale goût de « déjà vu »…

Retour en France

Ayoub ne refait surface qu’au milieu des années 2000 en France, toujours proche du milieu biker. Il est impliqué dans une bagarre avec des militants antifas à la Cantada après un concert de ska le 5 octobre 2005.
On le retrouve en 2006 : tandis qu’il tente de reprendre contact avec d’anciens JNR, il ouvre un premier bar rock, Le Garage, rue Saint-Maur, dans le XIe arrondissement de Paris. C’est à cette époque d’ailleurs que l’on comprend que Serge Ayoub doit avoir un casier judiciaire vierge (bien que cela soit dur à entendre), et qu’il s’est fort bien sorti de ses affaires de deal. En effet, comme on peut le voir sur cette capture d’écran, c’est en son nom qu’il prend la gérance du Garage, or tout tenancier de bar (surtout parisien) vous le dira, une des conditions pour obtenir une Licence IV est d’avoir un casier judiciaire vierge…
ayoub_et_le_Garage-a3c61
Cela participe à la rumeur selon laquelle S. Ayoub bénéficierait de protection au sein de la Préfecture : plus simplement, disons que, comme tant autres, il est plus utile à la police dehors et en activité que derrière les barreaux.

Il fait également quelques apparitions dans les manifestations nationalistes du 9 mai, au départ comme simple participant, ou à la marche organisée par des supporters du PSG en hommage à Julien Quemener, membre de la tribune Boulogne, tué par un policier lors d’un match de Coupe d’Europe. Il renoue officiellement avec la politique lors de la première université d’Égalité et Réconciliation les 8 et 9 septembre 2007 (http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article320). Le courant passe alors très bien avec Alain Soral, qui propose à Ayoub, avec le soutien financier de Chatillon, Gildas Mahé et Philippe Péninque, d’ouvrir un local associatif pour E&R et de le gérer au quotidien. Il accepte, et en 2007, il ouvre le Local dans le XVe arrondissement de Paris. Bien que la soirée d’inauguration en décembre soit un véritable succès (note : on y croise même Marc-Edouard Nabe, pas encore fâché avec Soral), l’association avec Soral et son fan-club ne dure pas très longtemps, le public de Batskin ayant énormément de mal à supporter la présence de certains militants arabes d’E&R. Une fois la reprise en main effectuée, le Local deviendra petit à petit le lieu de rendez-vous favori de tout ce que compte l’Ile-de-France comme skinheads, mais pas seulement. En même temps et de façon assez intelligente, privilégiant la fréquence des interventions à la qualité des intervenants, S. Ayoub en fera aussi un des lieux les plus actifs en termes de conférences diverses et variées. Au rythme d’une fois par semaine, le jeudi, seront invités des personnalités de tous horizons possibles, allant des royalistes, aux nationalistes-révolutionnaires, en passant par des complotistes en tout genre, jusqu’aux cadres du Front qui y tiendront tables régulièrement (C. Bouchet, R. Ménard, PM Couteaux, P. Sautarel…). Bref, sans ligne politique cohérente, contrairement à ce que pratiquent les autres formations politiques organisant des conférences (tel le Centre Charlier de l’Agrif, le Forum Jeunesse du Front, la rue croix-des-petits-champs de l’Action française…), le Local devient finalement un lieu un peu incontournable et où malgré la réputation sulfureuse de son gérant, il fait bien de s’y exprimer[33].
En parallèle du Local, il annonce la création de plusieurs associations écrans pour prévenir toute possibilité de dissolution, mais dans la réalité toutes n’existent pas réellement. On trouve entre autres : Envie de rêver (cette association, vitrine légale du Local, est un très bon exemple de l’entente entre le clan Soral et le clan Chatillon, puisque dans les statuts de l’association figure Julien Limes secrétaire général d’E&R et Sighild Blanc de l’équipe Chatillon,) La Société des Egaux, Les Edelweiss (pour les filles !) …
En 2010, il réactive les JNR et Troisième Voie et entame un tour de France des groupes nationalistes indépendants (Besançon, Lyon, Lille …) pour les rallier à lui et prendre contact avec de nouveaux militants pour renforcer les structures locales de Troisième Voie. Alors que Ayoub n’avait jamais réussi à fédérer au-delà du périphérique parisien dans ses années skinhead, ce travail de fond[34]) lui permet de relancer le défilé traditionnel en mémoire de Jeanne d’Arc de l’extrême droite française chaque deuxième dimanche de mai, au côté d’un GUD new look et de divers structures nationalistes telles que la Nouvelle Droite Populaire, le Renouveau Français, Terre & Peuple, les Nationalistes autonomes. Il en profitera pour mettre la main sur la commémoration pour Sébastien Deyzieux (le Comité du 9 mai, C9M)[35]. Plus grand monde n’ayant à cœur de se charger de l’organisation de cette marche aux flambeaux dans le quartier d’Assas[36], il déplacera la manifestation à la Madeleine et se greffera sur la traditionnelle manif pour Jeanne d’Arc, ce qui, il faut le reconnaitre, est beaucoup plus simple à gérer.

