[Cirque électoral] Nouvelle Donne, le patronat et la flicaille.

 Posted by on 2 juillet 2015 at 18 h 43 min  Actualité nationale  Commentaires fermés
juil 022015
 

A la suite deux articles issus du site de contre info tourangeau La Rotative, autour de Nouvelle Donne, parti recyclant les vieilles ritournelles keynesienne de Roosevelt. Ces deux articles soulignent les complicités de la direction du Parti avec le patronat et les Partis institutionnels, dénoncent également le soutien actif de Larroutourou aux techniques maintien de l’ordre au moment de la mort de Rémi Fraisse. Nouvelle Donne ne fait que confirmer ce que son essence keynesienne porte : le sauvetage de l’Etat et du capital autour d’un Etat-nation fort. Ce qui vise à séduire un public-cible large.

À Tours, les partis de gauche s’allient avec Nouvelle Donne. À la Baule, Larrouturou trinque avec Gattaz

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Alors qu’à Tours, Nouvelle Donne pourrait être associée à une union de la gauche pour les élections régionales, le patron de cette formation conclura dimanche le « sommet des dirigeants » organisé à la Baule par l’Expansion et l’Express et ouvert par Pierre Gattaz. De quoi s’interroger sur la présence de Nouvelle Donne dans une telle alliance.

À Tours, des partis et organisations situés plus ou moins à gauche de l’échiquier politique (notamment le Front de gauche (PC et PG), la Gauche unitaire, C’est au Tour(s) du peuple ou le NPA) ont décidé de jouer la carte de « l’unité » pour préparer les élections régionales de décembre 2015. L’idée est de se réunir et de s’allier par exemple avec Europe-Écologie-Les-Verts mais aussi, cela s’est déclaré plus récemment, avec Nouvelle Donne.

Un parti qui recrute des militants sur la base du ras-le-bol de la politique traditionnelle en vendant de la « participation » et de la « citoyenneté » à tours de bras mais qui sert essentiellement à satisfaire les ambitions de son leader, Pierre Larrouturou. Un leader qui s’était démarqué lors de la mort de Rémi Fraisse en réclamant des arrestations préventives pour les méchants militants. On imagine qu’il doit être aujourd’hui ravi puisque la « commission d’enquête parlementaire sur les missions et modalités du maintien de l’ordre républicain dans un contexte de respect des libertés publiques et du droit de manifestation » (ça ne s’invente pas !) créée suite à cet évènement tragique propose une interdiction de manifester pour les militants reconnus comme « violents » afin d’éviter que la police ne les tue ou ne les mutile.

Pierre Larrouturou clôturera le « sommet des dirigeants » de l’Expansion

Parmi les leitmotiv de Nouvelle Donne il y a l’idée qu’il faut discuter et s’organiser avec tout le monde, du précaire au patron de PME [1]. Une idée qui a notamment conduit le parti à inviter Étienne Chouard à son université d’été en 2014.

On imagine que c’est cette même idée — à moins que ce ne soit son désir éternellement inassouvi de lumière médiatique — qui a poussé Pierre Larrouturou à accepter d’assurer la conclusion (en collaboration avec Michel Barnier (UMP)) du premier « Sommet des dirigeants ». Un évènement organisé par l’Express et l’Expansion à la Baule les 12, 13 et 14 juin 2015.

Le titre — « comment redresser la France ? » — laisse assez peu de place au doute quand à ce qui va s’y dire d’un point de vue politique tant cela sonne dans l’air du temps d’un pessimisme économique dont le seul salut serait l’amplification de la logique néolibérale. Les doutes se dissipent encore quand on voit que l’introduction est assurée par le patron du MEDEF, Pierre Gattaz. Le programme précise que cette introduction sera « modérée » par le directeur de la rédaction de l’Express, Christophe Barbier. Quand on connaît les inclinaisons idéologiques de ce dernier, on doute que tout cela soit très modéré [2].

Ce sommet d’entre-soi des classes dirigeantes — politiques et économiques — se tiendra dans un hôtel 5 étoiles, l’Hermitage Barrière de la Baule avec un dîner d’ouverture sur, tenez vous bien, « l’Eden Beach ». Pour y venir, des rames de TGV depuis Paris seront spécialement réservées aux participants afin qu’ils soient bien assurés de ne pas trop croiser la plèbe. Le programme mêle loisirs et conférences.

Au micro se succèderont grands partons et hommes politiques. Les sessions ont des intitulés avenants qui laissent présager de l’ouverture des débats qui y auront lieu tant les réponses sont quasiment contenues dans les questions : « Quelles réformes structurelles ? », « Quelle méthode pour la réforme ? », « L’Union nationale, la solution ? », « Réindustrialiser le pays ? », « La France 3.0 est en marche » et « La piste verte ». La séance de clôture où interviendront Michel Barnier et Pierre Larrouturou — elle aussi « modérée » par Christophe Barbier — posera la question « faut-il plus ou moins d’Europe ? ». On a hâte de connaître la réponse.

Outre Pierre Gattaz et le patron de Nouvelle Donne, on trouve parmi les intervenants Éric Woerth, Hubert Védrine, Pascal Canfin, le délégué général de l’Institut de l’entreprise (Frédéric Monlouis-Félicité) ou Denis Payre, le leader de Nous Citoyens (équivalent (ouvertement) de droite de Nouvelle Donne). On trouve aussi des patrons de grosses boîtes et d’entreprises de consulting, la députée PS Karine Berger, la vice présidente du MEDEF Paris (Michèle Assouline) ou des inconnus du grand public au pédigrée amusant comme Gilles Babinet, présenté comme « multi-entrepreneur et responsable des enjeux numériques auprès de la Commission européenne » [3]. Rien que du beau monde… vaguement de gauche.

