déc 062015
 

vendredi 4 décembre 2015

Dans son réquisitoire écrit présenté au juge d’instruction, la procureur de l’Audiencia Nacional Teresa Sandoval affirme que Mónica et Francisco appartiennent à une organisation terroriste, dont le modus operandi serait d’ »attaquer l’Etat avec des engins incendiaires ou des engins explosifs artisanaux », organisation composée de petits groupes qui défendent l’anarchie en utilisant la violence et agissent de manière autonome « pour ne pas être détectés » (sic).

 

De plus, elle avance que « les groupes d’affinité insurrectionalistes, comme les cellules de base djihadistes, ont parfaitement identifié un ennemi générique et n’ont donc pas besoin d’organe supérieur qui les active pour passer à l’attaque ». Sa thèse absurde est que les Groupes anarchistes coordonnés (GAC) créés en Espagne en 2012 seraient en réalité une succursale de la Fédération Anarchiste Informelle (FAI/FRI), à laquelle on pourrait attribuer plusieurs attentats anarchistes, dont justement celui contre la Basilique del Pilar du 2 octobre 2013 dont sont accusés Mónica et Francisco, et qui avait pourtant été revendiqué par le Comando Insurreccional Mateo Morral.

La procureur de l’Audiencia Nacional demande ainsi un total de 88 années de prison contre les deux compagnons, pour « appartenance à une organisation terroriste » (9 ans chacun), « lésion causée à une victime » (une perte acoustique, 12 ans chacun), « attentat terroriste contre la basilique del Pilar de Saragosse » (18 ans chacun), « conspiration en vue de commettre le délit d’attentat terroriste dans la basilique de Montserrat à Barcelone » (5 ans chacun).

[Synthèse d’après un article paru dans El Heraldo (Aragon, Espagne), « La fiscal compara al grupo anarquista que puso la bomba del Pilar con las células yihadistas » par Brèves du Désordre, 01/12/2015 08:47.]

Pour écrire aux compagnons :

Mónica Caballero Sepúlveda
Francisco Solar Domínguez
C.P Villabona-Asturias
Finca Tabladiello s/n
33422 Villabona-Llanera
Asturias, Espagne

Pour mémoire :

Barcelone : prison préventive pour deux compagnons, contrôle judiciaire pour les autres

lundi 18 novembre 2013

Le juge de l’Audiencia Nacional (tribunal spécial de Madrid), Eloy Velasco, a ordonné aujourd’hui dimanche, après près de quatre jours de séquestration des compagnons par les services antiterroristes, du placement en détention provisoire de Francisco Solar et Mónica Caballero. Ces deux anarchistes chiliens sont accusés d’ « appartenance à une organisation terroriste » (GAC, « Grupo Anarquista Coordinado Comando Insurreccional Mateo Morral ») et de « destruction à finalité terroriste », soit l’explosion d’un engin à la Basilique del Pilar de Saragosse, le 2 octobre dernier. L’accusation se base notamment sur des images de vidéosurveillance du métro, de stations de bus et d’un bar (de dedans vers dehors), où l’imaginaire policier tient beaucoup de place, à Barcelone puis à Saragosse, et à différentes dates. Ils ne sont en revanche pas accusés de la pose d’un engin explosif dans la cathédrale Almudena de Madrid le 7 février dernier, engin qui a été désactivé par les keufs, même si les deux attaques ont été revendiquées par le « Comando Insurreccional Mateo Morral ».

 

De plus, Francisco et Monica sont accusés de « conspiration en vue de commettre un acte terroriste » contre le Monastère de Montserrat, situé au nord-est de Barcelone. Le théorème fantaisiste et commode des chiens de l’antiterrorisme est que le GAC serait l’expression en Espagne de la FAI/FRI.

Enfin, le juge a ordonné la liberté conditionnelle avec contrôle judiciaire contre les trois autres arrêtés (Valeria, Gerardo et Yune), accusés de « complicité avec une organisation terroriste ». Ils devront pointer de façon hebdomadaire à l’Audiencia Nacional de Madrid, et leur passeport (ils sont d’origine chilienne, argentine et italienne) est saisi, de même qu’ils ont obligation de ne pas quitter l’Espagne. A leur sortie du tribunal, ils ont été accueillis par de nombreux compagnons, qui ont copieusement insulté flics et médias.