Profitant de l’arrêt de Flash, le journal d’Alain Soral et de Jean-Emile Néaumet[37], il lance Salut Public, avec une partie de l’équipe soralienne, le tout sous la direction de Hugo Lesimple[38]), ancien du GUD et « garde du corps » d’Edouard Klein. Christian Bouchet, cadre historique de la mouvance NR en France, et actuellement Secrétaire départemental du FN en Loire-Atlantique était également de l’aventure. Un détail que l’ancien chef d’Unité radicale s’est empressé de supprimer de sa fiche Métapédia[39].
Ours_Salut_public_agrandi
Bouchet_Metapedia_avant-apres

L’écriture avait déjà titillé Serge Ayoub récemment, et c’est aux éditions « Le retour aux sources » qu’il publia son premier roman intitulé « Conte barbare » en 2009[40], suivi l’année suivante d’un ouvrage co-écrit avec Michel Drac « G5G Déclaration de Guerre ». Michel Drac qu’il a rencontré à E&R avant que ce dernier ne s’en éloigne (mais comment rester proche d’un nombriliste tel que Soral !!), et qui après son départ monta une petite maison d’édition : Le retour aux sources, initialement intitulée Scriptoblog. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux ouvrages n’ont guère connu le succès, même chez les « natios ». C’est d’ailleurs avec le même Michel Drac qu’il tenta le lancement d’une revue : la revue du Minotaure, dont il ne sortira que deux numéros. Dans le second numéro, consacré à « la violence », S. Ayoub dans son édito aura cette phrase : « La violence loin d’être cette plaie de l’humanité comme on nous en rebat souvent les oreilles, en devient le moteur. ». Une fois de plus, on est bien loin du discours qu’il nous tient à la télé depuis un mois maintenant.
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En 2012, il remplace [Philippe Randa->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article201][41] dans les locaux du 10 rue Primatice (Paris 13) pour transformer la librairie Primatice en net déclin, en boutique de fringues et de musique. Seuls quelques livres (dont les siens forcément), de très rares revues (dont Synthèse Nationale de Roland Hélie) et des DVD de Semis Edition[42] figureront encore sur les rayonnages. L’expérience ne durera pas, et au bout de quelques mois il fermera boutique.
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Malgré toute cette agitation et cette sur-activité, l’année 2013 voit une partie des effectifs de TV fondre au profit d’autres structures nationalistes.
C’est donc dans des conditions difficiles que se déroule le défilé nationaliste du 12 mai 2013, où la gestion par les JNR avec les manifestants pendant l’apparition des FEMEN provoque de nombreuses critiques[43].
Si on ajoute à ces critiques et tensions la très faible mobilisation de cette année, la présence d’Esteban Morillo en tête du cortège Troisième Voie (présence remarquée forcément après coup, après la mort de Clément, puisque celle-ci interviendra à peine trois semaines plus tard) et les menaces de dissolution, on peut sérieusement s’interroger sur la possibilité pour lui de maintenir cette initiative l’année prochaine.

Mais alors …

Le futur que nous réserve-t-il ?