Une dernière info pour la route. S’il vous venait l’envie de participer, sortez vite le chéquier parce que ce n’est pas donné. Il en coûte ainsi 2580€ TTC pour un participant. Bien sûr, comme dans ces milieux là on est bien élevé, vous pourrez amener votre « accompagnant » (sic ! c’est qu’on sait ménager les subtilités au cas où madame ne soit pas une épouse légitime…) pour quelques menus euros supplémentaires, le tarif couple étant de 4080€ TTC pour trois jours de sauterie. Une paille. Notez, qu’à ce tarif tout est compris… ou presque. Le programme précise ainsi que tous les loisirs ne sont pas accessibles et que golf, spa, tennis et activités nautiques comptent en suppléments. Mesquin ! On espère qu’à Nouvelle Donne ils ont organisé une quête pour payer le 18 trous de Pierre Larrouturou.

Attention sympathique, ce programme peut bénéficier d’un agrément de formation. Sûr que si vous y allez vous en ressortirez plus compétents… en idéologie dominante.

Alors, Nouvelle Donne dans une alliance de gauche ?

Le fait que Pierre Larrouturou soit invité à clôturer un tel cirque en dit long sur la manière dont il est perçu — et son parti avec lui — par les militants du néolibéralisme que sont les participants et les organisateurs de ce sommet. Clairement, leurs craintes de le voir prononcer un discours un tantinet subversif vis-à-vis des intérêts qu’ils défendent sont nulles. On ne s’en étonne pas vraiment mais on a un peu de mal à comprendre ce qu’un parti dirigé par un type dans ce genre a à voir avec des organisations de gauche.

On le dit aux militants sincères de Nouvelle Donne : quittez le navire avant d’avoir investi trop d’énergie et de convictions dans cette énième supercherie électoraliste.
On le dit aux militants sincères des partis de gauche : avant de suivre la même voie, faîtes au moins en sorte de dégager Nouvelle Donne de vos alliances.

Marion Richard et Pablo Ribeiro


Notes

[1] Pour vous faire une idée plus précise du corpus philosophique de Nouvelle Donne, vous pouvez lire sur la Rotative, l’article « Larrouturou sur le Testet : le véritable visage de Nouvelle Donne ».

[2] Voir par exemple cet extrait savoureux des Nouveaux chiens de garde où Christophe Barbier tend la perche à BHL pour dénoncer la violence des syndicalistes contre les patrons : http://www.dailymotion.com/video/xnhifd_les-nouveaux-chiens-de-garde-extrait-6_shortfilms?start=3

[3] Notons au passage que comme Pierre Larrouturou, Gilles Babinet est un grand défenseur des libertés publiques. En 2013, il déclarait ainsi à la revue L’Usine Nouvelle qu’« il faut fermer la Cnil, c’est un ennemi de la Nation » en raison de « sa régulation excessive » (sic !).

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Larrouturou sur le Testet : le véritable visage de Nouvelle Donne

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Pierre Larrouturou, leader de Nouvelle Donne, a signé sur Reporterre.net une chronique, finalement expurgée, sur la mort de Rémi Fraisse dans laquelle il en appelait à une répression accrue à l’égard des militants. Où il allait jusqu’à proposer d’interpeller au début des manifestation tous ceux dont le look serait problématique. Cette chronique est abjecte mais guère surprenante de la part de celui dont le parti joue à fond la carte républicaine et se pose en apôtre d’un État fort. Elle montre en fait le vrai visage de Nouvelle Donne : un parti qui séduit en disant vouloir faire de la politique autrement mais qui défend fondamentalement l’ordre établi. Voici quelques éléments de compréhension.

Nouvelle Donne, vieilles recettes

Nouvelle Donne est le parti qui descend directement du Collectif Roosevelt. Un groupe formé de personnalités médiatiques (aussi (peu) diverses que Pierre Larrouturou, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Michel Rocard, Eric Piolle ou encore Caroline Fourest et Jean-Marc Ayrault [1]) qui proposait aux candidats aux présidentielles de 2012 de se positionner sur 15 questions portant sur les enjeux économiques et sociaux. Le collectif portait dès ses fondements ce qui fait aujourd’hui encore les bases de Nouvelle Donne : une fascination pour les instances républicaines et une stratégie de communication léchée s’appuyant essentiellement sur la renommée de ses soutiens.

En 2012, suite à la victoire de François Hollande, Pierre Larrouturou et Stéphane Hessel, au lieu de s’indigner, décident de rejoindre les rangs du parti au pouvoir pour y défendre leurs révolutionnaires idées. Ils présentent une motion au congrès du parti, celle-ci reçoit 11,8% des suffrages. Mais le PS est ingrat et n’accorde aucune place éligible pour les élections européennes de 2014 à ceux qui ont porté cette motion. Vexé et privé de strapontin d’élu, Pierre Larrouturou claque la porte et part fonder son propre parti, celui où il aura les coudées franches pour faire valoir ses ambitions. Nouvelle Donne est née.

Évidemment, pour espérer être élu, il faut occuper un créneau. Pierre Larrouturou va trouver le sien : il dégaine la corde de la critique de la professionnalisation du pouvoir et vante donc l’implication citoyenne. Les éléments de langage maison alternent donc entre l’exaltation de la citoyenneté, l’apologie des référendums, l’ode à la transparence et l’appel constant à la fin du métier de politicien. Le tout est enrobé d’un verbiage au républicanisme bon teint. Pour ne prendre qu’un exemple, voici ce que l’on peut trouver dans les propositions de Nouvelle Donne : « Les citoyens ont de plus en plus le sentiment que le pouvoir est confisqué par une petite oligarchie : il est urgent que nous, citoyens [2], nous reprenions la main. Pour cela, il faut créer une force politique nouvelle et changer le fonctionnement de nos institutions ». C’est sur ce fond de commerce que Nouvelle Donne va prospérer et recruter, en moins d’un an, 11000 adhérents [3].

L’objectif affiché par Pierre Larrouturou dans un entretien accordé au Parisien le 27 novembre 2013 est de ratisser large : « Nouvelle Donne est ouvert à tous ceux qui ne veulent pas baisser les bras, qui pensent que le progrès social est encore possible. Nous irons aux européennes de mai 2014 avec des citoyens qui s’engagent pour la première fois et avec des militants et des élus venus du Front de gauche, du PS, d’EELV, du MoDem, des patrons de PME et des précaires comme Isabelle Maurer, la chômeuse de Mulhouse qui a montré à Jean-François Copé ce qu’est la pauvreté ! ». On le comprend bien, Nouvelle Donne pense dans le sens du vent en affirmant comme à peu près tous les politiciens aujourd’hui que tout se vaut, que les valeurs politiques (celles qui, justement, séparent la droite de la gauche… le parti ne se revendique d’ailleurs d’aucun côté) n’ont plus de sens, qu’il faut faire avec toutes les bonnes volontés (vaste programme !) et surtout que les intérêts d’un précaire et d’un patron sont compatibles (la bonne blague !).