Traduit de l’espagnol à partir de l’agence EFE par brèves du désordre, 17/11/13 .

Espagne : Quelques mots de Mónica Caballero depuis la prison de Brieva

lundi 24 novembre 2014

Les dates qui viennent s’approchent chargées de sentiments intenses. D’un côté, ce sera l’anniversaire de l’irréparable perte de Sebastián en décembre, et maintenant, en novembre, un an a passé depuis mon arrestation. Je me souviens du moment où ils m’ont appris le décès de Sebastián, ça a été comme une douche froide (une mauvaise compagne lors des froides nuits madrilènes). La perte de n’importe quel compagnon-ne est toujours un événement horrible, et je peux aujourd’hui revoir ce fait et me sentir fière d’avoir eu un compagnon aussi digne.

 

Se souvenir de nos frères et de nos sœurs est un exercice nécessaire pour nous, qui construisons une réalité différente. Si nous ne le faisions pas, il ne resterait que de nombreuses fiches policières et des reportages de ces charognards de journalistes. La chute d’un-e anti-autoritaire dans cette guerre contre l’ordre établi ne peut pas être qu’un moment de tristesse. Il nous appelle aussi à suivre son exemple et, dans mon cas, c’est une immense joie que je ressens en me souvenant de qui a refusé de se soumettre et est parti à l’assaut du ciel.

Même s’il peut sembler qu’on se répète, Angry vit dans notre mémoire.
Les distances nous séparent, le sentiment nous réunit.

Je profite de ce moment, lors duquel les souvenirs m’émeuvent, pour faire une brève analyse de ma situation. Commençons par un retour sur ce qui a conduit à ma détention.

Le 13 novembre 2013, la police m’a arrêtée avec mon compagnon et trois autres personnes. Ils nous accusent d’avoir placé l’engin explosif qui a détonné en octobre 2013 dans la Basilique du Pilar à Saragosse, de conspiration en vue de commettre un second attentat, qui selon eux aurait dû avoir lieu dans le monastère de la vierge de Montserrat, à Barcelone, et d’appartenance à bande armée. Tout cela est inclus dans la loi antiterroriste.

L’organisation à laquelle on nous accuse d’appartenir est le commando insurrectionnel Mateo Morral, groupe qui s’est attribué deux actions à l’explosif : l’une dans la cathédrale de l’Almudena (Madrid), et celle du Pilar (Saragosse).
Bizzarrement, l’accusation inclut aussi l’appartenance à la FAI-FRI et aux GAC (groupes anarchistes coordonnés), alors que les revendications de ces explosions ne mentionnent à aucun moment ces sigles.

L’une des motivations les plus décisives dans les actions des appareils répressifs espagnols a été les informations fournies par leurs pairs chiliens. Depuis que nous avons mis le pied sur le sol Ibérique (Francisco et moi), la police chilienne a fait tout son possible pour se venger du ridicule qu’est devenu le « caso bombas », lors duquel nous avons tous deux été absous. Les mots de Sebastián Piñera, qui était président du Chili au moment de notre arrestation, adressés au Ministre de l’Intérieur espagnol confirment ce que je dis.

L’accusation à laquelle Francisco et moi devons faire face va au-delà de savoir si nous sommes les auteurs matériels des faits. Bien que les appareils judiciaires ne le reconnaîtront jamais, l’accusation est totalement politique, puisque la seule certitude qu’ils ont est que nous sommes anarchistes. Je n’ai jamais renié les idées que je propage, et c’est ce qu’ils veulent punir.

Je ne baiserai pas leur croix de repentance, j’avance tranquille d’avoir la certitude du fait que je lutte pour les idéaux les plus nobles, et qu’ils n’en finiront pas avec les idées et les pratiques anti-autoritaires.

En armant notre chemin, sans transiger ni négocier.
Nous n’arrêterons pas avant d’en avoir fini avec toutes les cages.
Mort à l’État, et vive l’anarchie !

[Repris de Contrainfo.]

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