Légèrement acculé tout de même, il annonce donc, avec Roland Hélie à ses côtés, l’autodissolution de Troisième Voie et des JNR. Parallèlement, on va voir apparaître une nouvelle structure pompeusement dénommée « Collectif de défense des libertés publiques ». Annonce faite, tout d’abord au Local même, et puis le lendemain dans un grand hôtel parisien pour une conférence de presse donnée par un trio de vainqueurs : Roland Hélie, Richard Roudier et Eric Miné. Ce tout nouveau collectif en construction déclare bénéficier du soutien de nombreuses « personnalités », dont Renaud Camus, Christian Vanneste ou encore Guillaume Faye, autant dire, que des spécialistes effectivement des libertés, surtout de la liberté de tenir des propos inacceptables sur l’Islam, les homos…

Mais revenons-en à ce fameux trio.

Roland Hélie et Richard Roudier sont les rares présents derrière Ayoub depuis le meurtre de Clément. Le premier en étant le seul a oser encore apparaitre à ses côtés (notamment dès ses premières déclarations publiques). Le second en annonçant que le soutien à Esteban passera par le Comité d’Entraide aux Prisonniers Européens (CEPE), anciennement lié au Bloc Identitaire. Cette structure est restée dans le giron de la famille Roudier[44] .

Finalement peu étonnant, quand on y regarde de plus près. Roland Hélie est l’un des rares « politiques » (avec Robert Spieler et Pierre Vial) à défiler aux côtés des JNR et de TV pour la fête de Jeanne d’Arc, et surtout il connait bien Serge Ayoub depuis l’expérience Alliance Populaire. Et son soutien sera sans faille, allant même jusqu’à faire de la mort de Clément Méric une « affaire Esteban », un « mensonge d’État » comme l’indique la couverture du dernier numéro de sa revue Synthèse Nationale. Quant à Richard Roudier, si le rapprochement est assez récent[45], un vieil ami commun a clairement dû faciliter le rapprochement. Rodolphe Crevelle, que Serge Ayoub a rencontré a l’époque du MNR de Malliarakis, se trouve être également une très ancienne relation de Richard Roudier, bien qu’idéologiquement assez éloigné tous les deux. Crevelle est en effet réapparu aux côtés de Richard Roudier fin 2010 lors du soutien à « Papy Galinier », emprisonné à Béziers[46].

R. Roudier à gauche en chemise noire, et chemise blanche à droite pour R. Crevelle

C’est quasi à la même époque que Crevelle fera l’éloge de son vieux skin de copain, notamment dans un des tout premiers numéros du Lys Noir sous le titre de « Non, Serge Ayoub n’est pas un flic ». Comme quoi, quand on parle de rumeur tenace… Par la suite, il s’affichera sans complexe aux côtés d’Ayoub et de ses JNR.
Enfin, et pour finir le troisième personnage, moins connu et présenté simplement comme un écrivain, a lui aussi un lourd, très lourd passé. Mais pour le coup assez éloigné d’Ayoub, et plutôt proche de l’équipe Chatillon (encore lui !). Éric Miné, passé par le PFN, la FANE ou encore l’Œuvre française est le fils de [Guislaine Allard/ Maskelevitch->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article202], il fut le premier gérant de la librairie L’Æncre où sa mère s’occupait de la comptabilité. Il se trouve qu’elle est aussi actionnaire de l’Omnium des Minerais d’Afrique Centrale (OMAC) de l’ex-gudard Yann Tran-Long[47] (qui avec son frère Minh est très proche de F. Chatillon et de Marine Le Pen). Par la suite, Éric Miné participe à la revue « Pas d’panique à bord » aux côtés de Philippe Randa et Nicolas Gauthier dans les années 1990, puis sera membre de Générations Le Pen[48], premier véritable « outil » de dédiabolisation de Marine Le Pen. Dernièrement, il s’est fendu d’un billet de soutien à Renaud Camus[49], billet dans lequel sa définition de la « liberté d’expression » nous parait tout de suite plus claire : « Je constate quotidiennement combien il est difficile, voire périlleux, d’éclairer le lecteur sur ces sujets, tant il est devenu politiquement incorrect d’évoquer les comportements des humains selon leurs origines, leur race (mot tabou s’il en est !), ou tout simplement leur religion, même si ces notions parfaitement audibles pour tout un chacun induisent, dans le cas qui m’intéresse, des affinités ».
C’est donc tout naturellement que nous le retrouvons aujourd’hui participant au site de Robert Ménard, Bd Voltaire, notamment au côté de Renaud Camus, qui lui a rendu la politesse en soutenant à son tour le lancement du « Collectif de défense des libertés publiques ».