Larrouturou vendant la sauce du PS avant de changer de produit, octobre 2012

Parfois cette ouverture revendiquée pousse même le parti à s’afficher avec des individus peu fréquentables. Nouvelle Donne n’a par exemple pas hésité à inviter Étienne Chouard à son université d’été 2014. Pour rappel, Étienne Chouard est un type qui sous le prétexte idiot qu’il faudrait discuter avec tout le monde s’accoquine avec Dieudonné et Alain Soral, qui se revendique nationaliste, qui croit que le monde se gouverne par les complots et notamment, bien sûr, celui ourdi par les sionistes et qui pense que les antifascistes sont payés par le pouvoir. Parfois, chez Nouvelle Donne, ça sent quand même bien le rance.

Dans un contexte où de plus en plus de gens ne croient plus, à raison, en la politique traditionnelle et en la démocratie représentative, le discours critique sur les professionnels de la politique et les institutions a logiquement séduit nombre de militants, sans doute pour l’essentiel sincères. Sauf qu’il est trompeur et populiste. D’abord parce que la ligne de conduite et la direction du parti sont entre les mains d’un petit nombre de cadres ambitieux (essentiellement ses deux co-présidents, Pierre Larrouturou et Isabelle Attard (députée du Calvados, élue à l’époque sous l’étiquette PS-EELV)). Ensuite parce que les militants ne décident que de détails à la marge, même si le parti leur demande actuellement leur avis via une consultation où ils doivent se positionner sur 85 questions qui permettront de rédiger les nouveaux statuts. Leur action consiste en réalité essentiellement à organiser localement la propagande du parti. Le seul objectif de ce joli discours n’est pas de renouveler la manière de faire de la politique, sans quoi Nouvelle Donne en appellerait sans doute à la fin des partis, mais bien de légitimer la parole des leaders du mouvement par une assise supposément populaire.

Pour ce qui est des idées sur l’économie, sensées être la spécialité de Pierre Larrouturou, rien de bien renversant. Comme son nom l’indique Nouvelle Donne, qui prétend donc innover, s’inspire du New Deal de Franklin Roosevelt (d’où le nom du collectif qui a précédé le parti), un programme vieux de 80 ans et qui, à notre connaissance en tous cas, n’a pas changé grand chose à la bonne marche du capitalisme au 20ème siècle. Le parti ressort donc la bonne vieille recette keynésienne : il faut relancer la croissance par l’investissement public ! Évidemment, il faut bien se mettre à la page, cette fois la croissance est verte. Pour résorber le chômage, le parti suggère une nouvelle réduction du temps de travail. D’autres propositions, aussi consensuelles, mollassonnes et déjà entendues cent fois, complètent le programme : rendre l’impôt plus progressif, boycotter les paradis fiscaux, réguler la finance et construire une Europe « vraiment » démocratique. Rien de bien révolutionnaire donc mais une constante évidente : il faut un État fort !

Des cautions morales, des pros des médias et des pros de la politique : good deal ?

Nouvelle Donne qui prétend lutter contre la professionnalisation de la politique ainsi que sa peoplisation a pourtant ses stars, chargées d’attirer le chaland grâce à leur légitimité intellectuelle ou médiatique (toutes ont la particularité d’un engagement plus ou moins constant dans la gauche molle, notamment au parti socialiste), ses politiciens de métier et son leader charismatique, Pierre Larrouturou.

Comme on l’apprend dans toute école d’ingénieur ou de commerce qui se respecte ou dans n’importe quel institut de sciences politiques (Pierre Larrouturou est ingénieur agronome et diplômé de SciencesPo) ce qui compte c’est le réseau : autrement dit avoir les bons copains au bon endroit et au bon moment. Les cadres de Nouvelle Donne ont bien assimilé l’idée et l’appliquent avec une efficacité redoutable. Ils réunissent donc un casting de choix, mêlant avec un savant dosage personnalités bien insérées dans le monde des médias et cautions morales appréciables (l’idéal étant bien sûrs ceux qui cumulent ces deux caractéristiques), le tout au service des ambitions politiques des leaders du parti.

Pour faire des paillettes et s’assurer une bonne réception dans la sphère médiatique, qui de mieux que Bruno Gaccio ? C’est un habitué de longue date des plateaux télés, il est surtout connu pour avoir été le parolier des Guignols de l’Info. Il est identifié comme étant « de gauche » et associé au fun et à l’impertinence de la culture Canal actuellement célébrée unanimement par tous les médias français. Notons que Bruno Gaccio est aussi un soutien actif de Dieudonné avec qui il a même écrit un livre sur la liberté d’expression.

La caution morale est assurée par des intellectuels connus du grand public (sinon à quoi ça sert ?) et ayant tous en commun de s’être toujours trouvés du côté de ceux qui ne pensent, ne parlent ou n’écrivent pas trop mal mais ne sont ni trop virulents ni trop actifs en tant que militant. Le plus valeureux d’entre eux est sans aucun doute Edgar Morin, sociologue reconnu et soutien mondain d’à peu près tous les causes et toutes les ONG qui n’engagent pas à grand chose [4].

A Nouvelle Donne, il est accompagnée par Dominique Méda, sociologue aux prétentions philosophiques aimant disserter sur la transition et la prospérité et par Christiane Hessel, la « femme de » qui assure le service minimum alors que son mari, l’auteur du révolutionnaire pamphlet Indignez-vous !, est mort avant la création de Nouvelle Donne (la recherche de validation intellectuelle médiatique de Nouvelle Donne prend ici un jour assez pathétique). Enfin, quelques éléments comme Susan Georges (militante altermondialiste plus très en verve, présidente d’honneur du moribond mouvement Attac) ou Isabelle Maurer (surtout connue pour être la chômeuse qui « s’est faite » Jean-François Copé sur un plateau de télé) ou Patrick Pelloux, urgentiste médiatique en colère, assurent une caution de gauche nécessaire mais pas trop voyante quand même.

Pour le reste, Nouvelle Donne compte quelques élus ou ex-élus, pour la plupart arrivés après une rupture avec leurs anciens partis. C’est le cas des députés Isabelle Attard (ex-EELV), des ex-eurodéputées Malika Benarab-Attou et Françoise Castex (toutes deux ont rejoint Nouvelle Donne après que leurs partis respectifs, EELV et le PS, leur ait refusées l’investiture pour les élections de 2014), du conseiller régional d’Aquitaine Patrick Beauvillard (ex-MoDem), du conseiller général du Jura Patrick Viverge (ex-PG) ou du maire de Fleury-Mérogis, David Derrouet (ex-Ps). C’est le cas aussi du fondateur du parti, Pierre Larrouturou.

Lui se présente (et est généralement présenté ainsi par la presse) comme économiste. C’est que ça fait plus classe et plus légitime pour l’ouvrir que se présenter comme appartenant à la catégorie des politicards. Pourtant, c’est plutôt dans cette dernière que sa carrière le place. Une carrière qui ferait passer Jean-Vincent Placé pour un modèle de sincérité et de fidélité. Car si c’est bien en tant que spécialiste des questions d’économie - il est un ardent défenseur du partage du temps de travail et de la semaine de quatre jours - qu’il s’est fait connaître, il n’a depuis les années 1990 eu de cesse de chercher à être dans la lumière médiatique et à s’approcher du pouvoir. Quitte à ce que son arrivisme, qui le conduit à changer régulièrement de crémerie politicienne, soit un peu voyant. Ainsi en fonction du sens du vent et des possibilités d’obtenir un strapontin et un peu de visibilité, Pierre Larrouturou a changé de stratégie régulièrement. Il a notamment adhéré et quitté le PS trois fois (la dernière il y a moins d’un an), est passé par Europe-Ecologie-les-Verts, a bossé avec Gilles de Robien (UDF) et a tenté à deux reprises de se présenter aux élections présidentielles [5]. C’est le 28 novembre 2013, après une énième rupture avec le PS, qu’il a fondé Nouvelle Donne.

On le comprend, Pierre Larrouturou est prêt à bosser avec tout le monde tant que ça peut lui profiter et que ce n’est pas trop à gauche. On lui concède quand même un point de constance : son attachement à la république et sa revendication d’un État fort.

Ne vous révoltez pas, contentez-vous de vous indigner

La chronique de Pierre Larrouturou ou la contre-insurrection sauce Nouvelle Donne

On ne s’étonne donc guère que l’ambitieux républicain essaie de tirer profit, comme beaucoup de ses petits collègues d’un bord ou de l’autre, de la mort de Rémi Fraisse. Le 30 octobre 2014, il signe ainsi sur le site Reporterre.net un article, intitulé « Plus jamais ça », où il dénonce la construction du barrage et… en appelait, avant d’être expurgé, à une répression accrue envers les militants. Un article qui a au moins le mérite de mettre à jour ce que sont vraiment les pensées de Pierre Larrouturou soit son amour pour les forces de répression de l’État et son mépris réel pour tout ce qui peut en réalité être populaire ou, comme il le dirait, « citoyen ».

Ainsi, plutôt que de reconnaître que les véritables coupables de la situation au Testet sont seulement ceux et celles qui ont décidé de la construction de ce barrage (c’est-à-dire essentiellement les élus du Tarn), Pierre Larrouturou, en bon républicain, fustige les « blacks blocks ». On se demande où il a rangé ses beaux discours sur la rénovation des institutions et la place des citoyens. En tous cas, ce qui est clair, c’est que la figure de l’ennemi intérieur fait manifestement toujours recette. Nous reproduisons ici ses propos, dépubliés par Reporterre en fin de matinée le 30 octobre 2014, ils sont édifiants.

« Les Black Blocks, parlons-en. Le 22 février, lors de la grande manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, nous étions nombreux à être scandalisés par la façon dont les forces de l’ordre, pourtant supérieures en nombre, les avaient laissé saccager une partie du centre-ville de Nantes et les avait laissés repartir sans chercher vraiment à les interpeller.

Le 22 février, quand une poignée de casseurs a mis le feu à la boutique de Vinci, il y avait plusieurs dizaines de CRS à moins de cinq minutes à pied du lieu du délit. Pourquoi sont-ils restés sans agir ? Et pourquoi, à la fin de l’après-midi, alors qu’il était très facile d’interpeller ces groupes d’extrémistes en les coinçant dans les rues de Nantes, les a-t-on laissés partir si facilement en interpellant seulement une petite quinzaine d’individus et pas du tout les plus actifs ni les mieux préparés au combat de rue ?

Dissimuler son visage est interdit par la loi : même s’ils n’ont encore rien cassé, ceux qui arrivent masqués de noir peuvent être interpellés en début de manif et conduits au poste pour un contrôle d’identité qui dure quelques heures… Pourquoi les centaines de CRS présents à Nantes n’ont-ils pas agi avec plus de force pour prévenir les violences ?

S’ils l’avaient fait, si les casseurs avaient été empêchés de nuire, les journaux de 20 heures auraient tous parlé d’une grande manifestation pacifique et du sondage qui affirmait que 80 % des Français ne voulaient pas d’un deuxième aéroport à Nantes. Mais l’action des casseurs a « permis » au gouvernement de donner une image très négative de la manifestation et de fuir le débat de fond [6].

Et si, le 22 février, on avait arrêté un bon nombre de Black Blocks et si la justice avait envoyé en prison ceux qui méritaient une telle peine, qui peut croire qu’ils auraient été aussi nombreux dans les bois de Sivens samedi dernier ? »

Renseignement pris cette première version de l’article a été dépubliée suite à un débat en interne. L’équipe de Reporterre nous dit l’avoir publié trop rapidement et sans trop d’attention, dans le feu de l’actualité et du travail. Elle a invité l’auteur à retravailler son texte. On peut s’interroger sur la qualité de la relecture de Reporterre et sur la confiance aveugle qu’ils accordent à Pierre Larouturou. Confiance qui se double d’un coup de pub sur le long terme puisque l’article en question est la chronique mensuelle que le patron de Nouvelle Donne publie sur le site.