Pour l’instant, hormis l’annonce d’une manifestation le 14 septembre prochain à Paris « Contre la répression socialiste », qui sera en réalité une manif de soutien à Esteban[50] , le collectif naissant ne nous laisse guère la possibilité de distinguer quelles seront réellement ses activités, son poids au sein de la mouvance et son influence sur les militants en marge du Front.

Une piste tout de même : entre le choix d’une stratégie de la victimisation, et son entourage d’éternels loosers de l’ED, l’étant un peu lui-même, il ne parait pas du tout évident que le « beau Serge » réussisse à nouveau à fédérer autour de lui autant de monde que ces deux-trois dernières années. D’autant que, pour une bonne partie de son public favori, les subtilités et les rouages de la politique n’étant pas leur tasse de Kronenbourg, on peut douter fortement que ses éternels boneheads se complaisent au sein d’un fort peu glorieux « Collectif de défense des libertés publiques ».

Et pourtant, preuve en est, un certain réseau demeure !

  1. On ne s’attardera pas comme souvent dans les articles le concernant, sur la profession de sa mère ou ses origines réelles ou fantasmées[]
  2. Le mouvement skin en France à son origine n’était pas politisé. Les premières bandes comme celles des Halles ou en banlieue parisienne, tenaient plus de la bande de rue classique[]
  3. interview en 2006 de Batskin [« Paris - Skinheads Vs. Bikers »->http://typepad.viceland.com/vice_france/2006/10/paris_skinheads.html[]
  4. Bande liée au groupe de oi les Tolbiac’s Toads, en contact avec des mouvements nationalistes comme l’Œuvre française, la FANE ou Troisième Voie. Le groupe reste très populaire aujourd’hui chez les amateurs de oi, et pas seulement chez les skins nationalistes. Le guitariste du groupe a récemment fait parler de lui, en avril 2012, pour avoir agressé un patron de bar à Limoges et tenté de le poignarder. Il se trouve (oh, hasard !) que cet ancien skinhead est aussi le secrétaire départemental de Haute-Vienne du Front national. Au moment de l’agression, Marine Le Pen avait déclaré : « S’il est condamné, je pense qu’il ne devra plus rester (cadre du FN) ». C’est donc en toute logique que l’on verra Vincent Gérard sur l’estrade de la place de l’Opéra lors du 1er mai frontiste de cette année aux côtés des cadres du parti , et qu’il sera maintenu à son poste ! Vincent_Gerard_1ermai_2013[]
  5. Qui donnera naissance à l’un des tout premiers groupes oi à enregistrer un disque, les Swingo Porkies. Ce groupe était totalement apolitique et rencontrera des problèmes avec des bandes de skins nationalistes. Pour plus de détails, nous vous invitons à lire l’interview d’un ancien membre du groupe en Juin 2002 : http://benjamos.free.fr/frames/swingo.htm[]
  6. La bande des Halles, qui a pris naissance sur une précédente bande qui ne comportait pas de skinhead, serait la toute première bande de skinheads à Paris. Elle n’avait rien de politique et était composée de garçons et de filles de différentes origines. Cela n’empêchera pas une partie du groupe de donner dans la provocation devant certains médias. Sur la bande des Halles et le début du mouvement skinhead en France, ainsi que Kop of Boulogne, lire [l’interview de Fabian->http://benjamos.free.fr/frames/fabian.htm], l’un des premiers skins français[]
  7. Composé de Sniff, Regis Kerhuel (remplacé ensuite par Bertrand membre du groupe RAC Bootboys), Renaud, Luke, P’tit Willy et Cornette le premier batteur. Evil Skin est l’un des groupes RAC (Rock Against Communism) les plus populaires dans le milieu skin, qu’il soit apolitique ou d’extrême droite. Ouvertement néonazis d’après les textes du groupe, les différents membres tentent aujourd’hui de prétendre qu’il n’y avait rien de politique et que tout n’était que provocation[]