Elle a été republiée le 1er novembre, expurgée de la partie ci-dessus. Néanmoins le passage dans lequel Pierre Larrouturou déclare sa flamme aux CRS (le tout avec un pathos à peine croyable) et prend ses lecteurs pour des truffes en jouant au pseudo naïf est, lui, bel et bien resté…

« J’ai passé un an à Matignon et je faisais une heure de footing tous les matins avec les CRS. J’en ai gardé une très haute estime pour toutes celles et ceux qui sont prêts à donner leur vie pour protéger les valeurs et les institutions de la République. C’est justement parce qu’ils ont un rôle fondamental à jouer pour protéger la République qu’on ne peut pas accepter que leur rôle soit perverti en leur demandant de protéger ceux qui veulent passer en force pour des grands travaux inutiles. »

On rappelle donc ici pour Pierre Larrouturou et tous les mal-comprenants dans son genre que ceux qui passent en force pour des grands travaux inutiles ce sont les élus de la république et leur alliés industriels. La mission des CRS est, précisément, de défendre leurs intérêts. Elle n’est donc ici en aucun cas pervertie mais parfaitement normale. Quiconque voudrait nous faire croire l’inverse serait soit idiot soit malhonnête.

Le patron de Nouvelle Donne se livre donc là à un véritable exercice de contre-insurrection. Dans l’excellente interview qu’il a récemment donné à Apparté, Mathieu Rigouste revenait précisément sur ce sujet. La chronique de Pierre Larrouturou semble d’ailleurs avoir été écrite comme un cas d’école pour illustrer ces explications.

« La contre-insurrection repose (…) sur des méthodes d’action psychologique, parmi lesquelles des protocoles visant à diviser les résistances en désignant des « ennemis intérieurs » dont il faudrait se méfier voire purger. En l’occurrence, la figure des « casseurs » et des « violents » (…) permet de diaboliser les actions directes non conventionnelles, de masquer la violence structurelle du pouvoir et de promouvoir face à cela des mobilisations inoffensives et facilement gérables.

Les doctrines de contre-insurrection appellent ce mécanisme « schismo-genèse » : développer un schisme, une séparation dans la « population » résistante. Cette forme d’« action psychologique » rénovée repose sur l’existence de caisses de résonance pour cette propagande dans les médias dominants et parmi les appareils politiques et syndicaux supplétifs.

Au Testet comme dans les quartiers populaires, la police est chargée de soumettre tout ce qui résiste à l’expansion du système impérialiste. Elle doit balayer tout ce qui gène le mouvement de conquêtes ainsi que les programmes de déplacements et de dépossession des territoires et de leurs habitant.e.s, que le capitalisme met en œuvre pour se restructurer. »

Conclusion : Nouvelle Donne, un parti répressif et autoritaire… comme les autres

Franchement, si vous êtes membre de ce parti ou si son discours a pu vous séduire, déguerpissez vite fait… et abandonnez définitivement l’idée de parti politique. Vous verrez, vous vous porterez mieux.

Et toi, Pierre, si t’as un peu de temps dans ta vie d’élu feutrée (ou de merde c’est selon) va donc écouter Renaud.

Moi j’ crache dedans, et j’ cris bien haut
Qu’ le bleu marine me fait gerber,
Qu’ j’aime pas l’ travail, la justice et l’armée.
C’est pas demain qu’on m’ verra marcher
Avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir celui qui les f’ra crever.
Moi, ces jours là, j’ reste dans ma turne.
Rien à foutre de la lutte de crasse,
Tous les systèmes sont dégueulasses !
J’ peux pas encaisser les drapeaux,
Quoi que le noir soir le plus beau.
La marseillaise, même en reggae,
Ca m’a toujours fait dégueuler.

Les marches militaires, ça m’ déglingue
Et votr’ République, moi j’ la tringle…

Où c’est que j’ai mis mon flingue/ Renaud 1980

Pierre Laroutativ & Samira Drexler

P.-S.

Nous avons écrit cet article en réaction aux propos dégueulasses de Pierre Larrouturou mais aussi parce que nous croisons, à Tours comme ailleurs, souvent des personnes convaincues et qui tentent de nous convaincre du bien fondé de Nouvelle Donne. Des personnes avec qui nous partageons nombre de valeurs et que nous sommes énervés de voir perdre leur temps, et bientôt leurs idéaux, dans le militantisme pour un énième parti qui promet de changer les choses. Nous voulons leur dire qu’elles se trompent, qu’elles se font berner par de beaux parleurs médiatiques, et qu’il est dommage qu’elles gâchent leur énergie dans un telle entreprise alors qu’il existe mille autres moyens de faire de la politique autrement.


Notes

[1] La liste complète, qui compte aussi nombre de députés, parmi lesquels Jean-Patrick Gille, est disponible sur le site du collectif.

[2] Ce « nous citoyens » n’est pas sans rappeler le nom d’un parti fondé en même temps que Nouvelle Donne et surfant sur la même vague idéologique tout en se situant plus à droite sur l’échiquier politique traditionnel : Nous Citoyens (l’équivalent de Pierre Larrouturou y est Denis Payre. Il est moins expérimenté en politique mais est très fier d’être un entrepreneur et un ancien exilé fiscal.).

[3] Selon le site du parti.

[4] Il a d’ailleurs emboîté le pas à Pierre Larrouturou en signant une tribune dans le Monde dans laquelle il hurle avec les loups en dénonçant la violence des « casseurs » et joue la division entre gentils écolos pacifistes et méchants « violents se disant anarchistes ». On peut notamment y lire qu’ « à part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir. » ou encore que « ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. » Au passage, Edgar Morin ne se gêne pas pour conclure que Rémi Fraisse était un « communiste candide » (autre façon de dire un rêveur idiot ?).

[5] La première adhésion de Pierre Larrouturou au PS c’était en 1988, son premier départ en 1991. En 1993, il crée le Comité d’Action pour le Passage rapide à la semaine de 4 jours sur 5, qu’il anime avec Gilles de Robien (à l’époque député UDF de la Somme). En 1995, il tente une première fois de se présenter à l’élection présidentielle mais échoue, faute de signatures. Il mène la liste « Union pour la Semaine de Quatre Jours » aux élections législatives de 1997 et aux élections européennes de 1999. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il échoue à nouveau à se présenter aux présidentielles en 2002. Il ré-adhère alors au PS et y anime divers tendances. En 2008, il est élu au conseil national du parti. Il quitte pourtant le PS une deuxième fois en 2009. Séduit par le haut score du parti aux élections européennes, il adhère alors à Europe-Ecologie-les-Verts (EELV) dont il devient membre du bureau exécutif. C’est ce parti qui lui permet d’être enfin élu, en 2010, comme conseiller régional dans les Hauts-de-Seine. En 2011, n’ayant pas réussi à négocier une candidature à la députation, il quitte EELV en critiquant l’alliance du parti avec le PS. Un parti qu’il va pourtant rejoindre pour la troisième fois en 2012, espérant sans doute tirer un bénéfice de l’accession de François Hollande au pouvoir. Las, c’est sans effet, et il quitte à nouveau le PS le 28 novembre 2013 pour fonder Nouvelle Donne.

[6] Rappelons au passage à Pierre Larrouturou, ainsi qu’à tous les politiciens supposément de gauche ou écologistes qui n’aurons bientôt plus assez de salive à force de courir les médias pour dénoncer les violences, que sans l’action de ces fameux « casseurs », « black blocks » et autres « anarco-autonomes » et « zadistes extrémistes », on ne causerait plus de la question depuis bien longtemps puisque le chantier de l’aéroport serait largement entamé.

Source : La rotative.

juil 022015
 

La lutte du Val de Suse en Italie contre le TAV (Treno ad alta velocità, ou train à grande vitesse) dure depuis le milieu des années 1990 et n’a cessé de démontrer l’absurdité de ce projet démesuré. Depuis près de vingt ans les opposants (No TAV) se mobilisent contre ce projet inutile et coûteux. Ce dimanche 28 juin une manifestation était organisée pour ouvrir le cycle de lutte de l’été. Récit d’un membre du groupe Regard Noir de la Fédération anarchiste.

Le rassemblement était donné à Exilles, un village de la vallée, pour 10h du matin. Sur la route nous croisons plusieurs barrages policiers, qui filtrent et fouillent les manifestants potentiels, en particulier les cars. Arrivés sur place vers 10h le cortège se met finalement en branle vers 11h30 en direction du chantier de Chiomonte où les travaux du TAV ont commencé. Nous sommes alors au moins 5000 à défiler ainsi à flanc de montagne. Pour quelqu’un d’habitué aux manifestations parisiennes, se retrouver dans ce cadre de montagnes alpines et de forêts est un agréable changement.

Le soleil tape dur et il nous faut bien une heure de marche, rythmée par des coups sur la barrière de sécurité routière, pour arriver à un croisement où le camion-sono s’arrête. Une bonne partie de la manifestation continue néanmoins et prend la route la plus directe vers le chantier, tandis que les personnes les plus déterminées commencent à se préparer à croiser la police. Loin de décourager les gens de s’y rendre la personne au camion-sono dénonce la militarisation de la vallée et déclare qu’il n’y aurait pas d’affrontement si ils ne s’opposaient pas à nous. Nous passons alors sous un viaduc, suivis par l’hélicoptère qui ne nous lâche plus depuis le début de la manifestation. Une demi-heure s’écoule avant que nous arrivions face aux forces de l’ordre, plantés au milieu de nulle part, positionnés dans un tournant et protégés par des blocs de béton auxquels sont fixés des grilles de métal.

Très rapidement la situation se tend, tandis que les militants No TAV qui ne sont pas prêts à l’affrontement refluent vers l’arrière, les canons à eau commencent à tirer et nous entendons le bruit caractéristique des lance-grenades et des lacrymo qui explosent, tandis que les palets de gaz retombent autour de nous. Dans le même temps, les premières lignes de camarades, protégés par des plaques de plexiglas tentent d’arracher les grilles à l’aide de grappins et de cordes, tout en répondant aux tirs de la police à l’aide de pierres et de feux d’artifice. Une bonne portion de la route est noyée sous le gaz et nous refluons rapidement hors de portée. Les camarades mieux préparés tiennent encore quelques minutes avant de se replier devant l’intensité de la violence policière et la solidité de leurs installations. Les personnes restées en arrière s’occupent des gens les plus touchés par les gaz, l’eau circule de mains en mains, de même que le citron et le maalox. Un peu remis les camarades retournent à la charge une seconde fois, mais n’auront pas plus de chance.

Nous nous replions tous en chantant un des slogans les plus caractéristiques de cette lutte et de cette situation en particulier « Si parta, si torna insieme / Chiomonte come Atene / Siamo tutti black bloc / Lo sbirro nel cantiere / Dovrà tremare / Se arrivano i no TAV / ALE ! ALE ! ALE ! » en français « On vient ensemble, on repart ensemble / à Chiomonte comme à Athènes / nous sommes tous des black bloc / le flic sur son chantier va trembler / car arrivent les no TAV« . En effet on m’avait parlé de cette lutte comme un bon exemple du respect de la diversité tactique, les gens ne cédant pas aux sirènes médiatiques les appelant à condamner les encapuchonnés comme on dit ici, tandis que les camarades choisissant l’affrontement, respectent ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se confronter à la police. La distinction entre les uns et les autres n’étant jamais aussi marquée et définitive. De même de nombreuses personnes font écran entre les camarades qui se changent en prévision des affrontements et les caméras ou les témoins gênants. Ce que j’ai pu en voir au cours de la journée m’a semblé confirmer ce que j’en ai entendu, même si tout ne doit pas être aussi rose.