  8. Une personnalité qu’on retrouvera souvent tout au long de la carrière de Batskin[]
  9. Ce n’est que quelques temps plus tard qu’apparaitra officiellement le DPS, Département Protection Sécurité, monté par le « Colonel Janbart » (de son vrai nom Jean Fort), avec l’aide d’anciens du SAC, lui-même étant un ancien de l’OAS-Métro, incarcéré pour cela. Il est décédé le mois dernier. Roger Holeindre avait également tenté de discipliner les skinheads au sein du service d’ordre du FN, sans succès[]
  10. Chanteur des Tolbiac’s Toad[]
  11. Vieux militant nationaliste, entre autres à Occident[]
  12. Certains journalistes à l’époque, à la recherche de sensationnel n’hésitaient pas à « chauffer » la bande d’Ayoub pour filmer quelques agressions. C’est le cas en particulier le 22 avril 1990. Pour les besoins d’un reportage pour la chaîne La 5, Batskin et quelques JNR, dont Eric Rossi et Joël Giraud, agressent un Africain, Karim Diallo, sous les caméras des journalistes. Ils seront condamnés à 8 mois de prison avec sursis en janvier 1994 pour cette agression[]
  13. Sniff se fera tirer dessus par un punk en 1984 à la sortie d’un bar, suite à une embrouille qui s’était déroulée au Parc des Princes. Sniff restera paralysé[]
  14. Concernant l’apparition des premiers skins dans la tribune Boulogne et sa droitisation, nous renvoyons vers cette [interview du chanteur de Sherwood Pogo->http://www.sofoot.com/blogs/marxist/interview-de-manu-un-des-fondateurs-du-kop-of-boulogne-148597.html] ainsi que cet [historique ->http://www.sofoot.com/blogs/marxist/kop-of-boulogne-the-story-122994.html[]
  15. [Reportage de 1985 sur le PSG->http://www.youtube.com/watch?v=wmM5Veh8-T0] où on voit Fabien parler du match France-Angleterre. Bastkin, sans doute par pudeur y fait une petite apparition, masqué, devant un drapeau nazi[]
  16. Mouvement Nationalistes Révolutionnaire, mouvement néo-fasciste et nationaliste révolutionnaire qui fait la jonction entre les groupuscules des années 1970 et la génération des années 1980-1990[]
  17. Parti Nationaliste Français et Européen. Parti nazi issu d’une scission du PNF. Le PNFE aura la particularité de vouloir recruter un maximum de skinheads d’extrême droite. Ses membres seront à l’origine de plusieurs attentats anti-immigrés dans les années 1990. Pour plus de détail voir l’article que nous leur consacrions en 1993 : [PNFE le retour.->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article432[]
  18. Groupe RAC de l’Essonne, connu pour ses propos ouvertement racistes et néonazis. Militants au PNFE, ses membres seront en particulier arrêtés pour avoir mis le feu à des permanences du PCF et de la CGT, notamment le chanteur Alain Perez qui se convertira dans les années 1990 au végétarisme et au soi-disant « apolitisme » avec son groupe Tribal Zone, tout en gardant ses contacts bien entendu avec ses vieux potes et continuant à fréquenter certains RAC ! Des compilations ou des albums tribute (avec entre autres Fraction, dans lesquels on retrouve Philippe Vardon et Fabrice Robert) sont sortis dans les années 2000, avec l’autorisation du groupe, comme il était stipulé à chaque fois ! Légion 88 seront les grands ennemis d’Evil Skin, les premiers reprochant aux seconds les origines iraniennes de leur chanteur Sniff, de son vrai nom Iman Zarandifar[]
  19. Mouvement néonazi qui a pris le relais de la FANE[]
  20. Il deviendra par la suite responsable de la sécurité pour le PSG via la société Challengers jusqu’au début des années 1990[]
  21. Jeunesse Française des années 80-90 : La tentation néo-fasciste, Eric Rossi, LGDJ. p.284[]