Alors que nous refluons, les camarades en noirs, suggèrent de passer par un chemin détourné dans les bois pour tenter de surprendre la police à un autre endroit. N’étant pas suffisamment équipés nous ne les suivons pas, mais ils sont bien 200 à tenter le coup, cagoulés ou non. Nous remontons la route vers le carrefour jusqu’au camion-sono puis allons chercher la voiture laissée à Exilles pour rejoindre le reste des manifestants à Chiomonte, sur l’autre versant de la vallée. La journée n’est pas terminée, nous reprenons quelques forces sur la place de ce vieux village, puis vers 16h30 nous commençons à redescendre tous ensemble vers le chantier, cette fois par le bas de village. Nous rencontrons rapidement les lignes de police, protégées par le même système de grilles et de béton placé sur le pont qui enjambe la rivière de la vallée. Les slogans vont bon train face au policiers qui sont nombreux à nous toiser et la grille nous sert à marquer le rythme.

Vers 17h30, un peu fatigués par la journée et le soleil qui tape toujours nous décidons avec quelques camarades de prendre un peu de hauteur et de se mettre à l’ombre. Nous avons à peine quitté les premières lignes que le bruit des grenades retentit en cascade. Il est encore difficile de dire ce qu’il s’est exactement passé, mais d’après le site infoAut [1] il semblerait que les no TAV aient réussi à renverser les barrières, ce qui en retour à déclenché les tirs de lacrymo et une charge de la police sur le pont. Ce que j’ai vu de mon coté alors que je remontais pour éviter le nuage de gaz, c’est des camarades cachés sous les frondaisons pour éviter les caméras de l’hélico et se préparant dans l’urgence à répondre aux tirs, tandis que les gens qui remontaient les applaudissaient avec enthousiasme. De même par la suite, les tirs de feux d’artifice de nos camarades étaient ponctués sur les hauteurs par des applaudissements et des encouragements. Qu’on vienne me parler ensuite des black blocs qui sèment le désordre dans les manifestations… Cette image m’a fait chaud au cœur.

Ayant pris un peu de hauteur, les bruits de détonations se sont succédé, grenades contre feu d’artifice, jusqu’à ce que l’intensité du nuage de gaz que le vent poussait vers nous, nous force à remonter jusqu’au village. Il semblerait que des camarades aient profité de la confusion pour réussir à percer la zone rouge et à pénétrer sur le chantier. Éreintés, nous avons quitté le village en voiture vers 18h. En cours de soirée nous apprenons qu’à la fin de la mobilisation, peu après notre départ, les flics ont tenté de se venger bassement en arrêtant les militants du camion-sono, mais ils ont finalement été relâchés. Le nombre de blessés reste encore peu clair, mais il semblerait qu’aucune arrestation ne soit à déplorer.

Nous aurions beaucoup à apprendre de ce mouvement où militants révolutionnaires côtoient habitants de la région et militants associatifs, où militants non-violents ne s’en prennent pas aux « violents », et ou les militants voulant s’affronter avec la police ne se comportent pas comme un corps étranger au mouvement dans son ensemble. Ces distinctions médiatiques et policières n’ayant ici plus lieu d’être.

Pour en savoir plus : https://notavparis.wordpress.com/pourquoi-sopposer-a-la-ligne-grande-vitesse-lyon-turin

Un membre du Groupe Regard Noir de la Fédération anarchiste

Notes

[1] http://www.infoaut.org/index.php/blog/no-tavabenicomuni/item/14948-migliaia-di-no-tav-in-marcia-verso-il-cantiere-in-aggiornamento

Source : Paris-Luttes Infos.

juil 022015
 

Droit dans le Bure !

Cet été, du 1er au 10 août s’organise un campement autogéré à Bure. Au gré des soirées d’informations et des discussions que nous, cogiteuses du projet de campement, avons organisées et eu tout au long des derniers mois, il nous est apparu que pour beaucoup l’objectif et les formes qu’allaient prendre cet évènement restaient encore trop flous.
Pour en savoir plus : www.vmc.camp

Cet été, du 1er au 10 août s’organise un campement autogéré à Bure, pensé à la fois comme temps de rencontre et comme opportunité de renforcement de la lutte locale contre le projet CIGÉO d’enfouissement nucléaire.

Au gré des soirées d’informations et des discussions que nous, cogiteuses du projet de campement, avons organisées et eu tout au long des derniers mois, il nous est apparu que pour beaucoup l’objectif et les formes qu’allaient prendre cet évènement restaient encore trop flous.

Tout d’abord, un bref historique pour recontextualiser notre projet et notre réflexion : tout a commencé d’une réunion au cours de laquelle certaines d’entre nous faisaient le bilan de 365 jours de mobilisation des assemblées anti-nucléaires contre le projet d’enfouissement de Bure, dans la Meuse, tandis que d’autres se projetaient dans l’année 2015 vers le sommet climatique de la COP21 et dans les luttes de territoires en cours et à venir.

Nous avions envie d’ancrer notre projet dans un territoire en lutte, sur une lutte symbolique aussi bien des enjeux de la COP21 que d’un capitalisme industriel et industrieux mondialisé. Mais nous voulions aussi nous extraire des temporalités qui sont celles des grands sommets, des agendas des décideurs politiques et financiers.

Nous avons jeté notre dévolu sur Bure parce que nous disposions là-bas d’un terreau de lutte déjà solide, nourri par plus d’une dizaine d’années de réflexions, d’investissements et d’actions en résistance au projet de poubelle nucléaire. Que ce soit la maison de la résistance ou le terrain acquis par des sympathisants de la lutte, nous avions l’opportunité d’établir patiemment, au cours de l’année passée, notre projet de campement et de faire connaissance avec le contexte local de la lutte.

Nous avons donc choisi de construire ce projet ensemble, en affinités, à près de 80 personnes réparties dans tout le nord de la France, parce que ça nous semblait un cadre bienveillant, plus propice à construire collectivement, entre personnes qui se connaissent, un campement de cet ampleur. Et nous avons attendu qu’entre nous toutes ce campement prenne sens et forme, pour le faire connaître, élargir notre cercle aux amiEs intéresséEs. Nous avons voulu que ce projet se construire à deux vitesses : au sein des groupes, dans les différents collectifs et lieux investis, afin de ne pas faire peser toute l’organisation sur le groupe investi à Bure ; et nous avons voulu néanmoins être présentEs dès mars, chaque mois, à Bure, pour ne pas reproduire les expériences hors-sol du passé : nous voulions prendre le temps de connaître nos voisinsEs de cet été, les habitantEs, les militantEs et les acteurs du projets CIGÉO.

Les chantiers collectifs [1] que nous organisons durant une semaine par mois depuis mai nous ont permis à la fois de bien mieux connaître les enjeux de la lutte sur place, d’ouvrir notre projet à celleux qui souhaitaient y prendre part et enfin de construire par avance, patiemment, un certain nombre d’infrastructures pour cet été.

Par ailleurs, nous avons voulu nous nourrir des expériences récentes sur les ZAD [2] pour prendre le temps de rencontrer les collectifs en lutte localement et construire ce moment avec elleux, afin que cet été nous ne nous retrouvions isoléEs ni physiquement ni politiquement dans notre campement, dans une méfiance et hostilité environnantes. Nous avons ainsi partagé nos dernières réunions d’organisation du campement avec des temps de rencontre avec les collectifs, les habitantEs des villages autour du laboratoire de l’ANDRA.

De même, cet été nous souhaitons que ces dix jours soient partagés à parts égales entre les moments de rencontre et d’organisation collective sur le campement et ceux d’échange avec les populations environnantes. A travers des cantines, des débats, des promenades, des manifestations dans les campagnes, villes et villages alentour, organisées en commun avec les collectifs en lutte localement, nous espérons ainsi contribuer à renforcer la lutte locale en y associant les habitantEs.

Programme du campement
Programme au 30 juin du campement

Une question récurrente, avec le spectre de Montabot où un violent et bref affrontement [3] avait blessé de nombreuses personnes en lutte contre la ligne haute-tension Cotentin-Maine, est celle de notre projet d’actions. Nous choisissons délibérément de ne pas construire un moment de répression prévisible, au cours d’une manifestation en direction du laboratoire de l’ANDRA , nous préférons penser de multiples autres formes plus inventives et néanmoins radicales d’expression de notre opposition au projet d’enfouissement CIGÉO. Que ce soit sous la forme de balades nocturnes, d’occupation des places et des rues des villes autour, ou bien d’autres idées fourmillantes que nous avons eues, nous escomptons bien être présentEs partout et tout le temps durant ces 10 jours dans la Meuse et la Haute-Marne.

Enfin, notre perspective de résistance ne s’en tient pas à ces 10 jours : nous étions là tous ces derniers mois avant, et nous avons bien l’intention d’y rester après. Nous espérons que, de même qu’à l’issue du camp action climat de 2009 à la ZAD [4] ou , le camp anti-G8 au même endroit en 2011, viendront s’installer dans la région celles et ceux qui poursuivront et construiront la lutte contre ce monstrueux projet d’enfouissement dans les mois et années à venir.

Et si nous avons souhaité que ce campement ne soit pas que celui de la lutte anti-nucléaire [5], que nous accueillons le mardi 4 une grande assemblée internationale contre la répression, à la demande de nos amis allemands, qu’en fin de semaine nous organisons également une réunion internationale de deux jours en vue de préparer les mobilisations de fin d’année de la COP21 et que nous avons voulu poser des temps de discussion de nos bilans et perspectives sur les luttes récentes de territoire ou en soutien aux migrants, c’est parce que nous sommes convaincus que ces grands moments de convergence nous offrent l’opportunité de construire collectivement des réseaux de résistance et de lutte déterminants pour les années à venir.

Plan du campement
Plan du campement

Nous espérons que ce texte contribuera à vous donner l’envie de venir, de nous aider à construire ce moment et l’enrichir de vos contributions (de nombreux espaces sont destinés à accueillir toutes les discussions, ateliers et débats que vous souhaiteriez apporter sur le campement ou en-dehors). Nous appelons à venir dès le 20 juillet pour un chantier collectif sur le terrain.

Vladimir, Martine & Co

Source : Paris-Luttes infos.

juil 022015
 
logement

Ce matin, mercredi 1er juillet, le squat des Francs-tireurs a été expulsé. Un grand lieu où vivaient des demandeurs d’asile, des chômeurs, précaires et autres galériens. Un beau lieu où, dans la grande cour de cette ancienne ferme, il faisait bon causer de la pourriture qu’est la France-Afrique, du président du Tchad Déby que soutient la France, [ou encore] du Kurdistan en lutte. On devait passer demain devant le JEX (juge de l’exécution), pour demander des délais. L’avocate d’Histoire et Patrimoine, cette société immobilière dont les dirigeants sont non seulement millionnaires mais politisés à l’extrême-droite, s’était formellement engagée devant la juge à ne pas demander l’expulsion avant le 2 juillet, date de l’audience. Mais que vaut la parole de ces gens-là ? La préfecture, la mairie ont préféré court-circuiter la procédure, montrant une fois de plus comment la gauche prend soin de ses pauvres, comme elle aide les réfugiés à La Chapelle.

Donc des porcs sont rentrés chez nous ce matin, vers 9 h, avec leurs flingues, flashballs, tasers, gilets pare-balle, casques et boucliers. Ils ont cassé toutes les portes, même celles qui n’étaient pas fermées, braqué des habitants, mis à terre certains, bousculé d’autres, piétiné nos affaires : « La zone est sécurisée ! ». Puis, chaque chaussette récupérée nous est présentée comme un acte de grande magnanimité, qui ne se répétera pas. Toute une histoire de mépris et de racisme qui se répète ce matin. Et « les Noirs qui laissent leurs déchets partout », et « les femmes qui ne savent plus faire à manger ». Des vigiles se sont installés à notre place pour une durée indéterminée.
Un grand nombre de camarades expulsés sont dans une grande précarité matérielle ! Honte à ce pouvoir qui poursuit les pauvres jusque dans leur sommeil !
Honte au Parti communiste qui a peur des pauvres quand ils prennent ce qu’on ne leur donne pas !
Solidarité et courage !

La suite très bientôt.

Quelques francs-tireurs de la Courneuve

[via Paris-Luttes.Info.]

Source : Squat.net!