  22. Ancien du FNJ, exclu en 1983, il adhère ensuite à Troisième Voie puis au GRECE. En 1987 il serait parti combattre au Liban et à son retour aurait intégré le GUD, pour en devenir le chef. Dans les années 2000 il se fera remarquer pour ses relations houleuses avec de nombreuses figures de l’extrême droite alors qu’il était le responsable des éditions L’Homme Libre[]
  23. D’après un petit texte que fait circuler Hervé Ryssen, Bonnefoy est en partie à l’origine de certaines rumeurs concernant les possibles origines extra-européennes d’Ayoub. Le second étant [Hervé Guttuso->http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article146], autre grand ennemi de Serge Ayoub. S. Ayoub vu par Guttuso, dans sa revue WOTAN (Will of the Aryan Nation), ça donne cela : Wotan-Ayoub_no17-dessin[]
  24. Issu du texte William Bonnefoy : un « Homme libre » février 2011[]
  25. Ayoub avait agressé Yann-Ber Tillenon en 1988 à la sortie d’un meeting de Troisième Voie ![]
  26. Le PNF regroupe d’anciens engagés dans les Waffen SS français qui ont en particulier fondé le Front national ![]
  27. L’attentat n’a jamais été élucidé. Certaines mauvaises langues dans le milieu nationalistes comme la revue Réfléchir & Agir laissent entendre qu’Ayoub était derrière cet attentat. La destruction du local lui aurait permis de se mettre en faillite et donc de ne plus honorer ses fournisseurs[]
  28. Fumeux projet regroupant d’anciens du PFN, Parti des Forces Nouvelles, scission et concurrent du FN dans les années 1970 dont on retrouve de nombreux membres aujourd’hui à la Nouvelle Droite Populaire et du Parti de la France de Carl Lang[]
  29. voir à ce sujet le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le DPS[]
  30. et cela malgré des relations houleuses entre ces deux là, comme le rappele le Canard Enchainé du 10 mai 1995 : « Ayoub s’est retrouvé en correctionnelle pour avoir bousculé au autre figure du GUD, Frédéric Chatillon »[]
  31. Interview, Libération du 30 avril 1996[]
  32. James Dindoyal, la victime fut contrainte à boire une canette contenant un produit toxique, très certainement du peroxydase que Kérhuel gardait dans sa voiture, puis il fut jeté à l’eau. Il décédera au bout de 15 jours, l’estomac et l’œsophage complètement détruits[]
  33. Sur les fréquentations du Local, voir l’article http://brasiersetcerisiers.antifa-net.fr/les-amis-d-ayoub[]
  34. La réussite de Batskin avec ce Troisième Voie version 2010, c’est d’avoir su attirer à lui de nombreux groupuscules locaux (Front des Patriotes à Limoges, Lyon Dissident à Lyon, Opstaan à Lilles, Picard Crew d’Amiens, et même les Nationaux Bolcheviques « Nazbols » de l’Etang de Berre, ceux-là même qui soutiendront Marine Le Pen l’année dernière à Aix en Provence[]
  35. Sur l’histoire du 9 mai, Voir l’article : http://lahorde.samizdat.net/2013/07/06/le-9-mai-a-paris-un-rendez-vous-de-lextreme-droite-radicale-depuis-1994/[]
  36. Cela faisant suite à diverses embrouilles, intrinsèques à ce petit milieu, mais aussi très certainement à la mobilisation des antifas radicaux, de plus en plus nombreux à s’interposer face à leur cortège[]
  37. Ancien de National Hebdo, il participe sous son pseudo Nicolas Gauthier au site de Robert Menard Bd Voltaire[]
  38. Bien que souvent dans l’ombre, il peut-être considéré comme le bras droit d’Ayoub (attention il n’y a pas de jeu de mots[]
  39. Métapédia : un Wikipédia pour les fafs, fait par des fafs, en l’occurrence Bouchet himself, ce qui lui cause pas mal de soucis ! Sa participation à Salut Public a bizarrement disparu de sa fiche, et ce dès le lendemain du meurtre de Clément (voir copies d’écrans). Certainement pour cause d’incompatibilité avec son investiture FN pour les municipales de 2014 à Nantes, puisqu’une fois de plus, faut-il le préciser, il n’y a aucun lien entre le Front national et Serge Ayoub, du moins selon sa présidente !![]
  40. C’est grâce à ce roman que Christine Tasin, toujours aussi fine analyste politique, avait compris qui était réellement Serge Ayoub : « Son roman est celui d’un humaniste », sans commentaires[]
  41. Editeur d’extrême droite[]
  42. Quoi de plus normal de les trouver là, Semis Edition (ou Semis Diffusion) fut créé par Robert Spieler et Roland Hélie et a eu comme adresse commercial la librairie Primatice. On trouvait dans son catalogue, en plus de l’auto-promotion des parias du FN : P. Sidos, P. Vial ou encore A. Raffard de la Briène, les classiques de Léni Riefensthal ou encore les chants de la Hitlerjugend[]
  43. http://www.comprendrelencule.com/wordpress/?p=164, et plus généralement sur ce 9 mai voir aussi http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article496[]
  44. Le fils de Richard, Martial Roudier en a d’ailleurs bien besoin puisqu’il vient de prendre deux ans fermes pour avoir poignardé un jeune antifa à Nîmes. Étonnamment, il ne s’en sort pas si mal puisque, mis en examen pour « tentative de meurtre », il sera finalement jugé en correctionnelle pour « violence avec arme » ; de quatre ans fermes initialement demandés par le parquet, il n’écopera que de deux. Pour couronner le tout, il semblerait aux dernières nouvelles qu’il bénéficie d’un aménagement de peine et ne fera pas un seul jour de prison. Une fois de plus, entendons-nous bien, nous ne nous reposons pas sur la justice bourgeoise pour lutter contre l’extrême droite, mais d’un autre côté, ils nous font doucement rire les fiers guerriers lorsqu’ils pleurent sur les pseudos persécutions dont ils seraient victimes. Définitivement, nous n’avons pas la même conception de la répression, et il nous semble que les roms et/ou les sans-papiers la subissent bien plus que les militants nationalistes![]
  45. En décembre dernier, ils animaient ensemble à Paris un diner-débat « Faisons l’union sacrée ! », puis à Reims le mois suivant. Devenu inséparables on les a vus ensemble au colloque de Jeune-Bretagne à Chartres en mars, puis tout naturellement Richard Roudier « est monté » à Paris, tout seul mais quand même au nom d’un « réseau » le Réseau Identité, pour participer à la commémoration du 12 mai de cette année[]
  46. C’est d’ailleurs Crevelle qui amena au soutien à Galinier des personnalités telles que le Prince Sixte Henri de Bourbon-Parme, dont il est un proche, ou encore Elie Aboud, député UMP de l’Hérault ; dans ce dernier cas, ce n’est pas au nom d’une vieille amitié mais plutôt pour « service rendu » que le député est allé rencontrer René Gallinier en prison, pour le plus grand plaisir des Roudier. Nous aurons l’occasion de revenir sur Crevelle, ses relations et ses bons services ![]
  47. Xavier Renou « La Privatisation de la violence. Mercenaires & sociétés militaires privées au service du marché » édition Agone 2006[]
  48. Il est interviewé dans leur revue Aviso (n°9), dont le directeur n’est autre que Louis Aliot[]
  49. Mis en examen suite à une plainte du MRAP pour ses propos tenus lors des « Assises sur l’islamisation de l’Europe »[]
  50. Tout en y associant les interpellés des Manifs pour Tous, dont le fameux Nicolas emprisonné pour deux mois, afin de noyer le poisson. Si on ne peut se satisfaire d’une condamnation aussi lourde pour bien peu de choses finalement, c’est tout de même assez drôle de voir le bon peuple de droite découvrir qu’il y a en France de la répression !![]

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